(K) il jouit de la félicité éter- nelle.} Sépulvéda, l'un des plus savans hommes du XVI*. siècle, n'a point hésité à le placer parmi les bienheu- reux; il a soutenu publiquement son opinion, et par écrit (98}. Le jésuite Gretserus le reprend d'avoir été trop hardi, mais néanmoins il avoue qu'il incline en faveur d' Aristote, aussi- bien que Sépulvéda, dont il n'im- prouue en cela que la façon de parler affirmative (99). Joignez à ceci ce que j'ai cité de Coelius Pihodiginus (100), et ce que des gens de poids ont re- maïqué touchant la raison qui obli- gea Aristote à sortir d'Athènes. Al- bert-le-Grand a soutenu qu'on le chas- sa, à cause de ses bonnes mœurs: propter morum rectitudinem pulsus Athenis (loi). Gretserus, dans sa dis- pute contre Sépulvéda, touchant le salut d' Aristote, ne doute point qu'il n'ait uoulu ét'iter par ce bannissement folontaire la nécessité où on voulait le réduire, de rendre à des idoles un culte quHl croyait n'être dû qu^à Dieu seul rio2.) Nous avons donc en sa per- sonne un illustre réfugié pour la vraie religion. Origène a favorablement in- terprété cette fuite d'Aristote (io3); car, lorsqu'il explique le précepte, que Notre-Seigneur donne à ses apô- tres, de fuir d'une ville où ils seraient persécutés dans une autre (io4), il dit à Celsus, qui se moquait de cela avec Platon, pag. 3io, qui cite Justin., in Adm. ad Gentes. Greg. Naz. contra Jul. Voyei aussi Rhodigin., lib. XXIX, cap. VIII. Quant aux citations du père Rapin, voyeila remarque (2,'), (96) Diog. Laërt., in Aristot., num. 6.
Cfl'î) Apollod. apud Diogenem Laërt., in Aristot., num. 10.
(98) Sépulvéda, lib. de Aaim. cité par la Mothe-le-Vayer, lom. V, pag. u4- (99) Gretserus, cité par la Mothe-le-Vayer, la même.
(100) Ci-dessus, citation {qIî).
(loi) Albertus Magnus, Ethic., lib. V, cap. I, cité par Rapin, pag. 3io.
(102) Gretserus, de Variis cœl. Luth., cap. XIII, cité par la MotVie-le-Vayer, tom. V, (io3) Orig. coatra Ceisum, liv. II, cité par le même. (io4) Matlli., chap.X, vt. 33.
ARISTOTE. 369 ses profanations ordinaires, que lé- temps (uo), c'est-à-dire, dans le loignementd'Aristote dont nous par- XIV'. siècle.
Ions a été conforme a la morale de l'E- (Tj Uy a eu des hérétiques qui uéf/angile, et qu'il fit la même chose, néraient son image auec celle de Jéétant poursuii'i calomnieusement, que sus-Christ. Je n'ai point iroui'é que les Jésus - Christ conseille à ses disci- antinomiens lui apportassent plus de pies (io5j J'ai cité (io6) un passage d' Agrip- pa, où il est parlé d'un livre de Salu- te ^ristotelis. M. Voet, qui avait une si ample connaissance des livres, n'a- vait point vu celui-là; mais il en sa- vait à peu près l'anne'e de l'impres- sion. Il dit dans une thèse soutenue le i5 de de'cembre i638, qu'il y avait i4o ans qu'on l'avait fait imprimer à Oppenheim, et que François Junius en avait vu un exemplaire (107). Il ajoute qu'un certain Lambertus de Monte, auteur d'un commentaire sur la Physique d'Aristote, où, l'an i486, on le qualifie docteur en théologie, respect qu'a la sagesse incréée. J Voici un passage du père Rapin (i 1 1) « Les w carpocratiens furent condamnés M pour avoir mis l'image de ce philo- » sophe avec celle de Jésus-Christ, et » pour l'avoir adorée avec uueextrava- « gance de zèle pour sa doctrine (*'). >' Les aétiens furent excommuniés par » l'Eglise, et par les ariens mêmes, » dont ils étaient sortis, parce qu'ils w donnaient à leurs disciples les Ca- » tégories d'Aristote pour catéchis- » mes (*'). Les antinomiens allèrent « jusques à cet excès d'impiété, que » de porter plus de respect à ce sage » païen, qu'à la sagesse incréée (*^). » avait écrit du salut de ce philosophe: Je n'avais jamais si bien connu qu'en Quœstionem magislralem salis acutam cet endroit-ci, que cet agréable écriscripsisse, ostendentem per autoritates vain ne se donnait pas la peine de Scripturœ divinœ,quid)uxtasaniorem consulter les originaux. J'avoue que doctorum sentenliam probabilius dici Baronius, sous l'année que le père Kapossit de salvatione Aristotelis stagiri- pin cite, dit que les carpocratiens tœ (108). Vous trouverez dans un ou- vrage de Pietate Aristolelis erga Deum et hominem, que Fortunius Licetus dédia à Innocent X, et qui fut ap- prouvé par deux inquisiteurs géné- raux, plusieurs raisons par lesquelles il s'efforce de persuader qu'Aristote n'est point damné avaient des images, et entre autres celles de Jésus-Christ, (qu'ils disaient avoir été faite par Pilate, ) celle de Py- thagoras, celle de Platon, celle d'A- ristote, et qu'ils leur rendaient la vé- nération que les païens rendaient aux idoles; mais cela ne méritait pas d'ê- tre allégué, car, outre que Baronius (S) Il fut extrêmement honoré dans ne dit point que c'ait été la raison sa patrie. 2 Elle avait été ruinée par le roi Philippe 5 mais Alexandre la fit rebâtir à la prière d'Aristote. Les ha- bitans, pour reconnaître ce bienfait, consacrèrent un jour de fête à ce phi- losophe, et, lorsqu'il mourut à Chal- cis, dans l'île d'Eubœe, ils transpor- tèrent ses os chez eux; ils dressèrent un autel sur son monument; ils don- nèrent à ce lieu le nom d'Aristote, et y tinrent dans la suite leurs assem- blées (log). Mandeville, dans la fa- buleuse relation de ses voyages, dit que tout cela subsistait encore de son (106) Dans la remarque (H), citation ('35).
(•07) Gisb. Voelius, Disputât. Thtol., lum.
(108) Gisb. Voetii Dispnt. Tbeolog., tom. II, pag. 60a, ex Apprnd. II ad Trilhem. de Scrlp- lor. Eccles., edit. Colon, anni i54t>.
(log) Ammonius, l'n Vilâ Aristotelis.
TOME H.
pour quoi on condamna ces héréti- ques, il ne paraît pas qu'ils aient eu plus de zèle pour la doctrine d'Aris- tote que pour celle des autres philo- sophes dont ils vénéraient les images. Mon édition de Baronius (iia) ne con- tient pas un seul mot, sous l'année 208, de ce que le père Rapin raconte. Aussi n'est-il pas possible que des gens qui sont sortis des ariens soient chassés de la communion de l'Église au commencement du 111'^. siècle. C'est sous l'an 356 que Baronius a parlé (iio) Mandevil., Itinerar., cap. IT, apud Horniutn, Hist. Phil., lib. III, cap. XV^pag.
(m) Compar. de Platon et d'Aristote, p«^.
(*') Baronius, Ann. Eccles.,ad ann. lao. (*') Baronius, Ann. Eccles., ad ann. ao8. (•3) Euseb. Hist., cap. XXVII. (113) C'est celle d'Anvers, en i^Q",.
24 ARISTOTE.
d'Aèliiis: il rapporte un long passage leurs. ] Si tous ceux qui ont embrassé de Suidas, où l'on trouve, non pas la philosophie de M. Descartes avaient que cet hérétique donnait à ses sec- eu cette sage retenue (jui fait qu'on gories d'Aristote. C'est qu'il était fort faut taire (117), ils n'auraient pas versé dans les subtilités et dans les *-' ^~-' — •— *— '- ' -- disputes de la dialectique. C'est ainsi que présentement un scolastique es- pagnol qui entreprendrait d'expli- quer un point de foi, le bâtirait se- lon le plan de l'école. Pourrait- on dire qu'il substituerait les ouvrages d'Aristote à nos livres de religion? Citer Eusèbe au chap. 27 de son his- toire, est une manière de citer insou- tenable. Je ne pense pas que cet au- teur ait rien dit sur les antinomiens. (V) En quelques églises d'Allema- gne, on lisait la morale d'Aris- tote, au lieu de l'Éi'angile. ] Je m'en vais citer mon auteur: c'est M. Span- heim le père, dans la harangue sécu- laire qu'il prononça à Genève, l'an i635 (II 3). Quinet Philippus Me- lanchton, dit-il («i4)> *'^'" candidissi- mus, testatur diebus dominicis variis in locis pro thematibus dominicalibus, indè à Karoli M. œtate opéra P. Gua- renfridf seculo octavo in cathedras ec- clesiasticas introductis, JEthiva Aristo- telis publiée populo prœlecla, et a se tant fait crier contre la secte en gé- néral. La méthode des anciens maî- ti'es était fondée sur de bonnes rai- sons. Ils avaient des dogmes pour tout le monde, et des dogmes pour les disciples initiés aux mystères. Quoi qu'il en soit, l'application qu'on a voulu faire des principes de M. Des- cartes aux dogmes de la religion a fait un grand préjudice à sa secte, et en arrête les progrès. C'est un cas presque inévitable. Les anciens pères se plaigni- rent extrêmement de la secte d'Aris- tote (118), et c'est une plainte pres- que générale, que la philosophie fait tort à la théologie j mais d'un autre côté il est certain que la théologie nuit à la philosophie. Ce sont deux facultés qui ne s'accorderaient guère sur le règlement des limites, si la voie de l'autorité, loujoursdans les intérêts de la première, n'y donnait bon ordre. (Y) Les premiers réformateurs ont beaucoup crié contre le péripatélisme. ] Voici encore un passage du père Kapin ( 1 19). « Rien ne fit plus d'honneur à Tubingœ in agro wirtenburgico audi- ■» la doctrine de ce grand homme (120) ta *. Si on me demande un autre té- moin, et qu'on veuille se contenter de Magirus, je le produirai. Tubingœ qiiondam monachus, dit-il (• i5), pro concione Aristotelis librum lithicorum ejrplicauit; ita t->ufgd dicebat: Quem- admodùm Johannes Baptista Christi prœcursor fuit in theologicalibus, if à Aristoteles fuit prœcursor Christi in physicalibus (i 16).
(X) // n'est pas étonnant que le pé- ripatctisme trouve tant de protec- (11 3) Elle a pour lilre, Geneva restituta.
* Leclerc, cîanssa Lettre critique, dit que pro- bablement, d'un fait singulier dont Mélauchtlion pouvait avoir été témoin, quel(]u'un aura lait une coutume. Joly, après avoir copié Leclerc, san.s rien dire, suivant son usage, ajoute du moins dans ses Additions ^ un passage de J. Hermann de Elswicti, auteur d'un traité intitulé, De va- rid /ériUolelis in scholis prole.<lanUum fortund Schedinsnia, 1720, in-8°., qui appuie la COD- jecture de Leclerc.
(ii5j Magirus, m Eponymologio critico, pag.
(iiC) // cile Greg. Micliacl, in Not. ad Jac. Gafl'arrlli Curiositat. iiuudiUs, pag. log.
» dans le siècle passé, que les invectives w atroces de Luther, de Mélanchthon, » de Bncer, de Calvin, de Postel, de » Paul Sarpi (121), et de tous ceux » qui écrivirent alors contre l'église » romaine; car ils ne se plaignent >> tous d'Aristote que parce que Ta so- •» lidité de sa méthode donne un grand )» avantage aux catholiques pour dé- » couvrir les ruses et les artifices des » faux raisonnemens dont se sert l'hé- » résie pour déguiser le mensonge et )) détruire la vérité. » Dans un autre ouvrage, cet auteur ne parle pas si en l'air ni avec si peu de preuves. « Saint (117) Finiia poleslas (îenique cuique Qudnam sil ralione alijue allé terminus hœrens.
Lucretius, lib. I, vs. 77.
(118) Voyez dans Dt. de Launoi, de Varia Aristotelis (ortunâ, cap. I, une longue liste de leurs passages.
(120) Il parle d'Aristote.
(i2i) Comment peut-on dire qu'il ail écrit cgnlre l'e'tflise romaine dans le XVI". siècle?
ARISTOTE. 3^1 Thomas, dit-il (122), s'est servi de » mais d'Aristote qu'avec toute l'ai- la méthode d'Aristote avec tant de » ereur et toute l'amertume de stvlc succès pour expliquer la doctrine de l'église romaine, que Bucer, un des plus grands ennemis qu'ait eus notre religion, avait coutume de dire: Qu'on supprime les ouvrages de saint Thomas, et je détruirai l'é- glise romaine {*'). Ce fut cette mé- thode, prise d'Aristote, qui rendit la doctrine de notre religion si re- doutable à tous les novateurs des derniers siècles, que, ne pouvant y résister, ils entreprirent de la dé- crier, en déclamant contre les sco» lastiques, et principalement contre Aristote, duquel ils avaient aupara- vant emprunté la méthode, qui s'est établie dans l'école depuis saint Thomas. Les anabaptistes commen- cèrent les premiers à rendre l'usage universel de la philosophie suspect à ceux de leur secte, dans tout le septentrion où ils eurent de l'auto- rité; et ils se servirent des paroles de saint Paul aux Colossiens, pour l'interdire dans leurs écoles {*'). Luther se déclara avec tant de cha- leur contre la philosophie d'Aristote, qu'il avança dans des thèses soute- nues à Heidelberg l'année i5i8, qu'on ne pouvait raisonner selon les principes de ce païen, sans aban- donner les maximes de la sagesse de Jésus-Christ (*'); et il ne laisse passer aucune occasion dans ses ou- vrages de s'emporter contre ce phi- losophe: en quoi il a été suivi de Zuingle, de Pierre Martyr, de Zanchius, de Mélanchthon ( 1 23), et de tous ceux qui ont combattu la doctrine de l'église romaine. Ce qui a fait dire à Melchior Cano, évêque des Canaries, le plus disert de tous les scolastiques, que les luthériens avaient un grand mépris pour la philosophie qui s'enseignait alors en l'école ('''*). Calvin ne parle ja- (122) Réflexions sur la Philos., pag. 45o. (*■) Toile Thoinam, et Ecclesiam romanam subverlam. Bact-r. Le père K.ipin eiil bien fait de citer le lii're et tapage de Bucer.
(*') Ex Nicolao Blesdikio, in Historiâ Davidis Georgii; ex Hornii Hist. Pbilosopliicâ.
(*^) Qui in Arislolele vuh philosophari, prius oportel in Christo slullijicari.
(123) Nous ferons voir en son lieu que Me'lan- chthon e'iail fauteur d'' Aristote.
(*4) jyullo apud liitJiprnros pldlosophiam esse in pretio. Loc. Tlieol., Ub. IX, cap. III.
greur et toute l'amertume de style » que lui inspirait son génie naturel- » lementchagrin et médisant. Etcefut » ainsi qu'en usèrent tous ceux qui « écrivirent dans les derniers siècles )) contre l'église romaine. » (Z) Le genre de mort le plus ho- norable pour Aristote serait de dire que le chagrin de n'ai'oir pu décnui^rir la cause dajlax et reflux de L' Euripe lui causa la maladie dont il mourut.'^ Ce genre de mort serait une preuve de l'ardeur immense avec laquelle Aris- tote aurait fouillé dans les secrets de la nature. 11 marquerait une extrême sensibilité pour la gloire d'avoir ap- pris au genre humain les mystères les plus cachés. Ne serait-ce pas mourir au lit d'honneur? ne serait-ce pas s'être appliqué à sa charge, avec la ferme résolution de venir à bout de sou entreprise, ou de mourir à la peine? Je trouve que ceux qui ont dit que le génie d'Aristote n'avait point d'autres bornes que celles de la nature, ou qu'il avait" été admis à la plus in- time conîidence et au secrétariat de la nature (124), ne devraient point ad- mettre d'autre tradition, touchant sa mort, que celle dont je parle ici. Un confident qui se voit disgracié, et qui éprouve sur ses vieux jours qu'on lui fait mystère d'une chose, ne doit point survivre à cette chute. Sérieusement parlant, je ne pense pas qu'Aristote ait été assez mal habile homme pour mourir d'un tel chagrin. Quelle appa- rence qu'un homme aussi ai'isé que lui eût pu se résoudre a s'abandonner au chagrin et au désespoir de ne pou- i'oir comprendre le flux et le reflux, Zut qui sentait son esprit borné sur tant d'autres choses, qu'il ignorait sans en aroir d'inquiétude (laS)?
Au reste, on attribue souvent à Justin Martyr et à Grégoire do Na- zianze ce qu'ils n'ont point dit tou- chant la mort d'Aristote; ils n'ont point dit qu'il se précipita dans l'Eu- ripe. Justin dit seulement que la honte de n'avoir pu découvrir la cause du (124) 'Aoiç-oTêXH? T»ç ^ùa-iaiç yiia,jUfML~ teÙç >iv. Tov Ka.Ka.fji.ay à.'TroCf'tXui^ ê'C vot/v. /fristotcles fuit nalurœ scriba, calanium iin- burns mente. Suidas, frayez ci'dessus la reinar- ,jue (II), à la Jln.
(12S! Rapia, Comp. de Plalon et d'.iriilote, pag. 3io.
ARISTOTE.
phénomène qu'on y voyait le fit mou- rir de chagrin. OwcTs tmv toD Eî/pVou ^is-iv TOt/ ÔVTOÇ £V y.ctXKiS't yvcùvctt S'u- ï>iâ«/ç,<rià 7roxx«v iS^o^ixv KO.) aitXÛwi Ât/7r«9«îç /^êTsç-H Toù /Si'oy (136). Ciint neque Euripi Chalcidici naturam cog- noscere posset, undè propter ingens probrum et pudorem in mœrorem con- jectus, morte imitant commutai'it. Saint Grégoire de Nazianze, à proprement parler, n'en dit pas autant: il se con- tente de ne point contredire Julien, qui avait allégué Aristote comme un exemple d'une si grande passion pour l'étude, qu'elle lui avait donné la mort. "H Kxi thv 'Cl/nripou (^iKof^â.Biiitv Tiôv^Kita-i (127). Laudas insuper in Honiero discendi amorem circa Arca- dicam qucestionern, et in Aristotele philosophiam et diutinam moram ad reciprocos Euripi cestus, quitus uter- que occubuit. Ceci est fort remar- quable, et je ne sais si quelqu'un s'en est encore aperçu. Plusieurs personnes, n'ayant pas pour les pères de l'église tout le respect qu'il faudrait, se plai tage, lorsqu'il parle de l'Euripe en celte manière: 'ETn-ixiç to oVov vuX^*>- f/.ipo\i f/.iTO.Qa.KXit 0 TTtpt Et/Cotav EùpiTrùç K.a.To.'kiiTcn tÔv jéi'ov. H epV.es inlra dieni naturalem reciproco œstu agitatus Eu- boïcus Euripus, circa quemdicunt Aris ■ toteleni occupatum interiisse. Voyez un long passage de M. le Fèvre, où, après avoir donné un coup de dent en pas- sant aux prédicateurs, il impute à Jus- tin Martyr, et encore plus à Grégoire de Nazianze, ce qu'ils n'ont point dit. J^idelicet in Grœcid, quemudmodiim hodièquejît, oralores sacri, si tamen tanlo nomine illa pulpitoruni crepita- cula, et plebeculœ cymbala, coho- nestari oporteat, vulgb diclitabant Aristolelem, ciim illius septenœ in dies singulos reciprocationis causam non potuisset cognoscere, ibi tum mi- selluni sese in Euripum dédisse prœci- pitem, et in maximam malani crucem apiisse. Justinus cognomento Martyr, el Gregorius IVazianzenus, qui prirni, qut inter primos, hanc J'abulam olim, in scripla sua retulerunt, id uel studio philosophiœ chrislianœ {^ita enim isli Grœculi ckristianisTHum i^ocare soient ) sent à les taxer d'une aveugle crédu- fecêre; dum fidelicet insanienlem t'clité: ils les accusent nommément d'avoir diffamé Aristote au sujet de l'Euripe; mais il y a quelque appa- rence que Julien l'apostat avouait le fait dont Justin Martyr a parlé; car il paraît, par la réponse de saint Gré- goire de Nazianze, que cet empereur avait joint Homère avec Aristote pour produire deux exemples d'une avidité de savoir qui avait causé la mort. Or, selon la tradition qui concerne Ho- mère, il mourut de déplaisir de n'avoir pas pu entendre la réponse que lui firent certains pêcheurs. On peut donc croire que Julien avait adopté une tradition semblable touchant Aristote et l'Euripe. Je conviens néanmoins qu'il se pourrait faire qu'il n'eût voulu dire, sinon qu' Aristote observa avec tant d'assiduité les mouvemens de l'Euripe, et médita si profondément sur ce sujet, que celte forte applica- tion de corps el d'esj)rit ruina sa santé, et lui attira la maladie qui le fit mourir. Je croirais cela plutôt que toute autre chose. 11 ne semble pas qu'Eustathius en veuille dire davan- (ia6) Justini Coliorl. ad Crjecos, pag. 34- (137J Gre£f. Naiiauien., Oiai. III,pug. 79.
terum Grœcorum sapientiam, obscu- randam et premendam existimdrunt; vel fortassè etiam (quidni eniin ueris locus sit?), priscœ historiée ignora- tione. JVam ex Eumolpi, ApoUodnri, Fauorinique scriptis, quœ illd etiam tempestate superfuisse scimus, facile didicisse boni uiri poterant, rem longé se seciis habuisse, quam prodi- derunt (ia8).
Le Gy raidi avait déjà imputé la même chose à ces pères, et avait conclu de tous ces faits une réflexion pieuse. Il dit, 1". Que Justin Martyr assure qu'Aristole mourut pour n'a- voir pu découvrir la cause du flux et du reflux de l'Euripe \ 1°. que Pro- cope, au IV*^. livre de son histoire, l'a dit aussi; 3°. que Grégoire de Na- zianze, ayant observé qu'il en prit très-mal à Homère de n'avoir pu ré- soudre une quc'slion, méprise tout aussitôt la philosophie d' Aristote à l'égard des variétés de l'Euripe, qui le firent mourir; 4° que le commenta- teur grec de ce père rapporte que ce philosophe se précipita dans ce bras (128) Tanaq. Fabri F.pistslar. part. I, pag.
ARISTOTE. ARIUS. 373 de mer, en disant: Que l'Euripe me (B) On trouve plus de trente Aris' tienne, puisque je n'ai pu le tenir: totes. ] Voyez les Dissertations de 'EviiSii ' Apiç-oTÎKxç oùx îiKi Tov Etipi-TTov, Jonsius de Historiâ Peripaleticd vous EupiTTo; îx.^'Tai TOV 'Apiç-oTêXMv. Poslquam y trouverez vingt et un Aristotes dans Arisloleles non prehendit jEuripum, la première. L auteur croyait alors 5°. qu'il faut recueillir de là que la fortune a été contraire aux inapies, non-seulement dans la vraie religion, mais aussi dans la fausse.
(129) Lilius Gregor. GyralJus, DIalogismo XXX, pag, 912, tout. II, Oper. edU. ann.
ARISTOTE, architecte célè- bre dans le XV'. siècle, était de Boulogne, et delà famille des Albert (a). Une des plus remar- quables choses qu'on conte de lui est qu'il savait transporter d'un lieu en un autre une tour de pierre toute entière (A). Jean Basilide, grand-duc de Moscovie, le fit venir auprès de lui, et se servit de son industrie pour la construction de plusieurs églises (b). Il y a des noms difficiles à porter: celui d'Aristote est de ce nombre: cependant on trou- ve plus de trente Aristotes (B).
(a) Leaiid. Albertus, in Descripl. Italix, {b) yoyez la Relation de Moscovie f/'Her- cule Zaai dans /e Journal de Leipsic de 1691, {h.) Il savait.., transporter une tour de pierre toute entière. ] Jonsius cite deux témoins, Beroalde et Matthieu Palmerius (i). Le premier s'exprime ainsi: Non diii est quod Arisloteles civis nosler mechanicus longe omnium prœstantissimus turrim ex sede sud n'avoir rien laissé à dire (4); mais il éprouva que la science croît avec l'Age. 11 eut onze nouveaux Aristotes à produire quand il publia son Traité de Scriptoribus Historiée Philosophice. Il eut aussi quelque chose à ajouter à ce qu'il avait dit de quelques-uns des vingt et un. Ce qui a été rapporté dans la remarque précédente est une de ces additions.
(4) Voyet le XII'. chapitre du Traité de Jonsius, de Historiâ Peripatetic.
ARIUS, chef et fondateur de I'Ariamsme, secte qui niait la di- vinité éternelle et la consub- stantialité du verbe, vivait dans le IV«. siècle. Il était né dans la Libye, proche de l'Egypte. Eu- sèbe, évêque de Nicomédie, fort aimé de Constantia, sœur de l'empereur Constantin, et fem- me de Licinius, contribua ex- trêmement à la propagation de cette hérésie (a). C'était un esprit adroit, un véritable évéque de cour, l'homme du monde en un mot le plus capable de faire faire fortune à un nouveau dogme. Il prit Arius sous sa protection, et l'insinua dans les bonnes grâces de Constantia; car on s'imagine toujours que si les femmes ne se mêlent des intérêts d'une secte, les progrès n'en sauraient ntnvit, mntnmque arle mechanicd in être considérables. Le parti d'A- aliumhaud longe dissitumlocumtrans- rius se fortifiait à vue d'œil. Il porlavit. JVon est mendacio locus, citni adhtic supersint qui uidêre ( 2 ). Et voici les paroles de Palmerius: Arisloteles Bononiensis architecturd insignis habetur, qui lapideas turres intégras illœsas subjectis fundamenlo lapidibus ad alium traduxit locum (3).
(i) Jonsius, de Scriptor. Hist. Philos., pag.
(2) Beroald. in Suelon. Vespas., cap. XVIII. (H) IMallh. P.-.lmer. Chron., ad ann. i455.
y eut des évêques qui l'embras- sèrent hautement. Ce ne furent plus que disputes dans les villes: on passait quelquefois des paro- les aux effets; il fut absoliunent nécessaire que l'empereur remé- diât à ces désordres. C'est ce qu'il (a) Hieron. ad Ctesipliont.
lit en convoquant le concile de ]Nicée, qui condamna la doctrine d'Arius, l'an 325. Cet hérésiar- que fut exilé par l'empereur, qui voulut de plus que tous ses livres fussent briilés, et que qui- conqvie aurait la hardiesse de les garder fût puni du dernier sup- plice (A). Quelques-uns préten- dent qu'Arius, ayant abjuré son hérésie en présence du concile, évita la peine du bannisseineut (B); mais d'autres soutiennent qu'il fut exilé (C), et que l'em- pereur ne le rappella qu'au bout de dix ans {b) (D). Ils content que l'on fit accroire à ce prince, qu'Arius était au fond ortho- doxe: ils ajoutent que Constan- tin s'étant confirmé dans cette pensée, par la profession de foi que cet homme lui présenta, écrivit en sa faveur aux évêques qui étaient assemblés à Jérusa- lem pour la dédicace du temple; que les évêques qui se trouvèrent encore dans cette ville lors- qu'Arius y arriva avec la lettre de Constantin, étaient pour la plupart ariens cachés; qu'ils ne manquèrent donc pas de pronon- cer que sa doctrine était ortho- doxe, et de le recevoir à la com- munion de l'église; que, pour remporter un plein triomphe, ils s'imaginèrent qu'il fallait qu'Arius fût réhabilité dans Alexandrie, oti il avait reçu les premiers coups de l'anathème; et que comme saint Athanase, qui en était patriarche, et qui était le grand adversaire d'A- rius, avait été relégué, ils cru- rent qu'en son absence il serait facile de rétablir Arius dans la (i) ^^oyei/'Arianismcdu père Maimboui", US.
communion de l'église d'Alexan- drie, mais qu'ils se trompèrent; que le peuple ne l'y voulut ja- mais admettre; qvie Constantin, averti de la continuation des troubles, fit venir Arius à Con- stantinople, et obtint de lui, sans aucune difficulté, la signa- ture du concile de INicée; qu'en- suite il le renvoya aux évêques, qui étaient alors asseinblés à Constantinople; qu'il le leur renvoya, dis-je, afin qu'ils le reçussent à la communion dans cette ville impériale; que celui qui en était évêque ne voulut jamais y consentir, quoiqu'on lui î-eprésentât qu'Arius avait signé tout ce qu'on avait voulu; qu'Eusèbe n'eût pas laissé non- obstant cela de faire rendre la communion ecclésiastique à son ami dans la grande église de Constantinople; qu'il l'y menait comme en triomphe, accompa- gné d'une grande troupe de ses partisans, mais que, comme on approchait de la grande place, Arius, pressé d'une nécessité na- turelle, se retira à la hâte dans un lieu public, et y mourut sur- le-champ, tous ses intestins s'é- tant écoulés avec son foie et avec sa rate, l'an 336 (c). De fort savans hommes rejètent cette chronologie (E). La secte d'Arius ne mourut pas avec lui, elle a subsisté assez long-temps, et avec éclat, en divers pays du monde. On ne saurait assez admirer qu'un ministre, qui passe pour fort habile, ait igno- ré un fait si notoire (F). Il en a ignoré un autre qui n'est pas moins évident; car il a débité