SigPhi · Pierre Bayle

Dictionnaire historique et critique (Tome 2)

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les de logique (7). J'ai vu des profes- seurs bien embarrassés lorsqu on leur faisait ces objections, qui, dans le vrai, ne doivent passer que pour des chicaneries inventées mal à pro- pos par des gens de trop de loisir, mais qui ne prétendaient pas, comme Heraclite, qu'en efl'et une même chose soit et ne soit point. Ils n'avaient en vue que de donner de l'exercice à leur esprit. Notez qu'Aristote ne croit pomt que si Heraclite a dit cela, il l'ait néan- moins pensé: 'AcT^^vatov ya.p ovri^iouv net^XTrip T.viç oÏovt*i KÎyuv 'Hf«tx^îl^;ov. t,ÔKiç-tyipivat.yiia:lov * Tiç Kiyii,'rct,vTA KCL, ^î^roXA/zf iv«.v (8). Impossibilenam- que est quempiam idem putare esse et non esse, quemadmodkm quidam Hera- clitunt dicerearbitrabantur. Non enim necesse est qucecumque quis dicat, ea etiani putare.

(D) Il n'a putroufcr la raison d'une expérience, pour l'explication de la- quelle il s'est tourmenté i/iutilement.] Cette expérience est que le bois plus léger que l'eau ne se soutient pas néanmoins sur l'eau à l'égard de toute son épaisseur. Une poutre qui flotte dans une rivière est en partie sous l'eau, et en partie au-dessus de l'eau. On ne saurait expliquer cela selon les principes ordinaires de la pesanteur et de la légèreté: delà viennent les vains efforts d'Arriaga (9). Les nouveaux phi- losophes ne trouvent là aucun embar- ras. Voyez le système de M. Gadrois.

(7) Secl. V, subsecl. III et iy,pag. 19, et Seti- edil. Parisinte, an. lâSg.

(8) Arislot. Melaphys., lib. III, cap- III, (o) Arriaga, Disputât. IV de General., sect. y,'de Elementis, subsect. VI, pag. Sig.

ARSÉNIUS, diacre de l'église romaine, illustre par la noblesse de sa famille, mais beaucoup plus par sa vaste érudition et par sa piété, fut choisi pour être envoyé à l'empereur Théodose, qui cherchait un précepteur à son fils Arcadius. Ce fut le pape Damase qui fit ce choix. Arsénius arriva à Constantinople l'an 383. 11 y fut très-bien reçu par l'em- pereur, qui se fâcha même un jour, et contre le disciple, et ARSÉNIUS.

ARSÉNIUS.

contre le maître, parce qu'il avait vu celui-ci debout, et l'au- tre assis, pendant la leçon. Il or- donna que son fils, quoiqu'il l'eût déjà déclaré Auguste, se tînt debout et découvert quand Arsénius l'instruirait, et quittât en ce temps-là les marques de la dignité impériale. Arsénius, em- ployant toute son industrie à élever son disciple aux sciences et à la vertu, se crut obligé d'a- jouter enfin le châtiment aux censures. Le jeune Arcadius en fut si outré, qu'il pria un de ses officiers de le défaire de son précepteur {a). L'officier en avertit Arsénius, qui prit le parti de se retirer secrètement, et de s'en aller dans les déserts de l'Egypte. Il y passa un fort grand nombre d'années, avec les solitaires de Sceté, dans les exercices de la plus fervente et de la plus austère dévotion. Il y mourut à l'âge de quatre-vingt- quinze ans (A). Théodose, qui apprit avec regret la retraite d'Arsénius, le fit chercher par- tout, sans le pouvoir découvrir [b). Il y a quelques fautes dans le Dictionnaire de Moréri qui concernent cet article (B). J'en ai trouvé aussi quelques-unes dans d'autres écrivains (C).

On trouve plusieurs actions, et plusieurs sentences d'Arsénius, parmi les Apophthegwata Pa- triim, que M. Cotelier a publiés dans ses Ecclesiœ grœcœ Mo— numenta (c).

(a) Tiré des Annales de Barooius, à l'an 383., nnm. 23, 23. // ci<e Mftaphraste sous leUdemai, et Surius, sous le 19 Ae juillet.

(Il) FlécUier, Histoire de Théodose, pag.

(c) Voyez-en le premier volume, imprimé ARSÉNIUS. 44r {tî) Il mourut dansUs déserts de l' E- corde point avec RuGn*, qui dit gypte, à l'âge de quatre-vingt-quinze qu'ils fuient mis entre les mains d'Arans.'] Voici le partage que M. Ar- sénius aussitôt après leur baptême (']): nauld d'AndilU donne à cette longue outre que Baronius lui-même a revie d'Arsënius. Il en passa, dit-il (i), marqué qu'on se trompe dans la vie quarante dans la cour de l'empereur d'Arsénius, lorsqu'on dit qu'il fut Théodose, quarante en Sceté, dix h envoyé par Damase pour être pré- Trohé, qui est au dessus de Babflone, cepteur d'Arcadius et d'Honorius.

à l'opposite de la ville de Memphis, Le dernier n'était pas encore né; trois en Canapé d'Alexandrie, et deux l'autre avait environ huit ans, et il en ce même lieu de Trohé, oit étant n'y a point d'apparence qu'Arsénius retournéilfinitsacoursedans la crainte soit demeuré à la cour de Théodose de Dieu. Cette expression, il passa jusqu'au temps qu'Honorius eut bequarante ans danslacour de Théodo- soin de précepteur. 3", M. Ftéchier se. est très-impropre; car si l'on n'y dit en propres termes, que Théodose veut pas trouver une insigne fausseté, Jit chercher Arsénixis dans toutes les il la faut prendre en ce sens-ci: il avait terres de l'empire. Il n'est donc guère quarante ans, lorsqu'il sortit de la apparent qu'Arsénius ne soit sorti de cour de Théodose. En effet, en la pre- la cour qu'après la mort de Théodose, nant selon la signification propre et en SgS. Cela, dis-je, n'est guère apnaturelle des termes, il faudrait qu'Ar- parent, quoi qu'on le donne pour sénius eût vécu plus de six-vingts ans. un fait certain et dans le premier vo- II faudrait ajouter aux quatre-vingt- lume du Dictionnaire, et dans le quinze ceux qu'il avait lorsqu'il partit troisième. 4° ^1 "e fallait pas supdi; Constantinople, choisi précepteur primer lacirconstance que M. Fléchier d'Arcadius par Damase. Ce pape n'au- a expressément marquée: c'est que rait pas choisi un jeune garçon de vingt l'officier qu'Arcadius chargea de tuer ans. Outre que Théodose ne régna Arsénius en avertit ce précepteur, qu'environ seize ans, et qu'il ne reçut Le Supplément du Dictionnaire sup- Arsénius qu'en la quatrième année de pose qu'Arsénius en fut averti divison empire. nement. 5°. Arcadius ne fut point (B) Il y a quelques fautes dans le associé à l'empire à l'âge de six ans, Dictionnaire de Moréri, qui cancer- mais l'âge de sept ou huit ans, comme nent cet article.'] i°. Arsénius n'a Baronius et M. Fléchier le remarquent, point pu être envoyé à Tliéodose l'an Erat tune.Arcadius annum œtatis 383, pour être précepteur d'Arcadius agens octavum, natus nimirùm sub et d'Honorius, puisque Honorius ne consulatu Gratiani quarto et Meronaquit qu'en 384. Baronius avait mar- baudis, triennio ante Theodosii patris que cette faute à ceux qui ont fait la imperium (8). 6°. Sncrate n'avait que vie d'Arsénius, et il l'avait attribuée faire d'être cité, car ce qu'il a dit à quelqu'un qui savait en général que d'Arsénius n'a presque point de rap- Théodose avait deux fils, a/t</«i5 <7«ôJ port à l'article du Supplément. En sciret duos fuisse Theodosio filios, tout cas, il fallait citer le chapitre adjecit Honorium (2). Cette faute est XXIII du III*=. livre, demeurée dans la vie d'Arsénius (C) p^oid quelques fautes d'autres dressée par M. Arnauld d'Andilli (3), écrivains touchant Arsénius.'\ Matqui cite Rufin (4) pour son garant, thias, dans son Théâtre historique (9), a°. J'avoue que Baronius (5), sur la suppose perpétuellement qu'Arsénius foi de la Vie des Pères (6), avance f^j précepteur d'Honorius aussi-bien qu'Arsénius fut le parrain des deux que d'Arcadius, et cela en même temps, fils de Théodose; mais cela ne sac- Une considère pas qu'Honorius n'était (1) D'Andilli, yie?_ des Pères des Déserts,. Ce RuCn n'est pas. dilLeclerc,Ie fameuK toin. II, pag.:ioi,. Edition de i6'j6, in-S». Rufin qui eut des démêlés avec saint Jérôme.

(2) Baron., ad ann. 383, num. 22. et qui est mort long-temps avant Arsénius; ce à (3) Elle est au II'. tome des Vies des Pères quoi Bayle n'a pas fait altentioo.

des Déserts, par Arnauld d'Andilli, pag- 188. (^) Voyez Arnauld d'Andilli, Vies des Pères (4) Lib. III, num. 37. des Déserts, Wm. //, pag. 188.

(5) Ad ann. 3g5, num. 26. (8) Baron., ad ann. 383, num. 22.

(6) Part. II, tnp. XXXVI. (9) Pag. 7j3, édiUon d'Ainsterd. en i668« point ne lorsqu'on envoya Arsénius à Théodose, pour instruire Arcadius 5 il ne songe pas qu'Honorius, étant plus jeune de neuf ans que son frère, n'était guère propre à assister aux leçons qu'on faisait à Arcadius pen- dant la vie de Théodose. Remarquez bien cette circonstance, puisque Mat- thias n'ignorait point qu'Ai'sénius s'évada avant la mort de cet empe- reur; car il remarque que Théodose le fit chercher soigneusement. 11 cite le chapitre XXIII du IV«. livre de Socrate, où l'on ne trouve quoi que ce soit de ce qu'il a débité. Il ajoute qu'Arcadius, après la mort de son père, apprit où était Arsénius, et lui fît demander pardon de ce qui s'était passé, et sa sainte bénédiction. M. Doujat, entraîné parle torrent, associe Honorius à Arcadius (10). Charles Etienne n'a connu notre Ar- sénius que sous la qualité de patrice: il ne lui fait point quitter la cour, mais son simple patrimoine, pour l'envoyer dans un couvent, en vertu d'une voix tombée des nues, qui lui ordonnait la fuite, le silence et le repos. M. Hofman n'a joint à cela que la charge de précepteur d' Arcadius. M. Lloyd a supprimé tout l'article. Notez que Nicephore fils de Calliste assure que Théodose donna Arsène pour précepteur à ses fils (11).

(10) Arsénius, non Me Arcadii et Honorii prwceplor. Doujacii Praenotiones Canon., p. 42 9.

(11) Nicepbor. Hist. Ecdesiast., lib. XII, cap- XXIII, ARSÉNIUS, patriarche de Constantinople dans le XII P. siècle, était natif de cette ville. Il fut élevé dans un monastère de Nicée, et en fut même supé- rieur; mais il renonça à cette charge pour se mieux appliquer à la vie monastique, soit dans les couvens d' ApoUoniade, soit dans ceux du Mont Athos. Il fut tiré de cet état en i255, par l'empereur Théodore Lascaris, qui le fit patriarche de Constan- tinople. Le même empereur quatre ans après le déclara en mourant l'un des deux tuteurs ARSÉNIUS.

ARSÉNIUS.

de Jean son fils. L'autre tuteur était George Muzalon. Celui-ci ^ témoignant des intentions fort pernicieuses pour le jeune prin- ce, dégoûta si fort Arsénius de son emploi, qu'il fut cause de son retour au couvent. Mais lors- qu'en 1 26 1 les Grecs eurent re- gagné Constantinople sous la conduite de Michel Paléologue, Arsénius y fut appelé pour re- prendre le patriarcat, et en occuper le siège duquel les pa- triarches avaient été exclus pen- dant plus de cinquante ans. L'année d'après, l'empereur Mi- chel Paléologue fit crever les yeux à Jean Lascaris, fils de l'empereur Théodore. Arsénius, indigné d'un traitement si bar- bare fait à son pupille, excom- munia Michel qui, pour re- pousser ses foudres ecclésiasti- ques, convoqua un concile, et, sous de fausses accusations, y fit déposer Arsénius, et le relégua dans l'île de Proconnèse. Il vé- cut long-temps dans cet exil; mais on ne trouve pas précisé- ment en quelle année il mourut. C'était un homme de bien, mais tout-à-fait mal propre aux affai- res (a). Il est auteur (A).

(a) Tiré de Case, HLstoria litteraria Scrip- tor. Eccles., pag. 725.

(A) Il est auteur.'^ II a fait un JYonio-Canon, ou un Recueil de ca- nons, divisé en CXLI titres, à chacun desquels il ajoute quelques points, ou quelques chefs des lois impériales. On Va inséré en grec et en latin dans la Bibliothèque du droit canonique publiée par MM. Justel et Voel. On a aussi le Testament d' Arsénius, pu- blié en grec et en latin par M. Cote- lier, dans le tome II de ses Monu- mens de l'église grecque (i).

(i) Cave, Hist. litter., pag. 726. Doujatii Prœnot. Can., pag. 4'(<- ARSÉNIUS. ARSÉNIUS, archevêque de Monembasia, ou Malvasia, dans la Morée, au XVP. siècle, a passé pour un savant humaniste. Il fut l'ami particulier de Paul III, et il lui écrivit des lettres fort élégantes, une entre autres, oii il se plaint du peu d'affection de l'église romaine pour la na- tion grecque (A). Il se soumit à l'église romaine, ce qui le ren- dit si odieux aux Grecs schisma- tiques, que Pachome, patriar- che de Constantinople, l'excom- munia, et que les Grecs disent qu'Arsénius fut après sa mort broukolakas, c'est-à-dire que le démon venait errer à l'entour de son cadavre, et l'animait en- core {a). On a quelques ouvrages de sa façon (B).

{a) Voyez Guillet, Lacédémone ancienne et nouvelle, pag. 327, ^' Crusius, dans sa Turco-Greecia.

( A) Il s'est plaint du peu d'affection de l'église romaine pour la nation grecque."] Voici les paroles de M. Guil- let. Arsénius a écrit de très-élégantes lettres au pape Paul III, qui se trou- vent encore. Il y en a une, où il se plaint fort du peu d'affection de l'église romaine pour la nation des Grecs, en ce quelle n'en a élevé aucun a la difnilé de cardinal. Paul fut créé pape an i535 (i). Si l'on donnait à cette plainte une e'tendue générale, on imputerait un mensonge à Arsénius j car il est certain que le cardinal Bes- sarion était grec: il faut donc croire que les reproches d'Arsénius étaient semblables à ceux de Musurus. Celui- ci se plaignit amèrement, de ce qu'au- cun Grec n'avait eu part à la nom- breuse promotion que Léon X venait de faire (a). Paul 111 fut élu pape au mois d'octobre i534.

J'ai été averti par M. de la Mon- noie, qu'il ne se troui'e nulle autre (i) Guillet, Lacédémone anc. et nouvelle, pag. 3î7.

(aj Vojes VarticIcMviVTLva.

ARSINOÉ.

lettre d' jiirsénius a ce pape, que celle qui sert de dédicace aux Scolies d''Euripide. C'est la qu'il se plaint que, parmi tant de cardinaux de toutes nations, il ne s'en trouvât pas au moins un ou deux grecs. KaiToi o(/<f' à.TroiX''^ "» «va » «Ttio Tûiv 'Exxîivœv jv TOirouToif •3-i«VTO<r*croîç ha.féixuT^a.t rSv YLetfJ'ivtt,- xîmv. Rien n'est plus utile, ni plus ne'- cessaire que d'aller aux sources.

(B) On a quelques ouvrages de sa façon."] On a un Recueil d'Apophiheg mes, imprimé à Rome, en grec j un autre Recueil des Scolies sur sept tragédies d' Euripide, imprivaéàVémse en i534- Il dit dans son épître dédi- catoire au pape Paul III, qu'il l'avait dressé en Candie, à Venise, et à Florence. Voyez la Bibliothèque de Gesner.

ARSÉNIUS, moine grec, a écrit une lettre contre Cyrille Lucar, patriarche de Constanti- nople, qui a été publiée en grec et en latin à Paris, l'an 1643, avec les actes du concile oii Parthenius, patriarche de Con- stantinople, fit condamner la confession de ce Cyrille, l'an 1642- Chacun sait que cette confession de Cyrille était con- forme aux sentimens de Genève. M. Claude a soutenu que cette condamnation est une pièce sup- posée {a). Le catalogue de la bi- bliothèque d'Oxford a confondu Arsénius, auteur du Nomo-Ca- non, avec notre moine grec.

(a) Claude, Be'ponse à M. Ârnauld, libi Tir, chap. XII, pag-. 473.

ARSINOÉ. Il y a eu plusieurs i-eines de ce nom. M. Moréri a parlé des principales, non sans se tromper quelquefois. Il a été un peu trop court sur Arsinoé, soeur de Cléopâtre: nous répare- lons cette brièveté dans l'article de Ptolomée Aulètes (a).

ARSINOÉ, femme de Magas, fet (c). roi de Cyrène (A), se déshonora par ses impudicités. Magas, un peu avant que de mourir, accor- da leur fille unique Bérénice au fils de Ptolomée, roi d'Egypte. Dès qu'il fut mort, Arsinoé, qui n'avait vu qu'à regret ces fiançailles, prit des mesures pour les rompre. Elle fit offrir Bérénice, avec le royaume de Cyrène, à Démétrius frère du roi Antigonus (a). Ces offres fu- rent acceptées. Démétrius s'em- barqua tout aussi tôt, et eut un vent si favorable, qu'il ne tarda guère à voir Bérénice. Il était bel homme, et cela le rendit d'autant plus fier, qu'il s'aper- çut promptemeut de l'impres Justin, si je ne me trompe, est le seul historien qui nous apprenne cela: j'en suis surpris, car une action de cette nature méritait bien d'être re- marquée. Ce qu'il y a encore de bien étrange, c'est que personne ne nous dit ce que devint Arsi- noé, ni d'oU elle était, ni ce que devint cette Bérénice; et bien loin que l'on rapporte que Pto- lomée Évergètes, fils de Ptolo- mée Philadelphe, l'ait épousée, on nous assure qu'il se maria avec Cléopâtre. Matthias, qui le dit (<5?), ne cite personne; mais on voit dans Josephe, au chapi- tre IV du XIF. livre de ses An- tiquités judaïques, que la fem- de Ptolomée É\ me de Ptolomée Evergètes se sion que sa beauté avait faite sur nommait Cléopâtre. Notez que le cœur d' Arsinoé. Il négligea Ptolomée Évergètes eut un fils la fille pour se rendre plus agréa- appelé Magas (e), d'oii l'on peut ble à la mère; il traita les trou- pes de haut en bas; enfin il se rendit si odieux, que tout le peuple tourna ses désirs vers le fils de Ptolomée. On résolut de se défaire de Démétrius, et l'on en concerta les moyens avec Bé- rénice (6). On lâcha sur lui les assassins destinés à le tuer; on les lâcha, dis-je, dans un temps qu'il avait choisi pour coucher avec Arsinoé (B). Cette femme ayant ouï sa fille, qui se tenait à la porte, et qui commandait que l'on épargnât sa mère, cou- vrit de son corps son galant le mieux qu'elle put; mais ses ef- forts furent inutiles. On le tua, ensuite de quoi le mariage de Bérénice avec le fils de Ptolo- mée sortit son plein et entier ef- (a) Il était roi de Macédoine.

(b) On peut inférer cela des paroles de Justia.

conjecturer que le père de sa femme se nommait Magas, com- me Justin le rapporte. Je mar- querai quelques erreurs de M. Mo- réri (C), et une de M. Mé- nage (D).

(c) Tiré de Justin, liv. XXVI, chap. 111. {d) Matlh. Theatrum histor., pag. 363. (e) Plutarch. in Agide et Cleoiuene, pag.

(A) Elle était femme de Magas ^ roi de Cyrène. ] 11 est nommé Agas dans les éditions de Justin; mais les bons critiques ont remarqué, il y a long-temps, qu'il faut lire Magas: c'est ainsi, ajoutent-ils, que Pausa- nias, Polyaenus et Athénée le nomment (i). On leur objectera, peut-être, que celui dont Pausanias a fait mention n'est point le mari de notre Arsinoé; car il était frère utérin de Ptolomée Philadelphe, au lieu que le mari d' Arsinoé était frère de Ptolomée Évergètes. Voici l'histoire de ce Ma- gas, selon Pausanias. Il était llls de (i) Voyei te Commentaire Je 3as\'in, dans Védiion de M- Gra.'vius, à Leyde, en i683.

ARSINOÉ.

Bérénice, et d'un Macédonien nom- mé Philippe, homme de basse extrac- tion. Eurydice, fille d'Antipater, ayant été mariée avec Ptolomée fils de Lagus, mena en Egypte cette Bé- rénice. Celle-ci coucha avec Ptolo- mée, et lui donna entre autres enfans Ptolomée Philadelphe, qui régna après son père. Elle fit donner le gouverne- ment de Cyrène à son fils Magas, qui épousa Apame fille du roi Antiochus, et fut fort brouillé avec Ptolomée Phi- ladelphe. Voilà le Magas de Pausanias tait un homme qui, jouissant de la paix, Se plongea dans les délices et dans la fainéantise, et qui, à force de manger, devint si gros, que la graisse rétoufifa (8j. Mais celte objection n'est pas insoluble: un prince dont le règne dure cinquante ans ne peut-il pas s'engager à quelcjues guerres, et s'abandonner ensuite à un long repos? (B) On lâcha sur lui les assas- sins,.. dans un temps qu'il aidait choisi pour coucher a^'ec Arsinoé. ] Le jésuite Bisselius a trouvé là un sune peut pas être celui de Justin, ce Magas qui était mari d'Arsinoé, et qui mourut environ le temps que le fils de Pyrrhus fut rétabli dans le royaume d'Épire (3)? Les critiques peuvent répondre que Magas, roi de Cyrène, ayant régné cinquante ans (4), rien n'empêche qu'il n'ait vécu bus ilLis, dit-il (9), Berenicdjilid moe- chœ conscid, tensce per aispositos percussores ità sunt insidiœ {(juod mi- reris), ut in ipso Jlagrantis sceleris ar - dore deprehensis supetveniens adulte- rœ filia, mœchique conjux Bérénice pro ihalanii nefandi foribus subsis~ Cens, etc. La circonstance du temps, jusqu'au rétablissement du filsdePyr- ni celle du lieu, n'ont rien d'admira l'hus, que les meilleurs chronologues placent sous l'an de Rome 49^ (5), 3ui était le vingt-cinquième du règne e Ptolomée Philadelphe. Au lieu donc de dire, comme l'on fait ordinaire- ment, que Justin parle de Ptolomée E vergetés dans son livre XXVI (6), il faut établir qu'il parle de Ptolomée Philadelphe, et que c'est à celui-ci qu'il donne pour frère Magas roi de Cyrène. Que s'il nomme Arsinoé la femme de Magas, ce n'est pas un si- gne que son Magas soit différent de celui de Pausanias, puisque le même roi de Cyrène a pu être marié succes- sivement avec Apame fille d'Antio- chuS; et avec notre Arsinoé. Quant au reste, les guerres où il s'engagea contre Ptolomée Philadelphe, selon Pausanias, conviennent très-bien au Magas dont parle Justin. Rex Cyrena- rum yigas decedit qui ante injirmita- tem Berenicen unicam JUiam ad fi- nienda cuin Ptotemœo j'ratre certamible ici. Il était aisé de remarquer auand Démétrius allait à la chambre d'Arsinoé, et c'était l'occasion la plus plausible que les conjurés pus- sent prendre.

(C) yoici quelques erreurs de M. Moréri-I 1°. Il n'y a point d'exactitude dans cette expression, Magas donna en mariage Bérénice sa fille a Ptolo- mée: le latin porte Beronicen...fi- liam desponderat (10). Les paroles de Moréri nous cachent un fait qui ne se développe pas dans la suite de sa nar- ration, c'est que Bérénice demeura auprès de son père et de sa mère. On songe à toute autre chose, quand on lit qu'elle fut donnée en mariage à un fils du roi d'Egypte. Afin donc de ne faire pas égarer ses lecteurs, il fallait suivre rigoureusement le mot despon- dere. Cette remarque est petite en elle-même, mais ses usages peuvent être considérables par rapport à ceux qui veulent traduire. Ils ne sauraient na, fiHo ejus desponderat (7). J'avoue jamais être trop scrupuleux dans l'ob qu'elles ne semblent pas convenir au Magas dont Athénée a parlé; car c'é- (ï) Pausanias, lih. I, Tpag. 6. (3} Justin, lib. XXVI, cap. III.

(4) Alhen., lib. XII, pag. 55u.

(6) Voyez /'Index du Justin de M. Graevius, et notez que Bisselius à la IV^. décade Ruina- runt illustrium, pag. i534i suppose que Justin parle d'un Agas frère de Ptolomée Evergiles.

(7) Justin, lib'. XXVI, cap. III.

servation de cette règle: c'est qu'ils doivent éviter tous les termes r'qui- voques, tout ce qui peut empêcher que le lecteur n'ait les idées les plus conformes à la nature de chaque sujet.

(g) Bisselius, Ruio. illustrium decad. IV, pa^. i536. Justin a dit. Oui (Demelrio) cum. in lectum socrû» concessisset, percussores im- juittuntur.

(lOy Justin, lib. XXVI, cap. III.

ARTABA.N.

a". Il n'est pas vrai que Justin dise que notre Arsinoé était fille d'Antiocnus Sotev; 3°. Ni que son mari se nom- mait Magus (il) 5 4°- Ni que ce pre'- tendu Magus était fils de Ptolomée Lagus (12) 5 5°. Ni qu'elle ^t épouser sa fille à Démétrius; 6°. Ni qu'elle eut dessein de lui mettre la couronne sur la tête; 5°. Ni qu'elle fut chassée. Peut-on assez condamner une licence si hardie? On narre tout ce qu'on veut sans qu'on le trouve dans «n au- teur, et puis on a la hardiesse de le citer. Je sais, qu'en prenant pour suide un historien d'un aussi petit jugement que Justin, on est obligé de suppléer bien des circonstances; mais alors il faut avertir qu'on les supplée, il ne faut pas les donner pour une version de Justin. J'ai dit que cet abréviateur n'a guère de jugement, et je suis sûr que Trogue Pompée pesterait cent fois le jour contre lui, la qualité de fiancée (i3). Quoi qu'il en soit, ni Justin, ni plusieurs autres abréviateurs, ne savent pas qu'un abrégé doit ressembler aux pygmées qui ont toutes les parties du corps humain, mais chacune à proportion plus petite que celles d'un homme de belle taille. Apetissez dans un abrégé les parties d'une narration, tant qu'il vous plaira, mais ne les re- tranchez pas entièrement. Comptons pour la V1I1«. faute de M. Moréri, la contradiction où il est tombé. 11 veut ici que Bérénice, femme de Ptolomée Evergètes, fût fille de Magus; ailleurs (14), il assure qu'elle était la propre sœur de ce Pto- lomée.

(D) et une de M. Ménage. ] Elle est dans sa note sur ces paroles de Diogène Laè'rce: Avifxnrfilou tou s'il pouvait connaître le mauvais état trium qui Cyrenem (16) naifigavit où son ouvrage a été réduit par ce amasse plurimiini dicitur (ArcesUsiUs).

faiseur d'abrégés. Il se perdrait lui même dans les ténèbres de son abré- viateur. Presque tous les Antiochus et les Ptoloraées, et les Antigonus y paraissent sans les marques de leur distinction: on ne sait s'il parle du père, ou du fils, ou du petit-fils; il faut le deviner la plupart du tjemps. Il n'a pas seulement pris la peine de dire si le mariage de Démétrius avec Bérénice fut consommé. Belle deman- de! me dira-t-on; et moi je dis qu'il eût dû marquer expressément le oui ou le non; car il n'est pas sans ap- parence qu'un homme qui observa avec joie qu'il était aimé de la mère, consentît que l'on différât ses noces avec la fille. Vous m'allez dire que Justin donne à Arsinoé la qualité de belle-mère de Démétrius, nimis pla- cere socrui cœperal; mais je vous rét tonds qu'il donne ensuite à Bérénice a qualité de pucelle, quœ res suspec- ta primo uirgini: par conséquent, l'une de ces phrases renverse l'autre, et l'on soupçonne qu'il ne se sert point des termes dans le sens le plus exact. L'index de Justin, dans l'édition de Je ne m'étonne pas, dit M. Ménage, que ce philosopne amoureux des jeu- nes garçons ait aimé Démétrius, qui semble ai^oir eu une beauté men^eil- leuse, et qui enfin le perdit; car on le tua dans le lit de sa marâtre, In novercœ concubitu cœsus est. Justin, cité par M. Ménage, ne permet pas de dire qu' Arsinoé eut une telle al- liance avec le mignon d'Arcésilas. On eût mieux fait de marquer la faute de l'interprète latin (17).

(i3) Démétrius à sponsd sud interficilur., (i4) Dans le second article Bérénice.

(i5) Diog. Laërtius, in Arcesilao, lib. IF, (16) Il J' a dans les éditions, cum is Cyre- Dem navigâsset. Ce qui est faux; car l'amour d'Arce'silas ne vint point après le voyage de Cj'rène.

(17) Voyez la note précédente.

ARTABAN, fils d'Hystaspe(A), et frère de Darius V\ du nom, roi de Perse, nous est représenté par Hérodote comme un homme sage, qui déconseillait toujours M. Grsevius, ne donne à Bérénice que ^^^ expéditions d'éclat qui fu- rent si funestes à la monarchie (tt) Son nom dans les éditions de Justin »t, -r» ^ N Tl «^ A,* «/M'nt yigj: son vrai nom est Magas. dcs Perses(a). Une tut pomt (ti) Hélait fils d'un certain Philippe et de,,.,,,.,,„ rvYY/;/ la maîtresse de ce Ptolomée. («) Herodot., lib. IF, cap. LXXXIII.

ARTABAN.

d'avis que Darius allât attaquer auteurs qn'll a cites (i) ne disent les Scythes (b); encore moins rien de semblable. Ctésias donne pour St-' 7 \ ' ' «^ < f • I père a Artdban, un iavori de Cam- que Xerxes s engageât a taire la Yyyses, quil nomme Artasyras, qui guerre aux Grecs. Hérodote nous d'abord favorisa l'usurpation du ma- a conservé les raisons solides sur ge, et ensuite le dessein aue sept lesquelles il appuyait son avis g-nds^se^gneurs formèrent 3e chas- (B), et le jugement qu il porta (g^ Hérodote nous a consente les sur la prodigieuse armée de mer raisons solides sur lesquelles il ap- et de terre avec laquelle Xerxès puyait son a('is{i).] On dirait qu'Hé- d'Asie en rodote avait pris à tâche de faire honneur, et à la prudence, et à l'es- prit d'Artaban: il ne donne jamais f»lus d'essor à son imagination, que orsqu'il fait raisonner ce prince. Xerxès, après s'être bien fâché, et après l'avoir outragé, s'était rendu à ses raisons, et ne voulut plus pen- ser au voyage j mais deux songes con- sécutifs le poussaient à continuer l'expédition (4). Il s'en va trouver Artaban, et lui dit ses songes: Je t>eux savoir, ajoute-t-il, si uous en aurez de semblables. Prenez mes ha- bits, asseyez - i^ous sur mon trône, couchez dans mon lit. Artaban répond