SigPhi · Pierre Bayle

Dictionnaire historique et critique (Tome 2)

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Il paraît, par le passage que j'ai cité )) tion,et pour faire voir qu'il était du sieur Freher, qu'on a cru ijue les >, capable de tout, pour apaiser les livres de libertinage, et les livres de,> Jévots irrités contre lui, et pour (2g) // prit celle anagramme de son nom a la tête de ses livres de piété, (3o) Baillct, Jugeraens sur les Poètes, tom, /, fag. i33.

(30 Wénagiana, pag. 26G.

(Sa) Bibliolli. de Duverdier.

(33) Frelierus, Tbeatr. Viror. illustr., pag. itfii; ex Thealro Gbiliai.

(34) -M. de la Monnoie, Remarques manu- scrites.

ARÉTIN.

» s'attirer des libe'ralite's de la part vons lui appliquer la censure fou- » de quelques grandes dames à qui il droyante contenue dans ces paroles » envoyait des exemplaires de ces du psalmiste: )) sortes de livres. Il n'en était })as » pour cela plus sage, puisqu'après )) avoir publié sa paraphrase sur les M sept psaumes, et son Uumanita di )> Chrislo, en i535, il s'avisa, sur » la fin de iSSj, de dédier à Battisia » Zatti, de Bresse, citoyen romain, )) ces postures infâmes dont on a » tant parlé, au bas de chacune des- » quelles il avait mis un sonnet, aussi » déshonnête, commedit M. Felibien, M que l'étaient les actions représen- » tista Zatti se trouve dans le premier » volume des lettres de l'Arétin, Il Jussi dira l'Eternel au mescharU, Pour,)uoiva,-tu mes edits tant preschant, El prends ma lot ei, ta bouche maligne, y eu que lu as en haine discipline, El que mes dit t jeUes et ne reçois? Si un larron d'aventure apper'çoit Avec lui cours; car autant que lui vaux T' accompagnant de paillards et ribaux: ' Ta bouche mets a mal el médisances Ta langue brasse et fraudes el nuttances. Causant assis pour ton prochain blâmer, Et pour ton frère ou cousin diffUmer: Tu fais ces maux, et cependant que riens Je ne l'en dis, lu tn'eslimes el liens Semblable à loi: mats quoique laid le face. T'en reprendrai quelque jour en la face (36\ Je confesse que le commun des hom- »i 1 i i mes n est point choque des écrits de de ses mœurs dans la <• ^ ut^uici qu uu pio M auteur fait de ses » CCXC«. lettre du IV^ volume, datée » de décembre i547, 1"^ ''i'^'^ qu'il )) fûtalors dans la cinquante-septième )) année de son âge {*), il n'en me- » nait pas un» vie moins licencieuse. » L'endroit où il parle de l'interrup- » tion qu'il est obligé de faire en » écrivant cette lettre, est quelque » chose de fort singulier (35) On » peut voir aussi iaCCCCXXXIXe, let- )) tredu même volume, oùl'onrecon- » naîtra qu'il faisait profession d'une )) morale peu scrupuleuse.»

C'est donc à tort que l'on préten- drait qu'il composa ses livres pieux après avoir renoncé par une sérieuse pénitence à sa vie libertine. Il com- posait tour à tour, et des écrits de piété, et des é'^rits de débauche, étant fane compose; nuis les personnes d'un goût délicat ou difficile en sont plus scandalisées que d'un écrit où un tel auteur parlerait sincèrement. Optez, disent ces personnes-là, soyez l'un ou l'autre, ne donnez point à l'im- primeur aujourd'hui un oiwrage de piété, demain un lifre de libertinage. Nous ne voulons point une telle co- médie; puisque i^ous persti'érez dans le mal, nous aimons mieux que uous en gardiez incessamment les appa- rences...Quanta constantior idem In viliis, tanl'o levius miser: ac prior ille, Qui j'am contenta, jàm laxo fune labo- Il serait à souhaiter que personne ne se mêlât de faire des livres de dévotouiours malhonnête homme, et *\o°' ^^ns être bien persuade de ce qu'il plongé dans la corruption: et si, par '^'^' ""^ '^"' ^^ "^«"re en pratique; rapport aux hommes, il était moins «^f*^ PO"!" les personnes à réflexion, pernicieux en s'exercant sur des ma- V "^^ 8^^°*^ '"J^* de scandale que tières pieuses, qu'en traitant des sujets "^^ '■°''' f' ««"^ent delà mésintellicoW,1 M^\i pnrnr^..In.: ^.irr^iV,^! gence entre Ics peusces et les naroles sales, il était encore plus criminel aux yeux de Dieu dans ces compo- sitions-là, que dans celles-ci. Il n'ap- partenait pas à un tel profane de toucher aux choses saintes: il leur faisait une injure plus piquante, en les expliquant avec un cœur dépravé, et par de mauvais motifs, que s'il les eût insultées ouvertement. Nous pou- (*) La preuve s'en tire de ce qu'il se dit âge' de cinquante-quatre ans dans une lettre « Paul Jove, du mois de mai i545, pag. i4i lourne'e du II I^. volume, édition de Paris, en i6og, in-80, (35) On ne le rapporte pas; il est trop licencieux.

pensées et les paroles e ceux qui font de tels livres, et plus encore entre leurs actions et leurs écrits.

(K) Je parle de ses Ragionamenti.] Ils sont divisés tn trois parties, dont la dernière qui traite de la cour et du jeu des cartes, est beaucoup plus supportable que les autres. La pre- mière traite des désordres des nonnes des femmes mariées, et des filles de joie. Il suffit de dire en général que (36) Psaume L. Je me sers de la version de ClementMaiot.

(3;J Horat., Sat. Fil, tib. II, vt. i8» ARÉTIN.

la seconde est l'esprit et Thistoii-e du Putanisme. Quelque abominables que soient ces dialogues, ils le sont beau- coup moins que le livre qu'on lui at- tribue, de omnibus f^eneris Schemati- bus.

Voici une remarque qui m'a été envoyée (38). « Ce livre (t^e omnibus ■), f^eneris Schemalibus) qu'on attri- 3, bue ici à l'Arétin, et que bien des 3) gens croiront peut-être avoir été 3) composé par lui en langue latine, à » cause que par honnêteté vous lui » il s'en explique dans son Capitolo >> au duc de Mantoue: » Ma peick' io sento il présente alP odore, >• Un' operelta in quel cambio galante, • Vi mando hora in stil ladro Iradilore ■ Intitolata la l'utana errante, 1» Dal y^eniero composta tnio creato.

» Che me in dir mal tjuatro giornate inanle.

J'ajoute à cela un beau passage de M. Chevillier: Ce J'ai enuiron l'an i525, que Jules Romain, le plus cé- lèbre peintre d'Italie, poussé par l'en- nemi du salut des hommes, inventa >j donnez un titre latin, n'est autre des dessins pour grai'er uingt plan 3) chose qu'un recueil contenant seize j) figures déshonnêtes, gravées par 3) le fameux Marc Antoine de Boulo- 3> gne, d'après les dessins de Jules 3) Romain, au bas de chacune des- 0, quelles était un sonnet de l'Arétin. 3> 11 en parie dans une lettre du 29 de 1. novembre iSa^, par laquelle il » mande au seigneur César Fregose, j> qu'il lui envoyé il libro de i sonetti n e de le figure lussuriose. Le Vasari, j) et M. Felibien après lui, ont dit que » ces figures et ces sonnets étaient au î) nombre de vingt; mais l'Arétin lui- 3) même, dans la dédicace qu'il en }> fît en i537 à ce Battista Zatti dont 5) j'ai parlé, n'en compte que XVI. Il ches. Les sujets en sont si déshonnêtes, qu'on n'ose pas seulement les nommer. Pierre Arétin, diffamé dans le public, qui le connaît pour un impie et pour un athée, composa des sonnets pour chaque dessin. George f^asari, qui rapporte cette histoire dans son livre de la Vie des Peintres, dit qu'il ne sait lequel serait le plus impur, ou de jeter les yeux sur les dessins de Jules, ou de s' arrêter à lire les sonnets d' Arétin: Io non so quai fusse più o brutto lo spettacolo de i designi di Giulio ail' ochio, o le parole dell' Aretino a gl' orecchi.3. Part. pa. 3o2. Un graveur, appelé Marc Antoine, osa bien faire servir son burin pour graver sur ces )j y a un dialogue de uWaddalena et vingt planches tantd'infamies. Le pape j) de Giulia, qui a pour titre La Pu- Clément VII le fit mettre en prison; y> tana errante, où il est traité au long mais le cardinal Médicis lui sauva la -j) de i diversi Congiungimenti, jus- vie- Et si grand que fût le mérite de j) qu'au nombre de trente-cinq. C'est Jules dans la peinture, il aurait été 3ruple l'ancienne châtié très-rigoureusement, s'il ne se fût retiré a Mantoue. Il arriva en l'an- née i527 que Rome fut pillée par l'armée de Charles- Quint: le sort de ce graveur fut, qu'ayant perdu tous ses biens, il fut obligé de quitter la ville, et mourut quelque temps après. M. Chevillier ajoute que M. Jollain, raai'chand de la rue Saint-Jacques à Paris, sachant où il y avait de ces planches injâmes, qui représentaient ces dessins abominables de Jules, et ces sonnets impurs de l'Arétin, y alla, et les acheta cent écus, dans le dessein de les détruire, ce qu'il exécuta in- 12 de 4o4 pages sans date. Cette Bibliothèque d^Artkin est un recueil de pièces obscènes de divers auteurs: ou en trouve le détail dans les Analecla liiieraiia de Freytag, pag. t\^. Il n'y a dans cr. volumeaucune pièce d'Arétin, puisque la Futanu ermnle est de Venlero. Joly s'csprime donc inexactement eu disant que cette pièce « est tout ce qu'on tiuui'e de l'Are'Un dans cet ouvrage uialgri Sun titre. » }> surpasser du quad » débauche: » Çuales nec Didymœ sciunt puellie, » Nec molles Elephantidos libelli.,.. » Sunlilllc Veneris novem figurât.

i> C'est ainsi que Lindenbruch (Sg) ■» cite l'épigramme XLIIi du XI1'=. 3) livre de Martial j d'autres lisent 3) novœ au lieu de novem. L'Arétin, 3) quoique l'ouvi'age ait toujours été 3) imprimé sous son nom, le désavoue, )) et dit qu'il est d'un de ses élèves, » nommé le Veniero. * Voici comme (38) M. de la Moanoie, Remarques manu- scrites.

(39) Notis in Priapeïa, pag. 3o5.

' Depuis, et dans le Ménagiana, IV, Go, la Monnoiti déclare abandonner cette idée. Mais Mazzuclielli pense au contraire que le poëmede la Pulana errante, et le Trcnluno delta Zajjhtta sont de Lorenzo Veniero. Mnzzucbelli ajoute que la Putana errante n'est qu'en trois chants. On en trouve une traduction française dans la Cil/liothe'que d'/lre'Un, Cologne, P. JVIarl«au, ARÈTIN.

il a toujours cm que celaient les planches originales, gravées par Marc Antoine^ qu'il auait détrui- tes (4o).

(Lj Ses Ragionamenti furent im- primés pendant sa fie; mais on a de la peine à déterrer quand ils le furent la première fois."] La préface de l'é- dition de i584 ne permet pas de douter du premier de ces deux faits. Le libraire, sous le nom suppose de ljarbagrigia,!déclare que l'auteur avait résolu de publier ses Ùialofçues, divises par journe'es, à la manière de Boc- cace, et comme ils le sont dans l'edi- lion que j'ai cote'e; mais que d'autres le devancèrent, et qu'ils publièrent cet ouvrage contre son gré, et en as- sez grand désordre: Hnggi l'i pré- senta di loro una buona parte...da rue ridotte ne la maniera ch'egli le compose, e ne la medaima maniera ch'egli hai'eua ditenuinato difarle la prima volta stampare, s'allri ( contra sua foglia ) non l'hafessero prima di lui date per niezzo de la stanipa in » i556 (42). Antonio Francesco Doni, » dans la première partie de sa Li- » brairie, publiée en i55o, qui con- M tient Ls livres imprimés, parle de » deux Dialogues délie Donne (43), » qui sont dirtérens des Jta^iona- » menti, dont il ne dit pas un mot, » parce qu'assurément ils n'étaient » pas encore imprimés. A l'égard » des Lettres, il n'y a que le seul » premier volume qui mérite d'être » lu, quoiqu'il ne contienne pres- y> que rien de satirique: les autres » cinq sont extrêmement fades, et » vous pouvez vous en tenir là-des- » sus à M. Ménage, dans le Ména- )> giana, qui leur fait encore trop » d'honneur, quand il les estime » pour le style. )> Dans une autre let- tre, M. 3Iinutoli a eu la bonté de me faire part de deux remarques qu'il fit en lisant les Lettres des Hommes Illustres, publiées par Jean-Michel Brutus. 11 trouva ces paroles à la pa- ge 369, daus une lettre de Jean Ma- ludanus à Denvs Lambin: Penè me lace assai mule acconcie: conciosia fugcrat qnod scribendum in priniis cosa che Giornate questo nomasse per juisse arùitror. A Perinnin éditant seguitare l'aile pedate del gran Gio- p.inni Boccaccio. Je joins à cela quel- que chose de plus précis, et je le fais avec d'autant plus de satisfaction, qu'en même temps je m'acquitte d'un devoir indispensable envers M. Mi- nutoli, par le témoignage public que ie lui donne de mon estime singu- ière, et du grand prix que je mets à l'amitié dont il m'honore. J'avais consulté cet habile professeur de Ge- nève, et voici l'extrait qu'il me com- muniqua d'une lettre qu'on lui avait écrite de Dijon: « Il faut, monsieur, M vous parler présentement d'un li- » vre qui est fort opposé à celui-là » (4i), qui est les Itagionamenti di » Pietro Aretino; vous souhaitez » que je vous éclaircisse de (|uelques » choses qui les regardent. Les Jia- » gionamenti, ou Entretiens capri- w cieux de l'Arétin, ont paru avant w sa mort; il n'en faut point dou- )' ter, puisqu'pTi i55i il y a eu une M invective de Joachim Périon, moine » bénédictin, contre l'auteur des/ia- » gionamenti, qui ne mourut qu'en (4o) Chevillier, Origine de l'imprimerie de Paris, pag. 324- (4i) On vfiinit de parler du livre de M- Bail- Ifl, lOHchaiii la dùvotion a la Sainte Viçrge.

TOME U, esse audio oralionem adi'eniiin Pe- trum Aretinum. Periculum est ne ut jampridem principum, ità posthàa et MavctXi^'v flagellum esse et nomi- nari t^elit lacessitus Areiinus. 11 n'y a dans cette lettre que la date du jour, IVonis nmiis; mais comme la réponse de Lambin est datée Nonisjuniis an- no C13 13 Li, il est aisé de conjectu- rer en quelle année Maludanus lui avait écrit. Mon lecteur sera bien aise de trouver ici ce que Lambin, qui était alors à Rome, jugeait de la ha- rangue de Périon: Perionii oratio- nem in Petrum Aretinum jampridtia legeramus, sed mullo non sine risu. Quid enim magis ridiculum excogi- tare potest, qu'ani homineni Bened c- tinwn, philosophum, Ciceronianurii, theologiim, cum P. Aretino veriis decertare? Onininà suw cxislimntioni pariim consulniise judicalur, nain qu'id arguit illum esse impurutn, sce- leratum, impium, quid tum posteh?

(4^) ï" relier met ces deux Dialogues entri; Us OEuireu de TAréliii, et ne parle point det Uagio- nAtnenti. Feut-etre que ces deux Dialogues sont celte première édition qui /"ut fuite coittre la co- lonie de l'auteur, et dans un autre ordre que le sien, 2Q ARÉTIN.

T'aies homines non cerbis aut scn/His castigindi sed le^ibus el pœnis sunt eoërceiidi. Sed hâc de re alias plura '''. Quant à la seconde partie du texte de cette remarque, lisez ce qui suit, et vous admirerez l'exactitude et Té- tendue des recherches de l'habile homme que je cite (44)- " ^^ "^^t dif- )) ficile de marquer le temps précis )> de la première édition des Raglo- » namenli, tant parce qu'elle est de- » venue si rare, qu'il est comme im- j) possible d'en trouver des exemplai- » res, que parce que les Dialogues, )) qui composent les deux parties de « cet ouvrage, ne parurent pas tous y> en même temps. La première par- j) tie précéda l'autre de quelques an- j) nées 5 et ce qu'il y a de sûr, c'est » qu'elles étaient toutes deux impri- » mées en i537; les épîtres dédica- }) toires de l'une et de l'autre partie )> étant insérées dans l'édition du j) P''. volume des lettres de l'Arétin, » à Venise, in-folio, par Francesco » Marcolini, en la même année. Le ■» titre de ces Ragionamenll a varié. }) L'auteur, dans l'épître dédicatoire )) de la 11^. partie de ces Entretiens, )) appelle la première i tre Giorni di » capricci, et même simplement Dia- » logo, car c'est ce qu'il entend par j) ces paroles: ecco^i il Dialogo, lesj) quelles ne se trouvent pourtant pas » dans cette même épître insérée }) parmi les lettres du I^''. volume, » où il y a encore une autre varia- 3) tion considérable, qui est qu'après » ces mots e per non difraudare il ït mio grade, tout ce qui suit, jus- » qu'à e lo sa Milano corne cadde \n- i> clusivement, est entièrement omis- j) au lieu de quoi il y a usaro le pa- i> rôle cadute de la sacra bocca del » magno Antonio da Leva, l'Are- j) iino è piii, etc. Quelquefois, au j) lieu de Dialogo, i! dit tout au » long, comme dans l'épttre à son » singe: // Dialogo de la JVanna e ♦ Joly rapporte le titre et îles passages de la baraogue de Périon contre ArétiD. Voici le titre de cette pièce qae Bayle n'avait pas vue: ad Henricum (II) Galiife rc^cni clarissifnwn ac potenlii.timum, rœterufque chiislianœ rMi^ionis principes, Joachimi Perioiiii, beiieilictini Cor- inariacprù in Pelrum Arelinum oralio, Paris, N.deGuinguant iSJi, tn-8, ilc7i pages non chif- frées, et réimprimé à Cologne, i56i, in-8.

(44) ^- de la Monnoie, Remarques mnnu- «crites.

de la Antonia. Quelquefois, com- me dans son Dialogue ddla Corte, par la IVanna, il entend la pre- mière partie des Rnginnamenti, et par la Pippa, la seconde. Dans une lettre du i5 mai 153^, à Fran- cesco da l'Orme, il désigne les deux parties par i due Dialoghi, de même que les désigne aussi An- ton. Francesco Doni par Dialoghi due délie Donne {*). Il est constant cjue ces Dialogues n'ont jamais été intitulés /îa^to/jaweHfi par leur au- teur. Ce n'est que depuis l'édition de i584 qu'ils portent ce titre. Le véritable était Capricci. Périon le reconnaît dans son invective con- tre l'Arétin. Scripsit enim, dilil, atque edidit nefarium librumquem- dam, quem Capricium, a capra- rum lasciwiâ el libidine inscripsit. Et plus bas, Gain plerique jam Ita- licè sciant, quo quideni sermone istius Capricius aliique libri scripti sunt. Le Bandel se méprend lors- que, dans la XXXIV. de ses Nou- velles, page 2'i5 de la F^. partie, il dit que la Zanina lisait la JVan- na, ce sont ses mots: o sia Raf- faella de l'Arelino. La Nanna, en effet, et la Raffaella sont deux ou- vrages différens, et de différens au- teurs. Par la IVanna, on doit en- tendre la première partie des Ra- gionamenti de l'Arétin: par la Raf- faella, le Dialogue de Madonna Raffaella et de Margareta, intitulé WeWa bella Creanza délie Don- ne, qui apprend aux femmes à fai- re des galans. Il est d'AlessandroPic- colhuomini, sous le nom de Stor- dito Intronato, qui était son nom d'académicien. Cette citation de la JVanna, par le Bandel, sert pour- tant à faiie voir que la I*^". partie » des Raginnamenti paraissait tout au moins dès l'an i535, puisque sur la un de celte même nouvelle, où est citée la iVa/;«/2, il est fait men- tion du Bernia comme alors vivant, lequel constamment, quoique M. Baillet le mette après des poètes qui sont morts en j6o6, mourut •) au mois de mai de l'an;535: Il » Bernia v'irurio ]>nëLa d'Arelino rno- » ri apopletico, dit Paul Jove dans (*) Libraria del Doai, part. I, pag. 3j| tournée- ARÉTIN.

» une lettre du dernier cle mai i535, )) à re'vêqtie de Faïence Ridolfo Pio, » dit depuis le cardinal de Carin, « nonce alors en France. M. Ména- n ge, qui a fait un chapitre exprès » du Cernia dans la I''*. partie de )) son Anti-Baillet, n'a pas relevé » cette faute. » (M) Ses six uolumes de lettres..-, ne valent pas grand'chose. ] Nous avons dt-jà vu sur ce sujet (45)le jn- getnent d'un savant homme de Dijon; il faut y joindre celui de M. Ménage. J'ai lu, dit-il (46), toutes les lettres (Je Pierre jirétin, sans y trouver rien que j'aye jamais pu faire entrer dans aucun de mes lit^res. Il iiy a que du style a prendre dans cette lecture. On ne saurait donner une idée plus ex- pressive d'un ouvrage sec, et très- semblable à un logis démeublé, à une terre sablonneuse, en friche, à des landes; car M. Ménage était un des hommes du monde qui savait le mieux profiter de ses lectures, et qui possé- dait le mieux l'art d'en varier les ap- plications.

(N) Il mourut environ l'an i556, à l'dge de soixante-cinq ans, plus ou moins (47)- 1 « ^^ ciu' fait con- M jecturer que l'Arétin est mort, ou M sur la fin de i555, ou dans l'an- )) née ï556, c'est que depuis le mois » d'octobre i555, date de l'épître dé- 5) dicatoire du dernier volume de ses 3) lettres, il ne se voit pas qu'il ait 3) rien écrit 5 et que le Ruscelli, qui » écrivait son Riraario en i557 ' Y 3) parle de l'Arétin comme d'un hom- 3) me mort depuis peu: Onde il mio 3) Aretino di buona menioria, dit-il 3) au mot Rosta, dans le vocabulaire 3) qui est à la fin du Rimario. Que ce 3) soit en i557 4"^ "^^ Rimario ait été » composé, cela paraît par le passage 3) que j'en ai marqué ci-dessus (48) 3) au sujet de Silvio Antoniano (49)- " Paul Freher s'abuse, en disant qu'Aré- tin mourut vers l'an i566 (5o).

(45)) Ci-dessus, immédialemenl après la ci- tation (43).

{46) Ménagiana, pag. 896 de la première édi- tion de Hollande.

(4') Vorei ci-dessus la citation (*), entre (48) ^ lajin de la remarque (D) de l'article Amtohiano.

(49) M. de la Moanoie, Remarques maBu- scrilvs.

(50) Paul. Frclier., in Theatro Vironim illus- trium, pas- i4(>i- (0) On conte qu'il se mil si fort à rire, entendant des discours sales, qu'il tomba,...et en mourut sur l'heu- re. ] Voici les propres termes de l'au- teur qui rapporte ce fait: Infindas ohscœnitales de mereiricibus, ut aïunt, sororibus suis, cù.-ii audiret, ex risii sellant in qud sedebat ei'crtisse, occi- putque vehementer graviterque ad ter- rain (ifflixisse atque allisisse ut extcm- plô nequissimè interiret (5i).

(P) Il se trouva mal d'avoir écrit contre Slrozzi...Je citerai mon au- teur. ] C'est Rémi de Florence, f^olse, dit-il (52), Pielro Aretino burlare e molteggiare il sig. Pietro Strozzi, quando egli diede 3/arano a f^ene- tiani, e gli fece un sonetto, che co- minciava: Mentreil gran Slroiii Arma viramque cano, elc.

Ma il signor Pietro, corne huomo valoroso, e che non vnleva sue burle ne suoi molli, gli fece intendere, che altendesse ad allro, perche lo fareb- he amniazzare insin nel letto. Onde il povero Aretino, che connsceva il signnr Pietro huomo piii da Jarlo che da dirlo, si mise tanto spaventn, che serrato in casa, ne dando ingresso a persona alcuna, guardava pure se i pugnali piouevano, e mena giorno e notle una vila infelicissima, e per fin che lo Slrozzi stette in paese de f^enezlani non ardi mai uscir di ca- sa. Je m'imagine que, quand il se vit hors de danger, il fit comme la truie lavée.

(Q) L'un de ses sujets d'importunilé était la dot de sa chère fille Adria. ] Il l'aimait avec beaucoup de tendres- se, et il s'était engagé à compter mille ducats à celui à qui il la promit ea mariage. Ce futur n'était point un homme qn'on pût renvoyer au pre- mier livre qu'on dédierait: une telle assignation, que certains auteurs ont employée auprès de leurs créanciers, n'était point capable de le contenter; il stipula que mille ducats lui seraient comptés avant qu'il donnât l'anneau à sa future: Mille ducali è la pro- messa da me f alla allô sposo in con- (5i) Aol. Laiirentinus Polltianus, in Dialogo de RIsu, pag. 87.

(.52) Rem>sio Fiorentino, Considérât, civill sopia Guicciardini, cap. fl, folio 8 verso. Vojei le Rime pi.-iceToli, pan. II, folio \i.

ARÉTIN.

E: tunti, prima che se le dia l'aneUo (53j. 11 fitllnt que l'Arëtin fît servir au paiement de cette somme la chaîne d'or qu'il avait reçue du prince d'Es- agne (54). Il s'adressa au cardinal de orraine, pour en être secouru dans cette nécessité: je ne sais point s'il en obtint quelque chose ^ mais je sais qu'il fut secouru du duc de Florence. La lettre de change que ce prince fit expédier ( 55 ) portait qu'on ne la payât que sur de bonnes attestations que le mariage avait été consommé (56). Cette condition fit hûttr les no- ces: le père eût voulu les différer, parce que la jeune Adria lui parais- sait d'un âge trop tendre; mais il fallut passer par-dessus cette considé- ration. 11 dit que sa fille, en se met- tant au lit nuptial, parut être une \ictime pure mise sur l'autel sacré: Per importarmi piii l'honore délia pa- rola obligata, che il rispetto délia etade lenera, consentii che la inno- centia si copidasse co'l sacramento. Ella, nello entrai e nel lelto, purue una oslia para, posta sopra faltare sacro (57). 11 paraît que le beau-fils * n'exigea point à toute rigueur que la somme lui fût comptée en bonnes es- pèces avant les noces: il se contenta d'être nanti de la chaîne d'or que le fils de l'empereur avait donnée à l'Arétin: d'en être, dis-je, nanti pour la sûreté de ce qui manquait aux mille ducats 5 mais cela ne lais- sait pas d'embarrasser le beau-père, qui avait envie de conserver cette chaîne d'or, et qui se voyait chargé de sa fille jusqu'à ce que toute la somme fût payée j car, avant l'en- tier paiement, le gendre ne vou- lait point amener chez lui son épou- se. Le duc de Florence fut encore importuné, et déboursa quelque cho- (53; Arélin, lettre CXLV du V*. liv., folio ^a verso^ édition deParis, en 160Q.

(S/,) LU même.

(5-1) yoyez la XXI y. Lpttre du même livre, allé est dale'e de Denise, l'an i548.

(36) f'ov^.î la CCXX'. Lettre du V*. livre. Elle est dale'e du moi< de mars iS^g.

• Adria,.lit Joly, Int fiancée en i548 à Diotal- levi Kota, jeune lioramr de vinj^t-neuf ans, uc dans le Bergamasqiie, mais établi dans le duché d'Uiliin. Le maria|;e fut célébré deux ans après- (IS) Forez le yi'. liyrt des Lettres de i'\riùfiffoUo lai.

(R) Il l'it sa fille si malheureuse dans le mariage, qu'il se repentit de son impatience. ] Ce mariage ne fut pas heureux: la pauvre Adria fut si maltraitée chez son mari, qu'elle fut contrainte de s'en retourner chez son père 5 mais son mari!ui ayant pro- mis un traitement plus commode, elle se laissa persuader la réunion, et ne fut pas plus heureuse qu'aupara- vant (59). On continua de lui ravir le pouvoir des clefs; pouvoir qui ne tombe jamais en <juenouille dans l'é- glise, mais qui est afi'ecté aux fem- mes dans le ménage. Elle ne pouvait ni manger, ni boire que quand il plaisait à d'autres de disposer de la clef en sa faveur. On la chicanait éternellement sur ses parures: on ne voulait point qu'elle portât de joyaux, et on la voulait contrain- dre à vendre un diamant que son père lui avait donné. Elle était donc attaquée par les endroits les plus sensibles: c'était vouloir lui arra- cher les entrailles. L'Arétin im- plora pour elle la protection de la duchesse d'Urbin (60). Quel crève- cœur de se voir si méprisé de son gendre, pendant que son nom fai- sait du bruit jusqu'à la cour de Per» se (61)! Quelle amertume domesti- que, au milieu des prétendues dou- ceurs d'une grande réputation! Pou- vait - on se consoler en considérant