qu'il n'est pas digne de tant d'hon- neur, et raisonne fort sensément sur les songes. Il dit que s'il y a quelque chose de divin dans ceux de Xerxès, sa majesté a eu raison d'espérer qu'il en ferait de semblables: « car, que » serait-ce, si un dieu qui aurait à » cœur une guerre, et qui viendrait » de nuit la commander à un mo- » narque résolu de vivre en paix, » ne venait point ordonner la même » chose au premier ministre d'état, » lorsqu'on veut connaître à cette )> preuve si ce dieu souhaite la guerre? « Mais, poursuit-il, ne croyez pas » qu'il soit nécessaire pour cela que je » prenne vos habits, et que je cou- )) che dans votre lit. Ce je ne sais 1) quoi, qui vous est apparu en songe, )) n'est pas assez bête pour conclure » que je suis vous, de ce qu'il me )) verra revêtu de vos habits; et, s'il » ne daigne s'adresser à moi, vos ha- » bits non plus que les miens ne l'o- » bligerout pas à changer de senti - se préparait a passer Europe (c). Les difficultés qu' Ar- taban lui représenta furent cause qu'on aima mieux le renvoyer dans la Perse, pour y comman- der en l'absence du roi, que de lui faire continuer le voyage (d). L'événement montra com- bien ses conseils avaient été ju- dicieux et fidèles. Il ne persévé- ra pas toujours dans cette fidé- lité, car il conspira contre Xerxès, et le tua (e); et puis il engagea Artaxerxès, fils de Xerxès, à se défaire de son frère Darius: il l'y engagea, dis-je, en lui faisant accroire que Da- rius était le meurtrier de Xerxès. Mais Artaxerxès connut la vérité peu après, et tua Artaban dans Je temps que celui-ci ôtait sa cuirasse (/"). Diodore de Sicile parle autrement que Justin de la manière dont Artaban fut châtié de son crime (g). On verra dans la remarque (B) de quelle manière ce prince savait raison- ner sur les songes, et sur la du- rée de notre vie.
(b) Id,, ibid.
(c) Ibidem, cap. XLIX, et seq, \d)Idem, lib. VU, cap. LU, LUI. (e) Diodor., lib. X/; Justin, lib.
eap. T.
(/) Justin, lib. III, cap. 1. {g) Diodor. Siculus, lib. XI.
(A) Fils d''Hystaspe.^ Je ne sais point où M. Moréri avait lu qu'Arta- ban était natif d'Hireanie. Les deux (i) Diodore de Sicile, liv. XI, et Jii.itio, liv. II. Il fallait citer Justin, i,V. ///, thap. I.
(1) In Persic., cap. XIII, XIV, XX.
(3) Herodot., lib. III, cap. X.
(4) Idem, lib. Vil, cap. XV, ci se<) » ment à mon égard. » Xerxès voulut absolument être obe'i: Artaban son- gea en conformité avec son maître, et ne s'opposa plus à la guerre j mais il en devint le promoteur, quoiqu'il lui restât une assez grande défiance du succès (5). Si ces choses étaient vraies, n'en faudrait-il pas conclure qu'elles venaient de l'esprit menteur et meurtrier dès le commencement j car on menaçait Xerxès d'un honteux abaissement, s'il désistait de l'entre- prise (6)? Une autre fois, Artaban raisonna d'une manière très-peu com- mune sur la brièveté de notre vie, ARTABAN r^ bien les vanités et les misères du genre humain; mais il affectait un peu trop d'en chercher la cause dans la jalousie ou dans la malignité des dieux. Plutarque lui en a fait un procès (9).
fg) Voyei la remarque (K.) de l'article PÉai. CLES, vers la fin.
ARTABAN I"^-, roi des Par- thes,le septième depuis Arsaces, fondateur de la monarchie {a), était fils de Priapatius, et frère..., V -1 dePhrahateet deMithridatefA), chose qui avait fait pleurer Aer ses a la.. ^ ■ • • Tuede ses troupes innombrables (7). 4"! avaient tous trois règne suc- Nous ne vwons qut trop, dit-il: no- cessivement Sur les Parthes. Il tre fie, toute courte qu'elle est, a succéda à Phrahate son neveu, plus d'étendue qu'il n'en faut pour ^^ courut peu de temps après, nous faire bien enraser, et pour nous ^'^'ii ' i ^i^, faire souvent souhaiier la mort comme «jant ete blesse au bras dans la un doux refuge contre les misères qui guerre qu'il fit aux Thoga— nous accablent. Que sinéanmoins latrie riens (b), a été assaisonnée d'un goût agréable, c'est une preuve que Dieu porte enyie („) Environ deux cent quarante ans avant au genre humain *. Où sont les philo- Jésus-Christ.
sophes grecs qui n'eussent dû dire (ij Justin., lib. XLIl, cap. II. de cette manière de penser ce que dit Pyrrhus, quand il eut été reconnaître (A) Il était fils de Priapatius, et l'armée romaine: L'ordre de bataille frère de Phrahate et de Mithridate. ] de ces barbares, dit-il, et leur façon M.Moréri le fait fils de Phrahate \"., de camper, n'ont rien de barbare (8). et oncle de Phrahate II: mais voilà C'est aux chrétiens à rectifier cela, deux relations incompatibles 5 car Kotez qu'Hérodote connaissait très- Phrahate II était fils de Mithridate, et celui-ci était frère de Phiahate l*"".: (5) Herodot., lib. VU, caf>. XLVII.
(6) Idem, ibid., cap. XIV.
(7; Idem, ibid., cap. XLVI. Voyez la re- marque (L) de l'arlicle Périclès, à la fin.
* L'abbé Bellenger dans le tome XI des Juge- jnem sur quelques outrages nouveaux reproche à Bayle d'avoir suivi la version latine de Valla qui ne répond point au texte grec, et donne son opi- nion sur le sens de ce passage. Joly, dans ses Additions, examine la critique de Bellenger. Larcher dans sa traduction d'Hérodote a ainsi rendu cette phrase: « En assaisonnant notre vie » de quelques plaisirs, le dieu fait bien voir sa » jalousie. «Larcher ajoute en note: « On s'était » trompé dans ce passage, ctM. Bellenger aussi. » Valla avait mal traduit Dulce guitans >œcu- » lum Portus ou Henri Etienne avalent très bien » corrigé Dulci gusLu vUam aspergens M. Bel- » lengfr a eu tort de reprendre celle version » qu'il attribue mal à propos à Valla. La tra- » ductioii de Valla est alisurde; car la divinité > ne fait point paraître de jalousie parce qu'elle n est heureuse, mais parce qu'elle garde le bon- » heur pour elle-même cl qu'elle n'en commu- » nique qu'une légère portion aux hommes, dont • elle assaisonne les maux qu'ils éprouvent pen- ■> danl leur vie. » (8) PluUrcU., in Pyrrho, pag. SgS.
comment donc se pourrait-il faire qu'un fils de Phrahate!*■'. fut oncle de Phrahate II? Cette raison a été cause, qu'encore que Justin ne donne à Pria- patius que deux lils, je lui en ai don- né un troisième, savoir Artaban I*"". Quand des auteurs s'expliquent mal, ils nous donnent cette liberté sur eux. Justin débite deux choses(i): 1°., que Priapatius, en mourant l'an i5 de son rèsne, laissa deux fils, dont l'aîné, qui s'appelait Phrahate, ré^na avant MithriJate son cadet ^.1°. Que Phrahate, tlls de Mithridate, régna après son père, et qu'il eut pour suc- cesseur Artaban, son oncle paternel (2). C'est une grande brouillerie j c'est insinuer que Mithridate et Phra- hate étaient les seuls fils de Priapa- tius j et c'est dire qu'il en eut encore (1) Justin., lib. XLI, cap. V.
(2) Justin., lib- XLll, eap. I et II.
«a autre, puisque sans cela Arfaban ne saurait être l'oncle paternel du lils de Mithridate. J'ai cherche en vain cette difiiculté dans plusieurs com- mentateurs de Justin, et même dans les notes du dernier traducteur fran- çais (3).
(3) Il prend le titre de monsieur D. L. M. Sa traduction a été réimprimée à Amsterdam en 1694, 'ur Ve'dition de Paris, en 1693.
ARTABAN II, roi des Parthes, n'étaat encore que roi des Mèdes (A), fut appelé par les Parthes, afin qu'il régnât sur eux à l'exclusion de Yonoues, qu'ils avaient été chercher jusqu'à Rome, et que Tibère leur avait accordé de fort bonne grâce (a). Artaban était de la race des Ar- sacides, aussi-bien que Vonones, et il avait d'ailleurs l'avantage que l'éducation romaine ne le rendait pas odieux à ces peuples (0). La première bataille fut heureuse pour Vonones; mais il fut si maltraité à la seconde, qu'il fut obligé de s'enfuir en Arnaénie (B). Le victorieux Ar- taban ne l'y laissa pas en repos: et comme Tibèi'e ne promettait point à Vonones la protection qui lui était nécessaire (c), celui- ci se vit contraint de sortir de l'Arménie, et de se retirer au- près de Silanus, gouverneur de Syrie. Cela affermit beaucoup sur la tête d' Artaban la couronne qu'il avait obtenue environ l'an ■^69 de Rome, et le i6 du F^ siècle. 11 ne laissa pas d'être inquiet du séjour de son rival dans la Syrie (d); car le com- merce des nouvelles étant plus aisé entretenait les factions: (fl) Joseph., Antiq, lib. XVIU, cap. III. {b) Tacil., Anoal., lib. II, cap. II. (c) Id., ibid., cap. ir. Id) Id., ibid., cap. LVIII.
TOJIE a.
ARTABAN II. 449 ainsi il envoya une ambassade à Germanicus, jiour le renou- vellement de l'alliance, et, en attendant, il demanda que Vo- nones fût renvoyé hors de la Syrie. On ne sait point les suites de cette ambassade; mais on sait qu'après la mort de Germanicus, le roi des Parthes devint fier en- vers les Romains, et cruel en- vers ses peuples (e). Les heureux succès de la guerre qu'il avait faite à plusieurs nations voisi- nes lui avaient enflé le courage; de sorte que, sans aucun égard pour Tibère, dont il méprisait les cheveux blancs, il s'empara de l'Arménie (C), et la donna à Arsaces son fils aîné (D). Il en- voya redemander tous les tré- sors que \ onones avait laissés dans la Syrie et dans la Cilicie {f); et faisant le rodomont, il publia que, si l'on ne lui rendait pas tout ce que Cyrus et Alexan- dre avaient possédé, il Tirait prendre par force. Les mécon— tens de sa cour députèrent secrè- tement à Tibère, pour lui de- mander Phrahate, fils du roi Phrahate {g). On le leur accorda très-volontiers; et lorsqu'on eut su que ce prince, voulant vivre à la manière des Parthes, dont il était désaccoutumé depuis long-temps, était mort de ma- ladie, on lui substitua Tiridate, qui était de la maison des Arsa— cides, et proche parent de Phra- hate; et l'on suscita un autre adversaire à Artaban, savoir Pharasmane roi d'Ibérie. Arta- ban eut du dessous de ce côté-là; car après que son fils Arsaces, fc)Tacit, Annal., lib. VI, cap. XXXI.
(f) En L'an de Home 788.
Cg-)Taclt., lib. ri, cap. XXXII et seq.
29 ARTABAN II.
roi d'Arménie, eut ele empoi- sonné, son antre fils Orode, qu'il envoya dans l'Arménie, y fut battu par Pharasmane. Il y fut battu lui-même quelque temps après; et ayant été obli- gé de s'avancer vers les provin- ces que Vitellius, gouverneur de de Caligula. Dix ans après, il fut détrôné, et contraint de chercher vme retraite aujîrès d'I- zate roi d'Adiabène (o). 11 en fut reçu de la manière la plus géné- reuse: ce ne furent point de purs complimens. Izate négocia de telle sorte auprès des Parthes, Syrie, menaçait {h), il n'y eut qu'il les obligea à le rétablir sur plus rien qui empêchât Mithri- le trône, et ce fut Cinname mêdate, frère de Pharasmane, de me, qu'ils avaient mis à sa place, devenir roi d'Arménie (i). Cette qui lui remit le diadème sur la perte d'Artaban fut bientôt tête. Il y a de l'apparence qu'Arsuivie d'une plus grande. Vi- taban mourut peu après, soit tellius fit par ses intrigues et par par le crime de Gotarze son fils, son argent, que ce monarque quitta le pays, et se retira dans l'Hircanie, oii il fut réduit à viouson frère (E), soit autrement.
(o) Joseph., Anliquit., lib. XX, cap. lï.
vre de ce qu'il prenait à la chasse (a) // était roi des Mèdes. ] Moréri {k), pendant que Vitellius mit et Hofman ont dit que Tacite l'a fait Tiridate en possession de la cou- r?i des Daces. C'est à quoi cet histo ronne. Mais il se forma un parti si formidable contre le nouveau roi, qu'il ne fut pas diificile à Artaban, que l'on rappela, de contraindre Tiridate, qui était un pauvre prince, à se retirer (/). Ceci se passa l'au 36 du siècle. On ne trouva plus rien ne songea jamais: il ne dit sinon qu'Artaban avait été' élevé parmi les Dahes, Artabanus Arsacidarum è sanguine apiid Dahas adullus excitur (i). Il y a bien de la difïérence entre les Dahes et les Daces, et il a fallu être bien distrait ( pour ne rien dire de pis ), quand on a pu croire qu'un prince parthe avait été élevé auprès du Danube.
I dans Artaban son premier or- ^ ^'^^ yononei gueii: il rechercha de lui-même •' - ' l'amitié de Caligula (m); et lors- que, parla diligence de Vitellius, il vit prêt à échouer le dessein qu'il avait eu de porter la guerre dans la Syrie {n), il consentit à une entrevue avec ce Romain, et à un traité de paix dont les conditions étaient à l'avantage {h) Idem, lib. ri, cap. XXXVl.
(k) In Ilyrcnnis reperlus est inliwie obsi- tus, et alimenta anii expecliens. Tacit., Annal., lib. ri, cap. XLIII.
(m) Sueton., in Calig., cap. XIF. Vojez la rcmarrjue (C).
{n)Dio,lib.UX.
qu'il fut obligé de s'enfuir en Armé- nie. ] M. Moréri a débité deux autres mensonges. Il fait remporfer deux victoires sur les Partbes à Vonones, qui néanmoins ne vainquit qu'une seule fois son compétiteur (2), et il attribue à Vitellius une défaite de l'armée d'Artaban, une défaite, dis- je, suivie d'autres pertes d'Artaban, vers l'an 36. Mais, 1°., il est faux que Vitellius ait défait les troupes de ce roi des Partbes; et en second lieu, il est certain que le mal que Vitellius lui fit par intrigues et par argent fut postérieur à ces autres perles. M. Hof- man donne aussi deux victoires à Vo- nones, et une à Vitellius, qui fut (i) Tacit., Annal., lih. II, cap. III. (a) Josfpli., Anll4u;t.,W. XVHI, cap. III. Tacit., Aonal., lib. Il, cap. III.
ARTABAN II cause, dit-il, qu Artaban abandonna l'Arménie. Abus, mais abus incom- parablement plus excusable que ce- lui où cet e'crivain est tombé après AI. Lloyd et Charles Etienne, en di- sant qu''Artaban, grand ennemi de Tibère, se saisit de l'Arme'nie, et fut tué par un soldat persan nomme' Ar- taxerxès, depuis lequel il n'y a point eu de rois des Parthes, mais des rois des Perses. Anachronisme prodigieux! Voyez l'article d' Artaban IV.
(C) Sans aucun égard pour Tibè- re,.., il s'empara de l' Arménie. ] On ne peut pas être plus insulté que le fut cet empereur par Artaban, qui n'eut pas plus tôt aperçu que son in- vasion de l'Arménie était une injure dont Tibère ne se vengeait pas, qu'il attaqua la Cappadoce (3). Mais que peut-on voir de plus terrible que les lettres qu'il lui écrivit? Écoutons Suétone. Quin et Arlabani Parthorum régis laceratus esl litteris, parricidia et cœdes et ignat^iam et luxuriant ob- jicientis, monenlisque ut i^olunîarid morte maximo justissimoque cb'ium odio quamprimiini satisfaceret (4). Il y avait là quelque chose de person- nelj car, du reste, Artaban en usa le plus honnêtement du monde, et mê- me fort humblement envers le suc- cesseur de Tibère. Écoutons encore Suétone: Artabanus Parthorum rex odiuni semper contemptumque Tiberii se nommait Éléazar, et qui avait sept coudées. ' (D) // donna r Arménie a Arsaces sonMs acna. J C'est ainsi q„e Tacite et Dion le nomment. Jo^ephe le nommeOrode^(8j:. la confondu i'un des enfans d Artaban avec l'autre. Celui qui se nommait Orode ne fut point roi d Arménie; mais il y f^ envoyé pour venger la mort d'Arsaccs son frère aîné, et il y pensa mourir à la peine; car s'étant battu corps à corps avec Pharasmane, roi d'Ibérie du rant la bataille, il fut bien blessé mais non pas tué, comme le bruit en courut sur Iheure, au grand préju- dice des Parthes (9), et comme Jose- phel a depuis assurédans ses Antic/ui- tes judaïques (10). ^ (k) Il mourut...parle crime de Crotarze, son /ils, ou son frère.] La manière dont l'exact M. de Tillemont s est exprimé est trompeuse. Artaba- ne mourut bientôt après, dit-il (ti) par le crime de Gotarze, son frère ' selon Tacite ou plutôt sonfih, com- me l assure Josephe II n'y a personne qui, en lisant ces paroles, ne s'ima- gine que Josephe dit que Gotarze fit mourir son père Artaban. Néanmoins Il ne le dit pas: il parle d Artaban comme d un homme qui mourut de maladie; il lui fait succéder Vara- dan, son fils et à celui-ci Gotarze, autre fils d'Artaban. Chose étrange, prœseferens, amicitiam Ç,i\V\g\\\œ ul- l^e lacite et Josephe conviennent si trô petiit, vcnitque ad colloquium le- P*^" > dans des circonstances capita- gnli consularis, et transgressas Eu- '^^j sur des choses si voisines de leur phratem aquilas et signa romana Cœ- t^^ps! celui-ci donne à Artaban une snrumque imagines adorai^it (5). Dion i^^ort paisible et plusieurs fils • l'au- avait obligé ^^^ i*-' f'dt périr avec sa femme' remarque que Vitellius Artaban à sacrifier à la statue d'Au- guste et à celle de Caligula, et à don- ner en otages ses enfans, après avoir consenti au traité de pais qu'il lui prc^scrivit (6). Cela montre que Jose- phe s'est abusé lorsqu'il a cru que Tentrevue de Vitellius et d'Artaban, et tout ce qui en résulta, arriva sous Tibère (7). Ce fut à Tibère, selon lui, que Darius, fils d'Artaban, fut en- voyé en otage, avec de riches présens, et avec un géant, Juif de nation, qui (3) Dio, lib. LVIII, subfin.
(4) Suelon., in Tiberio, cap. T.XFJ.
(5) Idem, in Caligula, cap. XIV. (f.) Dio, lib. IJX.
(7) Josepli., Antiquil., lih. XFIII, cap. VI.
fils.
—me et son par le crime de son frère semble signifier qu'Artaban n'avliit qu un fils. On ne sait de quel côté se ranger, vu que Tacite n'est guère exempt de contradiction. D'abord il pose que Gotarze était frère d'Arta- ban j mais peu après il le fait frère de Lardanes, et il insinue très-clai- rement que lîardanes était fils d'Arta- ban • car il le représente fort en co- lère contre ceux de Séleucie, tant (9) Pâma occisifaLsb crédita exterruit Par- thos, itcloriamqiie concessére. Tacit., Annal lib. VI, cap. XXXV. ' (loj Joseph., Anliquitat.,?/é. XVIH,c. III, (11) Tillemont, Histoire des Empereurs, à l'un 47, pag. 467, édition de Bru.xelles.
ARTABAN III. ARTABAN IV.
parce qu'ils ne se soumettaient point à lui, qu'à cause qu'ils avaient ete rebelles à sou père. In quos ut patris sui quoque dejeclores, ira magis quhm ex usu prœsenti accensus (12). Quel est ce père, si ce n'est pas Artaban? Je serais presque tente de croire que r Artaban dont parle Tacite (i3) était le fils qui avait déjà succédé, ou qui devait succéder au roi Artaban, et que Gotarze, autre fils du roi Arta- ban, se défit de ce frère, afin de régner, et enveloppa, pour plus grande sûreté, la femme et le fils dans la même ruine que le père. Cet- te conjecture dissipe toutes les con- tradictions. Mais voici d'autres diver- sités entre Josepbeet Tacite. Celui-ci fait mourir Gotarze de maladie, et lui donne Vonones pour successeur, auquel il fait succéder son fils Volo- gèse (i4)' Josephe fait périr Gotarze par la trahison de ses sujets, et lui donne pour successeur immédiat son fière Vologèse (i5).
(12) Tacit., Annal., lih. XI, cap. FUI.
(iZ) Intel- Golarzispleraque sieva (qui necem fralri Arlabano conjugique acjilio ejus propc- raverat, d'autres lisent, praeparaverat, unde melus ejus in cœteros) accivére Hardanem. Tacit., Annal., lib. XI, cap. VIII.
(i4) Idem, Annal., lib. XII, cap. XIV.
(iS) Josepli. Antiquitat., lih. XX, cap. II- ARTABAN III, roi des Par- thes, successeur, et peut-être fils du Yologèse dont Suétone parle comme d'un bon ami de î4érou et de Vespasien, vivait au temps de l'empereur Titus. C'est ce que nous apprenons de Zonaras en cette manière (a). Il dit qu'un homme d'Asie, nommé Térentins Maximus, prétendant être Néron, persua- da cela à quelques personnes daïis son pays, et encore à plus de gons vers l'Euphrate, et qu'enfin il se retira auprès d'Ar- taban, roi des Parthes, qui, étant alors de mauvaise hunaeur contre Titus, reçut fort bien ce (rt) Zonaras, in Tito, ad ann, circitcr 80.
personnage, et se prépara à le rétablir (A).
(A) // reçut bien Térentius Maxi- mus, et se prépara à le rétablir.'] En- core qu'il y ait eu plus d'un faux Né- ron, bien des gens auront quelque peine à croire qu'il faille distinguer ce Térentius Maximus du fourbe dont Suétone a parlé. Et si l'on objecte que celui-ci ne parut que vingt ans après la mort de Néron, c'est-à-dire, la sep- tième année de Domitien, on répon- dra que Zonare n'est point incapable de confondre deux règnes l'un avec 1 autre, et qu après tout il serait un peu étrange qu'en si peu de temps deux imposteurs eussent trouvé un grand support au même pays, ou que, l'y ayant trouvé, ils n'eussent pas été tous deux placés dans l'histo- rien qui a parlé de l'un d'eux com- me d'un événement singulier. L'uni- que, dont parle Suétone, trouva beau- coup de support auprès des Parthes: Ciim post uiginti annos adolescente me extitisset conditionis incerlœ qui se lYeroneni esse jactaret, tant favo- rabile nonten ejus apud PartJios fuit, ut l'ehetnenter adjutus et i'ix reddi" tus sit (i).
(i) SuetOD., in Néron», subjinem.
ARTABAN IV a été le der- nier roi des Parthes; car Ar- taxerxès, Persan de nation, l'ayant dépouillé de la couronne et de la vie l'an 22g, se donna le titre de roi des Perses, que ses successeurs portèrent pen- dant que cette monarchie durav Le règne d' Artaban avait été as- sez glorieux, et s'était fait sentir aux Romains qui, de leur côté, se firent sentir à ce prince. Il avait eu l'imprudence de ne se point tenir sur ses gardes, pen- dant que l'empereur Sévère ra- vageait les pays voisins; il dor- mait en repos sous le bénéfice de la pai.\, lorsqu'il vit fondre tout d'un coup les troupes ro- maines sur ses états. Tout ce ARTABAN IV qu'il put faire fut cle se sauver avec une petite escorte (a): la ville de Ctésiphonte, où il fai- sait sa résidence, fut pillée; tous ses trésors et tous ses meubles tombèrent entre les mains de l'ennemi {b). Mais cette super- cherie ne fut rien en compa- raison du tour déloyal que lui joua Caracalla. Il lui envoya des ambassadeurs chargés de riches présens, pour lui demander en mariage sa fille; et lui allégua cent belles choses, qui devaient résulter de cette alliance au bien et à la gloire des deux nations (c). Artaban rejeta d'abord cette demande, ne prévoyant aucune concorde dans ce mariage, vu la différence de langage et de coutumes, qui serait entre sa fille et un empereur romain. Enfin les nouvelles instances de Caracalla, ses sermens, ses pro- testations d'amitié pour sa future épouse, obtinrent le consente- ment du père. Mais on va voir que Caracalla méditait une per- fidie, qu'on peut regarder com- me le modèle, ou du moins comme l'ébauche de la saint- Barthélemi de Catherine de Mé- dicis. Il alla avec son année au pays des Parthes, et fut reçu partout comme le gendre du roi; et dès que Ton eut appris qu'il était près de la capitale, Artaban, accompagné d'une multitude infinie de monde, alla au-devant de lui. Les Parthes ne songeaient qu'à bien té- moigner leur joie; ils ne fai- saient que boire, que chanter et que danser: alors Caracalla, (rt) Hcrodian., Hb. III, cap. IX. {b) En l'année 300, «e/on Calvisius. (c) Herodiuu., lib. IF, cap. X, et set/.
donnant le signal à ses troupes, fit faire main basse sur cette multitude de gens. On en tua tant qu'on voulut; car il n'y avait personne qui fût en état de résister. Artaban ne fut sauvé qu'avec peine. Depuis cette jour- née, Caracalla ne fit que piller et que brûler, jusqu'à ce qu'é- tant las de le faire, il s'en re- tourna dans la Mésopotamie, oii il fut tué. Artaban, affamé de tii'er raison de l'injure qu'il avait soufferte, marcha le plus tôt qu'il put contre l'armée ro- maine, qui avait élu Macrin à la place de Caracalla. Le combat ayant duré deux jours de suite, depuis le matin jusqu'au soir, recommença le troisième, et aurait apparemment duré jus- qu'à l'entière ruine de l'une ou de l'autre armée, si Macrin n'eût fait savoir à Artaban la fin malheureuse de Caracalla, et ne lui eût déclaré qu'il désapprou- vait le passé, et qu'il voulait lui rendre tous les prisonniers et tout le butin qui se trouveraient encore, et vivre en paix avec lui. Artaban accepta ces offres, et ainsi la paix fut conclue entre lui et le nouvel empereur l'an ai-j. Il fut le premier que l'on nomma le grand roi; et il por- tait un double diadème (A). Sa mauvaise fortune lui suscita en 226 un redoutable ennemi, je veux dire cet Artaxerxès, qui soutint sa rébellion avec tant de bonheur et tant de courage, qu'au bout de trois ans il mit fin à la monarchie des Parthes.
(A) Il fut le premier que l'on nom- ma le grand roi, et il portait un dou- ble diadème, (i).] J'ai cite mon au- (i) Herodian., lib. II, cap. II, pag, 257.
ARTABAN!V.
teur, et il est trcs-vrai que l'on trouve crate, où il lui fait dire: Je m'asces pavoles dans le chapitre que je sure que. quand ce serait le grand seicote d'He'rodien: 'ApTstfavôv Tê tov gneur, et non pas une personne de wpÔTêfiov xdXoôfAivov TOV juïya,v ^eta-ihicL, basse condition, il préférerait une nuit Kcti éuai é\a.éiiiA.a.<n;^pa)^5vov À7roxTêiva,i semblable à celle-là, à toutes les (aj. Atque Al ahano^ qui rex magnus nuits et à tous les autres jours de sa piinms appellalus est, duplicique dia- "vie, etc. Je t^oudrais bien lui demandemale uteù/ilur, neceni intulisse. Je der ii ce grand seigneur n'est pas le crois qu'il a voulu dire qu'avant Ar- Turc; et si c'est lui, comment Sotaban IV. aucun roi des Partîtes n'a- crate en pouvait parler, si ce n'était vait pris le titre de grand roi, et il par prophétie, puisqu'il ne peut pas y se tromperait fort, s'il disait abso- auoir huit cents ans que les Ottomans Jument que ce fut le premier prince ont commencé leur tyranitie, et qu'il