lui, et le pria le plus affectueusement qu'il lui fut possible qu'il retournast (18) Cicero.de Oratore, Uh. III, cap. XV, f ffl non pas lib. II, comme cite M. Ménage sur DiogèiiK Laërce, nuin •].) folio (fi, B.
(i()) PlutarcU. in Vit» l'ericlis, pag. i6a. Je vie Jars de la version ff'Amiot.
en volonté de fifre, en lamentant non lui, mais soi-mesnie, de ce qu'il per- doit un s i féal et si sage conseiller es occurrences des affaires publiques, Adonc Anaxagoras se descou^rit le visage, et lui dit: « Ceux qui ont af- ■n faire de la lumière d'une lampe, » Periclès, y mettent de l'huile pour ■n l'entretenir. » Voulez-vous voir une autre preuve du peu d'ambition de ce philosophe? On lui offrit de consa- crer à sa mémoire tous les honneurs qu'il voudrait: il rejeta cette faveur, et ne demanda autre chose, si ce n'est que le jour de sa mort fût une journée de vacances pour les écoliers: Tàç/iiTo- /^êvatç à.^6*ç Ti^stc, itia-a.'ra Ti/V iiy.îf'tfi Byipiâ/roùV ('^o). Uonorihus qui offere- bantur recusatis, postulafit utedqud decessisset è fifis die, pueris scholarum facatio et discendi concederetur. N'é- tait-ce pas souhaiter que sa mort fût un sujet de plaisir à bien des gens, et non pas une affliction? et ne voit-on point là un mépris extrême de tout ce qui flatte le plus la vanité des mortels? Faisons deux petites réflexions sur le passage de la vie de Periclès. Il nous apprend qu' Anaxagoras enten- dait très-bien la politique, quoiqu'il ne fît profession que de la philosophie spéculative. Pourquoi donc ne croi- rions-nous pas qu'il composa le Traité de tiegno, dont Élien a cité une sen- tence (21)? Je veux qu'il soit d'un au- tre Anaxagoras, comme Meursius et M. Ménage le supposent (22), tou- jours est-il vrai que la raison qu'en donne M. Ménage n'est pas solide (aS): il l'aurait compris lui-même s'il eût songé à cet endroit de Plutar- que. Voilà ma première réflexion. L'autre est que cette vieillesse, que l'on attribue à notre philosophe, ne s'accorde point avec ceux qui disent qu'il vint à Athènes âgé de vingt ans, et qu'il y séjourna trente années. Il (20) Idem in Prœcepl. Reip. gcrendae, pag. 820, D. Diogène Laërce, cumme on Va vu dans le coijjs de cet article, a circonstancié' les cho- ses un peu autrement.
(21) ^.lian. Var. Hist. lib. IV, cap. XIV. (23) Voyez les notes de Kuhaius sur cet en- droit (i'Elien.
(23) Alius igilur fucril ab Anaxagord nos- (ro, etc. McnaR. in Laërt., lib II, iium 7. Il lire cette conséquence de ce qu'Ana.xiigoras ne i^e'lait pas api^liqué nu gouvernement.
ANAXAGORAS aurait donc fallu qu'avant que d'a- voir plus de cinquante ans, il eût reçu de Pe'riclés la visite dont Plutar- qne fait mention. Je finis par un pas- sage d'Ovide, où Ton voit que les pre- miers astronomes ont dû être des per- sonnes épurées de la sensualité', et du soin de parvenir aux honneurs, et d'acquérir des richesses. Anaxagoras en est un exemple bien parlant: Felices animas, quibus hœc cognoscere pri- mis, Inque domos superas scandr^re cura fuit! Credtbile est illos panier vitiisque locisque AUi'us hutnanis exseruissf^ caput. Non Venus et vinum sublimiu prctora fregil; Officiumqiie furi, miluice^e Labor. Nec lenis ambilio, perfusaque gloria fuco, Magnarutnve famés soliicitavit opum. ^dinovére oculis distantia sidéra noslris; ^iheraque ingenio supposuere suo. Sic petiliir cœtum: non utjerat Ossan Olym- pus, Summaque. Peliacus sidéra tangat apex. Nos quoque sub ducibus cœlum melabimur iUis, Ponetnusque suos ad stata signa dies (24)' (B) // enseignait que le soleil était une masse de matière tout-a-fait en Jeu. ] Je me suis servi de cette expres- sion générale, parce que les interprè- tes ne s'accordent pas sur le véritable soleil n estait qu'une pierre enflammée, il ne considéroit pas qu'une pierre ne brille point dans le Jeu, et n'y peut pas durer long-temps, sans se consu- mer; au lieu que le soleil dure tous- jours, et est une source inépuisable de lumière. Platon sera mon second té- moin. Il introduit Socrate, qui, se voyant accusé de dire que le soleil était une pierre, et que la lune était une terre (agj, répond: On me prend pour Anaxagoras, dont les libres sont remplis de tels discours, et l'on s'' imagine que je suis assez simple pour enseigner ces absurditez a des jeunes gens, qui se moqueraient de moi, 5t je m'attribuais une doctrine contenue dans les ombrages d'un autre, et qui se i^endent à bon marché. Comme je ne fais que donner là une notion gé- nérale des paroles de Platon, il est juste de les montrer elles-mêmes à ceux qui ne se contentent pas du pré- cis d'un témoignage: ' A.va.'^a.y'(iC(iV o'ln Ka.'Tt\yofiiv, d ^l'xê Msmts, koli auTio Xan-SKfpOVêlÇ Tmvé'i, ICltl olit ÀUTOÙÇ à-TTiisens de ces paroles de Diogène Laèrce: o\ vso. taÎt* vctf ê//oD ^ctv8a eLvoua-iv a mieux une pierre tout enflammée j va(,â;x\a.'f Tê K4ioi'Tœçà;To^a'ovT«(3o).
d autres un globe de feu, qui n'était Anaxagoram tu quidem, 6 amice Meni fer m pierre. Videtur mihi Anaxa- Ute, accusare tibi uideris, atque ita garas, c'est ainsi que parle Casau- hos panàfacis, existimans eos littebon, per/j.ui'pov <r.*^:/fov non tam lapi- rarum ignaros esse, quasi nesciant lidem autJerrum,quàmglobumquendam bras Anaxagorœ Clazomenii ejusmodl igneiim, xSaxi't, et fia.pù^, ut ait Plu- apinianibus esse plenas. Juuenes werà tarckus, intelligere uoluisse (a6). La plupart de ceux qui ont rapporté ce dogme d' Anaxagoras se sont fixés à la seconde explication, et elle s'accorde parfaitement avec l'hypothèse de ce philosophe, comme on le verra ci- dessous (27). Citons d'abord Xéno- PJion: $acr«.û)v (TêTov/ÏMov Xi'Ôov J'iâ.Trupov £iv«.i, jcot» tciÙto iiyfiit oti mQo( /aiv îv hœc h me discant, quibus liceret in- terdiim etiam si multa sint, unius drachmœ pretio enientibus ex orchestra Sacratem deridere, si sua esse finge- ret, prœsertun qinint tam absurdasint. Vous trouverez dans Plutarque qu'A- naxagoras fut condamné comme un impie, pour avoir dit que le soleil était une pierre (3 1). Saint Cyrille d'Avup) à'v, oiVê K^iA.7ri,, oiVs TToxvi;tpûvov lexaudrie (3-i), et saint Aueustin (33), tivrix^f à Si hmoc tov 5rà,vT«.;tpô»ov «-ctVTMV \ctfA7rpÔTipoç à'v Sixjuîvu (28). C'est-à-dire, selon la version de M. Charpentier, Disant aussi que le (a4) Ovid. Fastor. lib I, m. 297 et seqq. (aSj Diog. Laërtius, lib. Il, nwn. 8. (2G) Is. Casaubon. in hune locum Dioeen. Laerl. * (37) Dans In remarque (I). (28) Xenophonl. Memorabil., lib. IV.
sont aussi de ceux qui ont dit que, T«V Si a-ihhnv, yh. Solem quidem lapidem essedicit, Lunam vero lerram. Plato, in Apo- logiâ Socraeis, pug- 21, A.
(30) Idem, ibid.
(il) Plutarch. de Siiperstil. pas. i6g, E. (32» Cyrillus, lib. VI, contra Julian. (33) August. de Civitat. Dei, M. XVIII, cap. XLI.
28 ANAXAGORAS.
selon Anaxagoras, le soleil était une pierre enflammée. Suidas explique par Trùpitov xi'ôov le /mùJ'i>(iv ^li-Trvpov de Diogène Laè'rce. Je ra'etonne donc de ce que M. Charpentier aime mieux dire qa'yinaxagore soutint que le soleil n'estait qu'une masse de fer en- flammée (34) • (C) M. Moréri a très-mal repré- senté ufide ses sentimens, que Lucrèce auail néanmoins très-bien exposé, etc.] Nous mettrons dans cette remarque Joutes les erreurs de M. More'ri.
1°. Il se figure qu'Anaxagoras ensei- gna, que tes principes des choses aidaient en eux les caractères des par- ties: car, comme l'or est composé de petites parcelles unies ensemble, de même tout ce grand monde est fait de semblables parties, qui Jbnt le tout, et sont le premier mobile des choses. Quel galimatias! quelles ténèbres! lieraclite a-t-il jamais pu s'exprimer si obscure'ment? Aquoi bon l'exemple de l'or composé de petites parcelles unies ensemble? Cela convient-il à l'or plutôt qu'à tout autre mixte? Ne fallait-il pas ajouter que ces petites parcelles, qui composent l'or, sont elles-mêmes de l'or? C'est ce qu'en- seignait Anaxagoras: il croyait qu'un os \isible était compose' de plusieurs os invisibles; et que le sang, que nous voyons, était composé de plu- sieurs petites gouttes, dont chacune était du sang. C'est pour cela qu'il appelait ses principes ôfjiatofAipiiciç (35), similaritates. Lisez ces vers de Lucrèce.
Nunc et Anaxagorœ scrutemur homœomerian, Quam GrcBci memorant, nec noslrd dicere lingud Concedit nobis patru sermonis egeslas. Sed lainen ipsam rem facile est exponere verbis, Principiutn rerurn qxtatn dicit komœomerian. Ossa videlicel è pauxdlif alque minulit Otsibu'; sic et de pauxdlis alque minutis yisceribus viscus gi^ni; sanguenque creari, Sanguinis inter se inuliis coëuntibu' guUis; Ex aurique putat inicis consisiere posse Aurnin; et de terris terrain concrescere parvis; Jgr.ibus ex igiiein; humorein ex humoribus esse. Cœlera consimili fingil ratione, puiat- 3c ne rapporterai pas toutes les rai- (34) Charpentier, Vie de Socrale, pag. 7.
(35) Plut, de Placil. Philosoph. tib. J, cap. Jll, pag- 876. D\of,en. Laërtius, lib. II, tmm. R.
sons que Lucrèce étale contre ce dogme, je n'insisterai que sur la pre- mière. Il montre que, suivant cela, les premiers principes des choses se- raient corruptibles tout autant que les corps mêmes les plus composés. Cette conséquence entraîne deux grands inconvéniens: l'un, que la différence, qui doit être entre les principes et les mixtes, ne se trouve point dans l'hypothèse d'Anaxagoras. La différence dont je parle, est que les principes (37)doivent toujours demeu- rer les mêmes, quelque souvent que les mixtes soient détruits. Ce sont seu- lement les mixtes qui naissent, qui meurent, et qui passent par mille vi- cissitudes de génération et de corrup- tion; mais les pi-incipes retiennent invariablement leur nature sous tou- tes les formes qui se produisent suc- cessivement. Anaxagoras ne pouvait pas dire cela de ses principes j car si Ï)ar exemple ceux de la chair avaient a nature de chair, ils étaient aussi sujets à la destruction qu'une grosse masse de chair, et ainsi des autres, vu que d'ailleurs il n'admettait dans la matière aucune partie indivisi- ble (38). Nous verrons ci-dessous (Sg) s'il aurait pu supposer que les princi- pes, étant éternels et incréés, devaient être impérissables. L'autre inconvé- nient est que la destructioo des pre- miers principes ne diffère pas de ce qu'on appelle annihilation; car, quand ils cessent d'être, ils ne se ré- solvent point en d'autres choses dont ils soient composés, vu que la simpli- cité qui leur est propre ne souffre point de composition. Ils périssent donc entièrement, et ils sont anéan- tis. Or, la lumière naturelle ne con- çoit pas qu'un tel changement soit possible (4o)' La destruction des corps composés n'est point sujette à cette difficulté; ils subsistent toujours dans leurs principes: le bois, par (37) J'entends par-là la matière ou le Subjec- tum ex quo.
(38) Nec lamen esse idld parle idem in rébus inane Concedit, neque corporibus Jinem esse secundis.
Liicret., lib. I, vers. 843.
(39) Dans la remarque (G).
(40) ytt neque recidere ad nikilum tes posse, neque aillent Crescere ex nihilo, leslor res anlè probatas.
ANAXAGORAS.
exemple, détruit par le feu, ne cesse pas d'exister en tant que matière, ou que substance étendue. Voilà donc un très-grand défaut dans le système d'A- naxagoras j les principes y sont compo- sés, et de matière, et de forme, et n'ont point par conséquent la simpli- cité et l'immutabilité que l'ordre de- mande. On n'eût point remédié à ce mal -là, en supposant que l'intelli- gence qui présidait aux générations ne souflrait jamais qu'ils fussent dé- truits. N'était-ce pas un assez grand inconvénient, que de leur nature ils fussent sujets à la corruption, et qu'ils n'en pussent être garantis que par privilège, ou pour mieux dire par miracle? Je ne dis rien de leur multi- tude, qui est aussi un défaut insigne; car il est de l'essence d'un beau sys- tème, qu'un très petit nombre de cau- ses y produisent une infinité d'effets. Lucrèce ne s'avisa pas de proposer une objection qui eût pu ruiner tout le fondement de l'iiypothèse d Anaxa- goras. Le motif de ce philosophe, dans la supposition de ses homœoinéries ou homogénéités, fut qu'aucun être ne se fait de rien, et ne se réduit au néant (4i).0r, si la terre, par exem- ple, était formée de choses qui ne fus- sent point terre, elle se ferait de rien jet si, ayant été terre, elle cessait d'être terre, elle serait anéantie: il faut donc qu'elle se fasse de ce qui est terre, et que, dans ce qu'on nomme destruction ou corruption, elle se ré- duise ou se résolve en parties qui soient terre. Selon cela, il n'y avait point de génération ni de corruption, point de naissance ni de mort, pro- prement dites. La génération d'une herbe n'était autre chose que l'assem- blage de plusieurs petites lierbes: la destruction d'un arbre n'était autre chose que la désunion et la dispersion de plusieurs arbres. Nous soyons, ajoutait-il {^i), que les alimens les plus simples, l'eau et le pain, se con- i'ertissent en chet^eux, eu feines, en artères, en nerj's, en os, etc.: il faut donc que dans le pain et dans l'eau il y ait de petits chei-eux, et des veines, et des artères, etc., que nos sens à la t'ente ne découvrent point; mais qui (40 PluUrcb. de Placit. Philosophor., lib. I, cap. ///, pag. 876. Aristoteles, Pbysicor. lih. I, cap. IV, pag. j5€.
(42) PluUrcb, ibui.
ne sont pas invisibles a notre raison, ou a notre entendement. Il est clair qu'il se fondait sur une fausse suppo- sition, savoir, que de rien il se ferait quelque chose si les parties du paia qui fournissent de la nourriture aux os n'avaient pas eu la nature d'os dans le pain même. On doit s'étonner qu'un si grand génie ait pu raisonner ainsi. Ne voyait-il pas qu'une maison ne se faisait point de rien, encore qu'elle fût bâtie de matériaux qui n'é- taient pas une maison? Quatre lignes dont aucune n'est carrée, ne font- elles pas un carré? ne sufiit-il pas qu'on les range d'une certaine façon? De plusieurs pièces de toile dont au- cune n'est un pourpoint, ne fait-on pas un pourpoint? y a-t-il là le moin- dre vestige de création? Puis donc que dans les choses artificielles le seul changement de la figure et de la situa- tion des parties sullit à former un tout qui est différent de chacune de ses parties quant à son espèce et à ses propriétés, ne fallait-il pas compren- dre que la nature, infiniment plus habile que l'art humain, peut former des os et des veines, sans joindre en- semble des parties qui soient déjà des os et des veines j mais qu'il lui suffit de travailler sur des corpuscules qui puissent recevoir telle ou telle situa- tion, telle ou telle configuration?
Moyennant cela, sans que de rien il se fasse quelque chose, ce qui n'était au- cunement chair deviendra chair, etc. Voilà ce que Lucrèce eût pu objecter à notre Anaxagoras: il eût ruiné l'hy- pothèse des honiœoméries par les fon- demens. Passons aux autres fautes de JM. Moréri (43).
2°. anaxagoras, dit-il, fut sur- nommé Noî/ç ou V Esprit, a cause de la subtilité de SI doctrine. D iogène Laërce ne dit rien de cette raison: il assure simplement et absolument qu'on le surnomma ainsi, à cause de son hy- pothèse, qu'une intelligence avait pré- sidé au débrouillement du chaos (44)- Timon (45), et Harpocration (46j, le (43) Je ne lui marquerai point celles de ci- taUon: il ne cite Pliitarque qu'ixi Vitâ Nicias, ^d fallait dire Nici»;) or il ne rapporte rien de ce que Plutari|ue (2i( là, et il y a d'autres Traitée de Plularque, qu'à était plus il propos de citer.
(44) Diogen. Laërt., lib. II, num. 6.
(4^^ Timon Pbliasius in Sillis, apud Lairl., lib. Il, num. 6.
(4t)) Harpocral., voce' Kv<t,'^t.yhfXt.
3o ANAXAGORAS.
disent aussi. Je ne nie point que Plu- tarque n'ait parle de la raison que M. Morëri propose j mais comme il allègue aussi celle qu'on lit dans Dio- gène Laèrce (47)> et qui est plus vrai- semblable, il ne fallait point que M. Moréri la supprimât.
3°. II impute faussement à notre Anaxagoras d'avoir admis des atomes (48). Cette erreur est d'autant plus lourde qu'il venait de dire qu'Anaxa- goras admettait des parties infinies en tous les corps. Voilà deux sentimens qui se détruisent l'un l'autre: car gé- néralement parlant, l'bypothèse des atomes peut bien soiiHrir qu'il y ait une inûnité de corpuscules j mais elle demande que leur nombre soit fini dans chaque corps, puisque l'une des raisons des atomistes est d'éviter les absurdités de la divisibilité à l'infini, qui suit nécessairement la supposition que chaque corps est composé d'un nombre infini de parties.
4". II n'est pas vrai que Lucien fei- gne que Jupiter écrasa Anaxagoras d'un coup de foudre. Nous verrons ci- dessous (49) les paroles de Lucien.
5°. Je ne sais sur quel fondement M. Moréri raconte qu'Anaxagoras i>oyagea en Egypte, où il apprit les secrets et les mystères des savans de ce ftays. Je ne me souviens point d'avoir u cela dans aucun ancien auteur j car \e demande qu'il me soit permis à cet égard-là de mettre Théodoret parmi les modernes: Théodoret,dis-je, qui a parlé de ce voyage d'Anaxagoras (5o), mais qui se trompe d'ailleurs en faisant ce philosophe contempo- rain de Pythagoras. Au pis aller, il me restera une matière de censure, puisque Moréri n'a point cité Théo- doret, ni aucun auteur qui ail fait mention de ce voyage.
6°, H croyait que les astres, ce sont les termes de M. Moréri, avaient d''a- bord eu un mouvement confus, qui s'était enfin réglé. Ce n'était point du tout le.sentiment d'Anaxagoras. Voici au contraire ce que Diogène Laé'rce lui attribue: qu'au commencement (47) Jf rapporte let paroles de Plularque dant la remarque (D), citation (Ga).
(48) Voyez ci-dessus les vers de Lucrèce, (49) Dans la remarque (K], citation (i56). (Sol Thcodoret., Je Gi»c. AflVcl. Senr. II, les astres se mouvaient de telle ma- nière, que le ciel ayant la forme d'une voûte, le pôle qui ne se couche ja- mais, était vertical à la terre; mais qu'ensuite il s'inclina (5i). Ne lui en déplaiâe, c'était avoir une connais- sance pien médiocre de la sphère. C'était ignorer que le pôle boréal, in- cliné sur l'horizon de l'Ionie et de plusieurs autres pays, est vertical à la tei're à l'égard d'un certain endroit tout autant qu'il l'a pu être au com- mencement. Si l'on a voulu dire que ce pôle, étant autrefois dans le zé- nith de l'Ionie, avait décliné ensuite vers l'horizon, on s'est très mal expri- mé, et l'on a dû croire que l'Ionie était au commencement une région bien disgraciée et bien malheureuse. Plutarque rapporte ceci un peu autre- ment. Il dit qu'Anaxagoras croyait que le monde fut composé, et les ani- maux produits de la terre; que le monde se pencha de lui-même {Ik roû «.t/To^ttTot/), vers le midi, à l'aventure par la divine Providence (««-«ç ùvr» 7rpovoj'*c), afin qu'il y eût des parties habitables, et des parties inhabita- bles par froid excessif, par embra- sement, par température (5î).
7°. Il n'est pas vrai que Diogène Laè'rce fasse mention d'un orateur nommé Anaxagoras, et disciple de So- crate. Il le fait disciple d'Isocrate (53).
8°. Il est encore plus faux que notre Anaxagoras ait enseigné que les par- ties semblables étaient le premier mo- bile des choses- Nous verrons dans la remarque suivante que le premier mo- bile était, selon lui, un esprit distinct des homceoméries. Si M. Moréri avait entendu l'auteur de la vie de ce phi- losophe, il ne serait pas tombé dans celte bévue: 'E» t£v oy.tjiofji.ifm ^ixf &'» 0-aiy.Â.Tuii To ^«tv a-i/yy.iKfi^èa,t' koli vouv fAiv à.pX>iv )£»v<io-£a)ç (54). Ex parfis si- inilium partium corporibus hoc lotmn esse composilum, mentemqce isitium ESSE MOTUS.
cf. M. Moréri n'a pas bien repré- senté le sens de la première partie de ce grec de Diogène Laërce. Tout ce grand monde, dit-il, est fait de sem- blables parties, qui font le tout. Je me (5i) Diogen. Laërt., lib. JI, num. 9. (Sî) Philarch. de Pl.icil. Philosopher., /ii. //, (.'ÏB) Diogen. haeti., lib. II, nuin. i5.
ANAXAGORAS.
3r aulS déjà plaint du galimatias de ces une prairie, et là un bols. Anaxagoras paroles; mais il faut ici les examiner eût extravagué plus lollement que le plus amplement, afin de montrer de plus absurde visionnaire qu'on ait jaquelle manière un auteur français se mais mis dans les Petites-Alaisons, s'il doit garantir des équivoques où l'on eût hésite sur celaj et néanmoins les tombe, quand on ne se souvient pas expressions de M. Moréri signifient qu'une expression, qui était claire clairement qu'il enseignait que l'unipour les Grecs, n'est que ténèbres en versétaitun tout homogène. C'est donc ce siècle, si l'on n'use pas de para phrase. Je dis cela, sans vouloir justi- fier le bon Diogène Laèrce, qui, la plupart du temps, ne savait ce qu'il disait, en abrégeant les dogmes des philosophes. J'eusse voulu que M. Mo- réri se fût servi de ces termes: l'uni- vers a été L'effet ou le n-sultal du triage des petites parties semblables. De la manière qu'il sexprime, il nous fait prendre le monde pour un tout, dont chaque partie est de même nom et de même qualité que toutes les autres (55j; ce qui est si faux, qu'il suffit d'ouvrir les yeux, pour connaître ce mensonge: les aveugles même le peu- vent connaître, et ne le peuvent igno- rer^ car ils savent nécessairement qu'ils sont composés de chair et d'os, et que leurs cheveux ne ressemblent point à leurs ongles. Ceux qui ont la plus petite teinture de la philosophie des écoles, savent qu'un composé ho- mogène est celui dont les parties ont le même nom et les mêmes qualités (lue leur tout j et qu'un composé hé- térogène est celui dont les parties ne s'appellent point comme leur tout, et n'ont point chacune les mêmes pro- priétés que les autres. L'eau, le lait, le vin, la chair, un os sont des compo- sés homogènes; car, par exemple, cha- que goutte du liquide, qui compose un fleuve, s'appelle de l'eau et a l'essence de l'eau. lien va tout autrement d'un composé hétérogène; ses parties n'ont point son nom, ni sa nature, ni le nom et les qualités les unes des autres, ïel est, par exemple, le corps d'un bœuf: il est composé de sang, et de chair, et d'os, et de plusieurs autres parties qui ont chacune leur nom et leurs qualités. Cela étant, il n'y a per- sonne qui puisse dire que l'univers est un composé homogène, et non pas un tout hétérogène: ses parties sont les unes opaques, et les autres diaphanes; les unes liquides, et les autres dures: ici est la terre, et là l'air et l'eau; ici (55) C'est-à-dire, selon le tenllmenl d'A- naxagoras.
lui imputer très-faussement nue absur- dité épouvantable. Il fallait donc se servir d'une autre phrase, pour décrire son sentiment: il fallait choisir des termesqui ne confondissentpasle sens collectij avec le sens distribulif du mot tout (56). Je m'explique par un exemple. Supposons que tous les bour- geois d'une grande ville soient divisés en dix classes, et qu'on mette dans la première ceux qui ont vingt mille francs, et dans la seconde ceux qui en ont quinze mille, et ainsi du reste. Quiconque dirait, toute celle i^ille est composée de bourgeois également ri- ches, n'aurait raison que dans un sens distributif dont notre langue ne s'ac- commoderait pas facilement en cette rencontre. 11 voudrait dire que les dix portions qui composeraient tout ce peuple seraient composées chacune de gens également riches; mais il con~ vrirait sa pensée sous des mots impro- pres, obscurs et embarrassés: il aurait besoin d'un c'est-à-dire que l'égalité des richesses ne se troui'e qu'en com parant les gens d'une même classe les uns avec les autres; car si l'on compare ceux de la dixième avec ceux de la première, on trouvera beaucoup d'iné- galité. Voilà le mauvais office que ren ■ dent à notre Anaxagoras ceux qui sou- tiennent qu'il a dit que l'univers est tout composé de portions semblables; ils font soupçonner les lecteurs fran- çais qu'il a donné là une énigme ri- dicule; et si l'on n'ajoute pas un bon c'est-h dire, ils ne savent où ils sont, et ils pestent contre l'écrivain, tpar- gnons-leur cet embarras, et dévelop- pons un peu le sentiment de ce philo- sophe.
Il me semble qu'il a voulu dire que l'intelligence, qui avait formé le mon- de, avait trouvé dans une matière in- finie une infinité de sortes de très-pe- tils corpuscules, qui se ressemblaient, et qui, par un mélange confus, étu'cnt (56l M. Arnanld, dans ses Difficultés à M..Sieyaert, VJ^. Part. p. 122 el suiv. fait drc remarques tur ces deux sent.lu mot tout.
32 ANAXAGORAS.