(3i) Mariana, Hist. Hispan., lih. V, cap. XI V. Consultez le Supplément du Comment. Philoâopliicjup, f/ag. 373.
(Sa) Supplément du Comment. Philosophiij., ARIUS.
(L) On condamne et la matière et la forme du poërne, qu Arlus avait intitule Tbalie] On a une très-gran- de raison de condamner les hérésies et de plaindre ceux qui les profes- sent de bonne toi, et d'avoir en abo- mination ceux qui les enseignent sans les croire; car de tels docteurs sont des monstres d'ambition et de ma- lice; mais je ne saurais comprendre qu'il faille faire des crimes parti- culiers à des docteurs hérétiques de ce qu'ils se servent d'une méthode proportionnée à l'esprit des simples, fiour les instruire selon les fausses umières de leur conscience. Depuis çu'Arius était sorti Je L' Eglise, il s'était avisé de faire diverses chan- sons pour des matelots, pour des ifoyageurs, pour ceux qui travaillent au moulin, et il en avait aussi mis en air quelques autres, qu'il croyait capables de toucher ses sectateurs, selon leurs différentes dispositions; tâchant d'inspirer son impiété par la douceur de ses chants, aux person- nes les plus simples et les plus gros- sières Mais sa Thalie était beau- coup plus célèbre que tous ses autres ouvrages. Il en avait emprunté le nom et le modèle d'un ancien poète nom- vie Sotade...Ce poète burlesque avait affecté un style si mou dans cette chanson, et la cadence en était si efféminée, que les païens mêmes le traitaient avec le dernier mépris, comme un homme ridicule: et il n'y a en cela nulle exagération dans les paroles de saint Alhanase, puisque les poètes les moins chastes, et qui écrivent avec plus de licence, rou- gissent de l'impureté des chansons de cet infâme poêle de l'antiquité. C'é- tait à l'imitation de cet auteur, quy4- rius avait donné à son ouvrage le nom de Thalie, qui signifie propre- ment un festin et une assemblée de jeune i gens, ou une chanson faite pour être chantée dans ces sortes de festins ( 35 ). M. Hermant rapporte ensuite un fort long passage de saint Atlianase (36), où Arius est appelé lin je ne sais quel Sotade, qui est ridicule aux païens mêmes...et un hérétique qui n'a eu de l'émulation que pour les discours ridicules de So- (35) Hermant, Vie Je saint Athanase tiy. I, cliap. XIII, pa^. 6i.
{'iH) Ex Or»t. Il contra Arianos.
tade seul. On voit dans le même pas- sage le commencement de la Thalie, et un autre morceau qui contient l'iié- résie d'Arius touchant Jésus-Christ. On ne saurait ne pas condamner l'or- gueil ridicule et insupportable qui pa- raît dans cet exorde de la Tlialie; mais, encore un coup, bUlmons Arius de ce qu'il a été hérétique, et non pas, cela supposé, de ce qu'il a mis en vers un formulaire de sa créan- ce, car autrement nous donnerions lieu aux hérétiques et aux infidèles de condamner les véritables chré- tiens, non-seulement de ce qu'ils pro- fessent le véritable Evangile, mais aussi de ce qu'ils chantent, outre les psaumes de David, plusieurs hym- nes et plusieurs cantiques dont les vers et les airs peuvent être très-sem- blables aux chansons les plus profa- nes et les plus coquettes de l'Opéra. Généralement parlant, il vaut mieux que chacun, dans sa religion, chante des vers de piété, que kes vers las- cifs et satiriques: le matelot et le meunier ariens, dans le malheur d'ê- tre ariens, faisaient mieux de chan- ter leur catéchisme, que de chanter leurs amours. Ce serait alléguer une mauvaise raison, que de dire que les païens mêmes se moquaient des chan- sons des ariens ^ car je ne crois pas que les gentils missent une grande diflerence entre les ariens et les orthodoxes: ils les haïssaient également^ les ariens n'étaient pas plus favora- bles que les orthodoxes au culte des idoles païVnnes. Mais je ne sais si M. Hermant a raison de dire que les païens mêmes traitaient Arius avec le dernier mépris, comme un homme ri- dicule; car les ]>aroles qu'il rappor- te peu après montrent manifestement que c'est de Sotade, et non point d'A- rius, que saint Athauase a dit qu'il était ridicule aux païens mêmes. Je le dis, et je le répète, on peut faire des vers pieux sur les mêmes rimes et de la même mesure que les chansons de l'Opéra; on en pouvait faire par consé({ucnt sur la mesure des vers so- tadiques.Ce n'est point danscette con- formité qu'est le mal j il est plutôt dans le prétexte que l'on fournit aux railleurs de mépriser le cantique. Je mets ici à part la matière du poémej et pour faire voir aux protestans en particulier le jugement qu'ils doivent 382 ARMI faire des invectives contre la Thalie d'Arius, il faut les avertir de ce que le père Maimbourg publia contre les psaumes que Clément Marot a tia- duits. Il n'en dit guère moins de mal que de la Thalie d'Arius. Ce qu'il dit de la Thalie se trouve dans son Aria- nisme(37),et voici ce qu'il dit des psaumes, dans son Histoire du Cal- vinisme (38): Ce sont la les psaumes qu'on chantait alors, auxquels Bèze ajouta depuis le reste du psautier, et qui furent mis en musique, en un certain air de chanson mou et effémi- né, qui n'a rien du tout de deuot et de majestueux comme le chant de l'E- glise catholique. On ne peut tout-à-fait nier ce que raconte Varillas, Que les airs furent choisis parmi les plus belles chansons du temps (Bg). Voyez la divine mélodie de Jéièmie de Pours ( 4o ). Ce n'est pas sans raison que j'ai allégué en exemple les chan- sons de l'Opéra: j'ai voulu faire con- naître qu'il faut éviter plus soigneu- sement l'imitation des airs du Pont- Neuf dans les cantiques spirituels j au- trement on expose trop la religion au mépris et à la risée, comme il paraît par le livre dont l'auteur de l'Evê- que de Cour s'est tant moqué (4i)- C'est un recueil de chansons spirituel- les, composées par un jésuite et par le père Martial de Brive, capucin, sur les airs les plus burlesques qui eussent été chantés dans les rues, sur l'air de Daye d'en Daye, sur celui de f^ous y perdez uos pas, ISicolas, etc. Je doute que la Thalie d'Arius ap- prochât de l'impertinence de ce re- cueil, imprimé avec l'approbation de deux docteurs en théologie.
(M) Un auteur moderne...a écrit quelques ouvrages pour montrer que les pères des trois premiers siècles étaient de l'opinion d^Arius.^ 11 s'ap- pelait Sandius. Ce qu'il a écrit sur cette matière est JVucleus historiée Ecclcsiasticœ, en i668, in-8°.:, le même livre fort augmenté en 1676, in-/^°.; Appendix addendorum, con- firmandorum, et emendandorum ad (37) 2'om. /, pag. 81, édition de Hollande.
(3ç)) "Varillas, Tlist. de l'Hérésie, lif- XXI, (40 Voyez son III'. F.nlreùen, pag. S6 et suiv. Mtion de Hollande, en 1674, in-12.
NIUS.
JVucleum Historiœ Ecclesiasticœ, cum Re!> ponsionibus ad Gardinerum, en ARMINIUS * (Jacques ), pro- fesseur en théologie à Leyde, naquit à Oude-water (a), en Hollande l'an 1 56o (A). Il était encore enfant lorsque son père mourut, et il fut redevable de sa première instruction à un bon prêtre, qui avait goûté les sen- timens des réformés, et qui, pour n'être pas obligé à dire la messe, changeait souvent de de- meure. Il étudiait à Utrecht lors- que la mort lui enleva ce patron. Cette perte l'aurait fort embar- rassé, s'il n'avait eu le bonheur d'être secouru par Rodolphe Snel- lius son compatriote, qui le me- na avec lui à Marbourg, l'an 1575. Il y fut à peine arrivé, qu'il apprit que sa patrie avait été saccagée par les Espagnols. Cette nouvelle le plongea dans une affliction affreuse, et il ne put s'empêcher de retourner en Hol- lande, pour voir lui-même l'état oii les choses étaient réduites; mais ayant trouvé que sa inère, sa sœur, ses frères, sa parenté, et presque tous les habitans d'Oude-water avaient été égor- gés, il retourna à Marbourg, et fit à pied tout ce voyage. Il ne tarda guère à revenir en Hol- lande, ayant su la fondation de l'académie de Leyde, et il étu- dia dans cette nouvelle acadé- mie avec tant d'application et tant de succès, qu'il s'acquit une estime toute particulière. Il fut * M. Slapfer, dans la Biographie univer- selle, dit que son nom est Harmensen.
(a) Ce mot en Flamand t'eut dire vieille eau, et de là i'ient que le nom de pairie que l'on donne à Arininius, dans le litre de ses lii'res, est Vcléra(ju»nas.
ARMINIUS. 383 envoyé à Genève l'an iSSa, aux jusqu'à ce qu'il eût fait entendre dépens des magistrats d'Am- à toute l'église les beaux talens sterdam, afin d'y perfectionner qu'il avait pour la prédication, ses études, et il s'attacha prin- 11 gagna par ce moyen l'amour cipalement aux leçons de Théo- et l'estime de tout le monde. Se» dore de Bèze, qui expliquait en propres collègues rendirent hom- ce temps-là l'Épître aux Romains, mage à son savoir, et avouè- II eut le malheur de déplaire à rentque ses sermons leur étaient quelques suppôts de l'académie, utiles. Martin Lydius, professeur parce qu'il soutenait en public en théologie à Franeker, le ju- avec beaucoup de chaleur la phi- gea extrêmement propre à réfu- losophie de Ramus, et qu'il l'en- ter un écrit oii la doctrine de seignait en particulier: il fallut Théodore de Bèze sur la prédes- donc qu'il se retirât, et il s'en tination avait été combattue par alla à Bâle, oii il fut reçu avec quelques ministres de Deift. Ar- applaudissement. Il y fit des le- minius, déférant à ses prières, çons publiques (B), et il y par- entreprit de réfuter cet ouvrage; vint à une telle considération, mais à force de l'examiner, et de que la faculté de théologie vou- balancer les raisons de part et lut lui donner le doctorat sans d'autre, il passa dans le senti- exiger de lui aucune dépense, ment qu'il voulait détruire, et II s'excusa modestement de rece- puis il alla encore plus loin que voir cet honneur, et s'en retour- ces ministres de Delft. Il com- na à Genève, oii, ayant trouvé damna avec eux le supralapsaire moins échauffés les adversaires du Bèze, et ensuite il ne reconnut ramisme, il modéra aussi sa d'autre élection que celle qui ferveur. Il souhaita de voir l'I— avait pour fondement l'obéissan- talie, et surtout afin d'entendre ce des pécheurs à la vocation de à Padoue les leçons philosophi- Dieu par Jésus-Christ. On Ivii en ques du fameux Jacques Zaba- fit des affaires à Amsterdam: on relia. Il satisfit cette curiosité, l'accusa de s'écarter de la doc— et employa six ou sept mois à ce trine commune; mais l'autorité voyage, après quoi il revint à des magistrats réprima cette dis- Genève, et ensuite à Amster- sension. Il fut appelé à la pro- dam, oii il trouva qu'on l'avait fession de théologie à Leyde, bien calomnié au sujet de son l'an i6o3, et il fallut remuer voyage en Italie (C), ce qui avait toutes sortes de machines, pour refroidi un peu l'affection des obtenir que ceux d'Amsterdam magistrats, ses patrons et ses lui donnassent son congé. On en Mécènes. Il se justifia facilement vint à bout enfin; et après qu'il auprès des personnes sages; eut dissipé les mauvaises impres- mais il y eut des esprits faibles sions qui avaient été données de et ombrageux qui s'arrêtèrent à sa doctrine, il fut créé docteur cette pierre d'achoppement (b), en théologie à Leyde (c), et in- (6) Infirini quidam fratres factuni illud (c) Il fut le premier à qui cq lilrc fut con- pirpctuo insectari, et in lirailis suggillare. féré solennellement dans l'académie de liertius, in Oratione fuueliri J. Aiminii. Lej'de Ce fut François Gomarus, qui le lui 3IH ARMINIUS.
stalle en la place du professeur réri d'Amsterdam indique quel- François Junius. Il avait exercé son ministère dans l'église d'Am- sterdam pendant quinze années. Les disputes sur la grâce s'é- chauffèrent bientôt après dans l'académie, et il fallut que les ques auteurs qui peuvent in- struire de ce fameux démêlé. J'y ajoute les histoires de Triglan- dius et de Boxhornius, et un ou- vrage assez nouveau d'un profes- seur de Tubinge {/). Cette états de la province ordonnassent grande dispute fut très-féconde des conférences entre lui et ses adversaires. Il fut mandé à la Haye diverses fois, et il y alla rendre compte de sa doctrine. Ce contraste, son assiduité au travail, et le chagrin de voir sa réputation flétrie par une infini- té de médisances {d), affaibli- rent de telle sorte sa santé, qu'il tomba dans une maladie dont il en écrits de part et d'autre. Un professeur en théologie à Colo- gne, déguisé sous un faux nom {g), en donna la liste, selon l'or- dre des années, dans un ouvrage qu'il intitula Pacijicatorium dis- secti Belgii. Je doute que son catalogue soit bima complet. Il est difficile de n'oublier pas quelque chose dans une telle mourut le 19 d'octobre i6o9(D), multitude de pièces. Quant aux avec de grands sentimens de pié- écrits d'Arminius (F), voyez no té et de patience (e). Il eût été à souhaiter qu'il eût fait un meilleur usage de ses lumières (E), car encore qu'il soit vrai- semblable que ses intentions tre dernière remarque *.
if) Joli. Wolfgangus Jager. Son ouvrage estintUiilé)\istOTiA ecclesiastica Sieculi XVII. La l'-'". Décade fut imprimée Van 1692.
(g) JEgidius Afliackerius. // prit le faux ,., - j- 5-| nom de Salonion TUeodotiis. Voyez Val.
étaient bonnes, on peut dire qu il Andreœ bibiiot. Belg., pag. 22.
innova sans aucune nécessité, et * Gaspajd Brandt adonné, depuis la mort in-o". (réimprime en 172D, avec des notes et une préface de Moslieiini, d'où est extrait ce qui compose l'article ArminiUS, dans le Dictionnaire de Cliaufepié. Joly ignorait en 17^8, que l'ouvrage de Brandt fût paru. Il n'en parle que comme d'un ouvrage annoncé en 1716. Joly renvoie aussi au Sorberiana.
vation fut une source de désor- dres, qui aboutirent à un schisme. Il laissa sept fils et quelques filles, et un grand nombre de disciples qui continuèrent si ar- demment la dispute, qu'il fallut avoir recours à l'autorité d'un synode national. Ils y furent condamnés, et ne se soumirent point, et ils formèrent une secte à part, qui subsiste encore, et qui s'est chargée peu à peu de plusieurs autres erreurs beau- coup plus considérables. Le Moconféra. Bertius, in Oratione funebri J.Ar- miuii.
((/) Non pas à l'égard des mœurs, mais à l'égard des opinions.
(e) Tiré de son Oraisoa funèbre, pronon- cée par Vierre Betlius.
(A) Il naquit...l'an i56o.] Bertius s'amuse à donner à cette année natale d'Arminius deux caractères, sur les- quels il veut sans doute que l'on fasse des réflexions: il remarque, dis-je, que ce fut en cette année-là que Philippe Mélanchthon mourut, et que le col- loque de Poissy fut tenu, où les dépu- tés des protestans plaidèrent la cause de deux mille cent quatre-vingt-dix églises qui demandaient humblement au roi la liberté de conscience (i). Passons-lui ce calcul, qui n'est pas peut-être fort exact, mais disons-lui qu'il s'abuse quant à l'année: le col- Ci) Bertius, in Oratione funebii Jacobi Ar- mioii.
ARMINIUS.
loque dePoissy fut commence au mois de septembre 1 56 1. Commencez l'an- née, ou à Pâques, ou le i"'. de janvier, vous ne disculperez jamais Bertius.
(B) Il fit des leçons publiques a Bdle.'] Le professeur Jacques Gry- naeus y assista quelquefois, et lui tio tibi nia arriserunt, exculere, priusquam approbes; in omnibus deni- què iitis promplo et alacri ingénia tibi concesso modère ris. Ego quidem certè per Dei gratiam non prorsits hebes de hoc ipso à magno illo i>iro beatœ me- moriœ Johanne Calvino admonitus ita donna bien des louanges. Il ne faisait Jacere stalhn ab initia sludui, ciimad point difEcultë, en soutenant une sacra studia me toturii canueiterem thèse, de lui donner la commission de répondre aux argumens qui parais- saient forts: Que mon Hollandais ré- ponde pour moi, disait-il. Soient Basileœ feriis uindemialibus dactiores studiosi publiée interdiim in acadeniid exercilii gratid aliquid extra ordinem JVeque me hujus consilii unquam poe- nituit, nec, ut spero, pœnitebit (3). Philippe Pareils avait l'original de cette lettre de Théodore de Bèze, et il ajoute que Jacques Grynœus donna un semblable avis à Arminius. In quant sententiain clarissimum et sagadocere. Eumlabarem Arminius noster ciiij'mMm JacobumArminium, noui pelaliaud ini'itus suscepit, laudatus ob id ' ^..
h rcferendo l'iro D. Jacobo Qrynœo, qui etiam lectignes ipsius prœsentid sud aliquoties cohoneslai'it: idem quoque in disputationibus publiais, si quid grat^ius proponeretur, aut dignus cindice nodus occurreret, non est veritus, honoris caussd, Àrniinium nostrum medid in studiosorum turbd sedentem citare, et ( uf Gryncei candorem agnoscas ) dicere, « respon- » deal pro me Hollandus meus ("i).»
Notez qu'il lui connut un penchant à raffiner, et qu'il lui donna de bons avis là-dessus. Ce n'est point Bertius qui me l'apprend, c'est Philippe Pareus. Il rapporte que Théodore de Bèze avertit un de ses amis de refréner la subtilité de son génie, comme d'une chose dont Satan s'était servi gianismi instauiatorem in Belgio ciim jut^enis opérant darel S. Tlieo- logiœ in Academiâ Basiliensi, gra- viter quoque admonituni fuisse a i^ene- rando sene D. Jacobo Gryneo, cujus memoria sit in benedictione! Ipsemet mihi, quando ad pedes ejus in Rau- ricd disceulium synagogâ sederem, narrawit{^). Si quelqu'un m'accuse de ne rapporter ces deux passages tout du long, que comme des aides à faire un gros livre, il fera connaîtie sou peu de discernement; car ils sont très-propres à fournir des réflexions profitables à plusieurs personnes, et nécessaires à quelques lecteurs. Sou- venez-vous ici de la maxime de saint Paul, la science enjle (5); mais pre- nez garde qu'il y a un autre talent qui enfle encore davantage. Un homme en plusieurs rencontres pour tromper d'une mémoire et d'une lecture près et devient superbe; mais il s'applaudit et il s'enorgueillit encore plus, lors- qu'il croit avoir inventé une nouvelle méthode d'expliquer ou de traiter une matière. On ne se regarde pas aussi pleinement comme le père de la science que l'on a puisée dans les livres, que comme le père d'un éclair- cissement ou d'une doctrine dont on se croit l'inventeur. C'est pour ses in- ventions que l'on sent toute la force de l'amitié et de la tendresse; c'est là qu'on trouve les charmes les plus de grands personnages. « Ne vous en- .1) gagez point, continuait Bèze, dans )) de vaines subtilités:, et, s'il vous 3) vient certaines pensées nouvelles, j) ne les approuvez point, sans les » avoir approfondies, quelque plai- )) sir qu'elles vous fassent d'abord. )) Calvin me donna ce conseil: je l'ai 3) suivi, et m'en suis très-bien trou- » vé. i> Sicut magnoperè te hortor, ut Dei dona in te collata omni studio excolas; ità cum te dyX.^'^oia. non t^ul- gari donatum esse videam, quâ sœpè ad maximos decipiendos uiros non irrita conatu Satanas est abusas, uelini te diligenter cat^ere, ut nul lis inanibus argutiis le ipsum irretias: et quoties noi'a quœdant tibi in mentent ^'enieat, diligenler illa, quantum libet in ini- (a) Bertius, in Oratiooe fan«bri Jacobi Ar- ;/)inli.
TOME II.
(3) Beza, apud Pbilippum Pareom, in VilS Davidis Parei, pag. 5']. Voyet aussi une lettre du même Bèze, parmi celles des ÂrmiaieDs, (4) Plillippus Pareus, ibidem.
(5) I". Epître aux Corinthiens, chap. FlJtt, ys. i.
25 ARMINIUS.
enchantans; c'est ce qui éblouit, c'est ce qui fait perdre terre. C'est na ëcueil dont les jeunes gens, qui ont l'esprit fort subtil, ne peuvent être trop admonestés de se bien donner de garde.
(C) On l'aidait bien calomnié au sujet de son voyage d'Italie.'] Parmi tant de maladies populaires de l'esprit hu- main, je ne sais s'il y en a de plus blâmables et de plus fécondes en mauvais effets, que la coutume de lâcher la bride aux soupçons. C'est un (D) Le chagrin de foir sa réputa- tion jflétrie...affaiblit sa santé et le fit mourir en 1609.] Il y a beaucoup d'apparence que ce chagrin contribua plus qu'aucune autre chose à sa mort prématurée. Ce fut un mau- vais levain qui aigrit les humeurs peccantes, et qui compliqua sa mala- die en mille manières. Quiim indo- mita mali pertinacia ipsi quoque arti ( Medicinse ) faceret opprobrium: al- lias enim depxa quam ut euelli posset, noua in dies excitabat symptomata.
souvent gemir, et s écrier comme autrefois un prophète, malheur h moi! ma mère, pourquoi m'auez-uous m.is au monde! etc. Rapportons un long passage de Bertius. 0uid mirum chemin bien glissant; on y est bientôt fehres, tussim, hypochondriorum ex éloigné du point d'où l'on est parti, tensionem, expirandi difficultatem, On passe facilement d'un premier oppressionem a cibo, laboriosos som- soupcon à un second; on ne s'arrête nos, atrhopiam, arthriiidem, nullam- guère à la possibilité; on court vite que œgro pausam uel requiem cnnce- à la probabilité, à la grande vraisem- débat: accessére postea dolores in in- blance: et bientôt ce qui ne passait testinis, ilio, et colo, cum obstruc- que pour apparent est débité comme tione nerwi optici finistri et ejusdeni certain et incontestable, et l'on fait oculi obfuscatione (8). On l'entendit courir en peu de temps par toute une ville cette prétendue certitude. Les grandes cités sont plus sujettes à ce désordre que les autres. On débita dans Amsterdam qu'Arminius avait baisé les pieds du pape, qu'il avait eu sicommotus fuerit Jamœ suce, salutis s'était fait connaître à Bellarmin, qu'il avait abjuré la religion réformée. Tout cela était faux; et néanmoins on fit impression par ces mensonges sur l'esprit des magistrats qui entre- tenaient ce jeune homme. Laissons parler l'auteur de son oraison funèbre. Inter damna (itineris Italici ponebat ) qubd in ampUssimi senalûs Amster- damensis offensiunculainob idfactum tune temporis incurrisset, suffundenti- bus frigidam quibusdam, quos om- nino prœstitisset judicia in ipsius re- ditum suspendere. Hinc ergo sumptd Qccasione, spargebatur in uulgus illum pontificis solearn deosculatum, quem nonnisi in confertd turbd, ut reliqui spectatores, i'idisset; nec so- teat bellua honorem istum nisi regibus ac principibus déferre (6): jesuitis adsuewisse, quos nunquam audiuisset: Bellarmino innotuisse, quem. nunquam conspexisset: Religionem orthodoxam abjurasse, pro qud paratus esset ad sanguinis usque proj'usionem decerta- (6) Bertius se trompe ici; il y a desimpies particuliers qui sorti admis à cet honneur.
(7) Bertius, in Orationc funebri Jacobi Ar- miuii.
et laborum dispendio; quiim ne firo bono quicquamfamâ sudsit antiquius, neque Christiano salute,nequeS. Théo- logies doctori petitis ex scripturd de- monstrationibus? Oppressio, inquit Siracides, insanire facit sapientem. Eadem huic dolorem, ex dolore niorbum conciliawit, ex morbo mor- tem. O tetruni, et t^iperinum, exque imo tartaro excitatum malum! Quo- ties illum ex prophetâ prifatïm etiam cum gemitu exclamantem audivimus l Vae mihi, mater mea, quare genuisti me, virum discordiae in universâ terra? Nec fœneravi, nec fœneravit mihi quisquam;ettamenomnes male- dicnntmihi. Re^'ocauitiameii seipse nd rationis et tranquillitatis septa(Q). On ne peut songer à cela, sans déplorer la vanité des choses humaines. Nous re- gai'dons la stupidité comme un grand malheur.Les pères qui ont les yeux assez bons pour s'apercevoir de la bêtise de leurs fils, s'affligent extrêmement: ils leur voudraient voir un grand génie, une haute science, et, s'ils'se trouvent dans ce cas-ln, leur joie est presque in- finie. C'est bien souvent ignorer ce (8) Tdem, ihid., folio **ij verso.
ARMI que l'on fait et ce qu'on souhaite. Il eût cent fois mieux valu à Arminius d'être hëbe'të, que d'avoir beaucoup d'esprit; car la gloire de donner son nom à une secte qui fait figure dans le monde, et qui a produit d'habiles gens, est un bien très-chimërique, en comparaison des maux réels, des chagrins, des douleurs, des amer- tumes, qu'il sentit pendant sa vie, et qui abre'gèreat ses jours, et qu'il n'aurait point sentis, s'il avait e'té un théologien à la douzaine, un petit esprit, un niais, enfin de cette classe de gens dont on fait cette prédiction, ils ne feront pninl d'hérésies (lo). Ju- vénal aurait allégué un tel exemple dans sa X^. satire s'il y eût eu des disputes de religion, en ce temps- là, qui eussent causé la mort à l'un des tenans.
(E) Il eût été a souhaiter qu'il eût fait unmeilleur usagedeses lumières.] Je veux dire qu'il se fût réglé sur la méthode de saint Paul. Ce grand apôtre, inspiré de Dieu, et immédia- tement dirigé par le Saint-Esprit dans tout ce qu'il écrivait, se proposa l'ob- jection que les lumières naturelles peuvent former contre la doctrine de la prédestination absolue: il comprit toute la force de l'objection; il la rapporta, sans l'afl'aiblir le moins du monde. Dieu a compassion de celui qu'il veut, et il endurcit celui qu'il feut (il). Voilà le dogme de saint Paul, et voici la difficulté qu'il se proposa. Or ta me diras, pourquoi se plaint-il encore; car qui est celui qui peut résister asa volonté (la)? On ne saurait pousser plus loin cette objec- tion: vingt pages entières des plus subtils molinistes n'en diraient pas davantage. Que pourraient-elles con- clure, sinon que, dans l'hypothèse de Calvin, Dieu veut que les hommes pèchent? Or c'est justement ce que saint Paul a reconnu qu'on lui pou- vait objecter. Mais que répond-il? Cherche -t-il des distinctions et des adoucissemens? nie-t-il le fait? en avoue-t-il seulementune partie? entre- t-il dans quelque détail? ôte-t-il les équivoques des mots? Rien de tout cela, il n'emploie que la souveraine