SigPhi · Pierre Bayle

Dictionnaire historique et critique (Tome 2)

Page 71 of 92

par Scaliger. Us nous assurent que Ti- bère se saisit de Y Arménie, vapiç»- o-a-ro, occupai'it.Armeniani: or, il ne fit autre chose que donner aux Ar- méniens le maître qu'ils demandaient. Il est certain d'ailleurs qu'il l'introni- sa, qu'il lui mit le diadème sur la tê- te, et qu'il lui aurait prêté main forte s'il l'avait fallu: d'où vient donc que Scaliger dit que l'Arménie futi'endue à Tigrane sans l'intervention de Ti- bère? Que veut-il dire quand il sou- tient que saint Jérôme ayant assuré que Tibère s'empara de l'Arménie, occupai'it, a dû croire qu'elle appar- tenait déjà aux Romains? J'avoue que je n'entends rien à cette gram- maire. Mais pourquoi n'intentait - il pas un procès à Paterculus, aussi-bien qu'à ces deux pères de l'Eglise? Pa- terculus, historien aussi flatteur en- vers Tibère qu'un poète, ne l'a-t-il f)as loué d'avoir réduit l'Arménie sous a puissance du peuple romain? Re- (4) Josepli., Antiquitat,, lib. XV, cap. V. (.5) Sueton., in Tiberio, cap. IX.

(6) ïlttpi(rriTa.TO, nrmis subjugavil, recepu, Ud dedilionem compulil, (7) Scalig., in Euseb., pag. 170.

(8) Il le nomme mal.hlabaze, k Vimilation de Dion. Fralrc ejus /irlabaze, du-il, rcgr.L in- iessore ab Armeniis occiso.

peuvent signifier le contraire de ce qu'ils disent, savoir: qu'on le chassa malgré les Romains qui le soutenaient, et par la défaite de leurs secours. Voyez l'article d'ARTAVASDE, roi des Mèdes. Enfin ils disent que Tigrane, oncle de notre Artavasde, eut la têle tranchée à Rome sous l'empereur Ti- bère. C'est une absurdité, car l'instal- lation de Tigrane, oncle, à ce qu'ils prétendent, d'Artavasde II, se fit l'an 734 de Rome, et son règne dura fort peu. Le supplice de Tigrane, sous Tibère, arriva l'an 789: il faudrait donc, selon ces messieurs, que ce prin- ce détrôné eût survécu à sa chute plus de cinquante ans, et qu'il fût parve- nu à une vieillesse que l'historien n'eût pas omise, en parlant de l'indignité de sa mort. Remarquez bien que Ti- grane, créé roi d'Arménie en l'an 784, avait été fait prisonnier avec son pè- re par Marc Antoine, en 720, et qu'il était déjà grand (10). Remanjuez aussi que, peu après son couronrie- ment, il maria ses enfans ensemble (11), selon la coutume de ces nations- là. Mais il y a plus, celui que Tibère (g) Paterr., lib. II, cap. XCIV.

(10) Voyez Josephe, lib- XV, cap. V.

(11) Tacit., Annal., lib. II, cap. III.

ARTAVASDE. 461 Il est croyable que ce prince ne fut pas long-temps captif, et qu'il est ce roi de Médie auquel Cléopâtre envoya la tête d'Arta- vasde roi d'Arménie, l'an 'j'Z^de Rome(^).LeSupplémentdeMoréfit mourir est un pelit-fils d'Herode. Josephe nous dit qu'Alexandre, fils d'Herode, eut de Glapliira, sa femme, fille d'Archëlaiis, roi de Cappadoce, deux fils, dont l'un, appelé Tigrane, régna en Arménie, et fut accusé de- vant les Romains (i-x). Voilà sans dou- te celui dnot Tacite parle en cette ma- „• „^^,„: +^,j^„i„- If. /A^ Bière -.JVe Tt^mnesquidcm Armenid ^ est ICI toutpleui de fautes (A). quondam politus, ac tune reus, no- (b) Idem. lib.LI. mine regio supplicia cu'iuni ejfugit {i3). La conjecture de M. de Tille- (A) Le Supplément de Moréri est mont, que ce Tigrane fut roi de la pe- ici tout plein de Joutes. ] On y débite, tile Arménie, qui avait été donnée i°. que cet ^rtai^asrfe roi des MèJes, ar Auguste à Archélaiis (i4), serait fils et successeur de Darius, soutint onne si Ton pouvait l'accorder avec uigoureusetnent la guerre contre Ar- Josephe, qui dit ((ue les descendans tauasde roi d'Arménie, et contre d'Alexandre, fils d'Hérode et de Gla- Pomjiée; 2°. qu'il fut enfin défait par phyra, ont régné dans la grande Ar- les Parlhes, et qu'il se réfugia a ménie. 'H<fê 'KXi'^ÂvS'^w "j/fvêÀTÎïç fj.iya.- Rome auprès d'Auguste, qui lui don- na la petite Arménie au lieu de la Médie qu'il aidait perdue. On cite Plutarque et Dion au livre XLIX. Mais pour réfuter cela en rétrogradant, n'est-ce pas se moquer du monde, que de citer simplement Plutarque? N'est-ce pas vouloir faire des fautes impunément? car qui n'aimerait mieux s'abstenir de critiquer, que de lire deux gros volumes in-folio, pour vérifier un petit fait? Il est sur que Dion au livre XLIX ne dit point que cet Artavasde se soit réfugié à Rome, ni qu'Auguste lui ait fait présentde la petite Arménie. Je ne sache point d'auteur qui dise cela. Je trouve biea dans Tacite qu'Auguste fit régner dans l'Arménie un Artavasde, après les fils de Tigrane, mais non pas que ce fut pour le dédommager de la Mé-^ l (12) Josept., lib. XrUI, cap. Vil. (.3) Tacil., Annal., lih. VI, cap. XL. (i4' Histoire des Empereurs, toin. I, note 11, sur Tibère.

(i5) Joseph., de Bello Jud., lib. II, cap. XIX.

ARTAVASDE, roi de Médie, fut attaqué par Marc Antoine, à la sollicitation d'un autre Ar- tavasde, roi d'Arménie. Cette entreprise fut très- funeste à Marc Antoine; et comine il crut que celui qui l'y avait engagé l'avait trahi, il tourna toute sa colère de ce côté-là, et fit allian- ce avec le roi de Médie. Il lui donna une partie de l'Arménie, dès qu'il en eut dépouillé l'autre die. Apparemment ceux qui ont fait Artavasde, et il voulut cimenter cette paix par le mariage de son fils Alexandre avec Jotape, fille du roi des Mèdes. Les troupes qu'il lui fournit le rendirent vic- torieux des Partîtes, et d'Ar- taxias fils d' Artavasde roi d'Arméle III*. volume de Moiéri se sont ser- vis à deux mains de ce passage de Ta- cite: d'un côté, pour débiter que Tibère donna l'Arménie à un Artavas- de, fils d'Artaxias, et neveu de Ti- grane (i)j et de l'autre, pour dire qu'Auguste la conféra à un Artavas- de, roi dépouillé de la Médie. Enfin quelle négligence, que de dire qu'où s'est défendu vigoureusement contre nie; mais quand il les eut retirées, et qu'il eut retenu celles que sou le roi d'Arménie, et contre Pompée!

allié lui prêta, celui-ci ue put Celte guerre contre le roi d;Arménie, resister a ses ennemis, et tomba ^usement f oussée, vu la trahison entre leurs mains. Dion raconte de ce prince envers Marc Antoine, est cela sous l'an ^21 de Rome (a).

(i) Vorez la remarque (B) de V article <i'AR- {a'i Dio, lib. XLIX, tatasds U.

postérieure d'environ trente ans à celle que Pompée fît en ce pays-là. Je n'ai remarqué, ni dans Plufarque, ni dans Appien aucun Artavasde roi des Mèdes, qui ait été attaqué par Pompée. Je vois seulement dans Ap- pien que Pompée subjugua Darius roi des Mèdes (a).

(2) Appian., in Milbridat.

ARÏAXATA (A) était la ville capitale de l'Arménie sur la ri- vière d'Araxe. Ce fut Annibal qui non-seulement en traça le plan, mais qui en dirigea aussi la construction, à la prière d'Ar- taxias,roi d'Arménie, chez qui il s'était relire après la défaite ARTAXATA.

ARTAXATA.

diguwn est. La ville fut cou- verte tout d'un coup d'un nuage épais, d'oii partaient une ind- uite d'éclairs, pendant que le soleil luisait comme de coutume jusqu'à l'enceinte des murailles. Cette ville fut rebâtie quelque temps après par Tiridate, qui la nomma Ncronée, pour faire honneur à Néron (c), duquel il avait reçu uiille caresses à Ro- me, oii il était allé lui rendre hommage l'an de Rome 81 g.

(c) Xipliil. in Nerone.

(A) Arlaxata. ] Plutarque observe que cette ville tira son nom de celui d'Anliochus {a). On peut croire du roi Artaxas (ou Artaxias) à qui au'une situation, qui avait été Annibal en proposa la construc choisie par un si grand capitaine, était fort avantageuse (B), soit en temps de guerre, soit en temps de paix. Cette ville fut brûlée par Corbulon, l'an de Rome 811 {b). Ce grand capi- taine n'aurait point exercé cette c'est le principal nom qu'il lui donne rigueur contre les habitans, qui Or il est certain qu'il l'appelle prin- luiavaient porté les clefs de la ville cipalement ^rt«T«<«, et qu'il se cou- ,.,,,^ /. -.,- 1 tente de due une lois qu elle avait le dès qu il 1 eut fait investir, si les lois de la guerre ne l'y eussent comme forcé (C). C'était une grande ville, qu'il ne pouvait garder sans une grosse garnison; il ne pouvait y laisser autant de soldats qu'il y en fallait, sans affaiblir de telle sorte son armée, qu il eut ete hors d état de rien j^j^.. ^^^ qu'Annibal réfugié dans l'Arentreprendre; et il n'y eût eu ni ménie, et remarquant une situation profit ni gloire à la conquête très - avantageuse, ait conseillé tion (i). Ce que MM. Lloyd et Bau- drand remarquent, que Tacite l'ap- pelle Arlaxie, n'est pas vrai: il l'ap- pelle constamment Arlaxala. Ce qu'ils ajoutent, que Sirabon la nomme Ar- taxiasata (2), n'est point exart; car c'est clairement insinuer qu'il ne la nomme qu'ainsi, ou que du moins qu I nom i^Artaxiasatii. Pinedo a eu rai- son de changer 'ApToL^utcrciTu. en 'Ap- Taf(cta-*Tat dans Êtieime de Bysance, qui sans doute n'a point parlé autre- ment que Strabon, puisqu'il le cite. Il est sûr, du moins, qu'il n'a pas nommé cette ville Artaxia, comme Ortelius le lui impute aussi faussement qu'à Tacite. L'omission que Pinedo cet Etienne est inexcusa- '.1 " _...ville, et qu il se soit charge de la direction de ce travail, est une cir- constance que l'on ne doit pas suppri- mer dans un dictionnaire de villes. Je dirais volontiers qu'Etienne, ayant Strabon devant les yeux, quand il lit (i) Plutarch., in Lucullo, pap. 5i3.

(2) C'est apparemment par une faute d'iin- pressivii iju'on lit Arraxiaïatra dans M. Baii- drand.

donnée toute telle qu'on l'aurait prise. Il se résolut donc à la rui- ner, et y fut encouragée par un grand miracle (D), si crcdere ARTAXIAS P'. 463 l'article d'Arfaxata, n'oublia point ce cre par les raisons que Tacite a expo- qu'il y vit toucliant Annibal, et que séea. ^rluxulis ii^nis intmiisus, ilele- c'est à son abreviateiir, moins habile taque et sn/o œqiiula sunt, qùia nec te- homme que lui, qu'il faut imputer la nerisine ^^aliJo prœsidionh niagnUudi^ ne'gligence dont Pinedo a fait une nein mœ/iiinii, nec id noùis virium juste plainte. Il n'y a peut-être point erat quodjirniando prœsidto et capes- d'ouvrage qui demande plus dédis- sendo be.Uo dli^iderciur, l'el si intégra cernement et de bon goût que l'abre- et incustoditar elinqucrentur, nutla in ge d'un gros livre (3j. Je ne me lasse eo utilitas aut gloria qni>d capta es- point de faire cette remarque, parce sent (6). Les insultes qui; Ton l'ait à que je porte chaque jour la peine de son ennemi, loisqu'il abandonne ses la négligence d"S abrëviateurs. ils conquêtes sans les mettre hors d'e'tat sont cause que je trouve des obscurités de lui nuire, ou qu'il ne les garde embarrassantes en cent endroits, ([ui qu'en aliaiblissant trop ses armées, le apparemment étaient fort intelligibles rendent si rae'prisable (jue, pour dans Fauteur qu'on a abrège. Voyez maintenir sa réputation, l'un des plus ce que M. tironovius observe contre grands ressorts de la guerre, il ne \esi\\\ienrf:à\\SynopsisCriticortim{^). faut jamais donner lieu à ces insultes.

(B) Sa situation était fort ai'anta- C'est donc par une fatale et maliieu • geiise. ] Strabon nous apprend qu'Ar- reuse nécessite', que les dures lois de taxata était biltie dans un endroit où la guerre obligent à [jriver son enne- la rivière faisait une péninsule, de mi de ce dont on ne saurait profiter sorte que les murailles étaient entou- soi-même.

rées de cette rivière, comme d'un (D) et qui y fut encourage par cercle presque entier. Son traducteur un grand miracle. ~\ Tacite, avec tout n'a pas entendu la chose, et Pinedo son grand esprit, donnait d'aussi bon le lui a fort justement reproché (5). cœur <|u'un autre homme dans ce Si l'on ne consultait que la version, merveilleux dont on airne à se repaîon croirait que cette ville était sans tre. Les hubitans d'Artaxata clierchèmurailles, hormis l'endroit où la ri- rent sans doute à se consoler de l,i vière ne l'entourait pas: Cincta niuri ruine de leur ville, entre autres railocn fluudne, nisi qua isthmus est. Le sons, par quebjue miracle qui les assugrec ne dit point cela: To rùxoç kÔ- r;1t que les dieux ne l'avaient point icxai TTfioCiCKifyAvûv Tov TroTttfAov, TThùv agréée; et ils crurent aisément tout 'raû'ls-BfAoû. ce c[ue l'on inventa dans cette vue.

(C) Elle fut brûlée par Corbulon...Mais ils n'ont point eu d'historien qui que les lois de la guerre y a\>aient ait fait parvenir jusqu'à nous ce qu'ils comme forcé.] Plus on considère les crurent. Les Romains, de leur coté, suites inévitables delà guerre, plus ne manquèrent pas de gens qui surent su sent-on porté à détester ceux qui en tourner la médaille. Nous le savons, sont cause. Voilà Corbulon <iui réduit grAccs à Tacite: Adjicitur miraculuni en cendres une grande et belle ville, velut nuinine nblatum, nain cuncta et qui jette dans la dernière désola- extra tectis hacteniis soie inlustria tion une infinité de femmes, d'enfans, fuére, quod mœnibiis cini^ebatur iia de vieillards, qui ne lui avaient ja- repente alrd nube cooperlùm fulguri- mais fait aucune injure. Demandez à busquediscretumest,ulquiisi infe/tsan- ceux qui entendent le plus à fond le tibus deis exitio tradi credcretur {']). métier des armes s'il fit bien. ils vous répondront qu'il fit très-bien, et f6) Tocit., Annal., a. X///, c^;». XL/. qu au cas qu il ne leût point lait, il aurait agi en très-malhabile général, ARTAXIAS I"., roi d'Arménie, n étant encore qu un des ge- (3) ror„ ci-d.ssus la fin de la remarque (C) néraUX (V AutiocluiS -Ic-Graud, de iart.cte \caiLLE[io,n. I,mg. 147], cl la partagea l'Annénie avec un des (4) Gronovius, in Tractatuàt ji.H5 Proditore. aulres gcueraux de cc même roi Con.^uUez le.. Nouvelles de la Hépublique des (A). Cc «rinCC leur permit à l'uH 464 ARTAXïAS II.

verainement (a). Ils ne manque- de l'emploi de toutes sortes de rent paf de profiter de sa com- plaisance; et lorsqu'il eut été vaincu par les armées romaines, ils se soumirent aux vainqueurs, qui leur donnèrent le titre de rois (b); et depuis cela, ils s'amoyens pour se maintenir dans l'usurpation, ni de sa mort dans les jjrisons d'Antiochus Épipha- nes. Ce sont de pures chimères par rapport aux citations.

(A) Il partagea l' Arménie avec un grandirent le plus qu'ils purent j^^ ^^^^^^ généraux d'Antiochus- Le aux dépens de leurs voisins. Ti- Grand.} Dans les éditions de Straerane, qui fit tant parler de lui bon, il est nommé 0Apa<r»ç en un durant les guerres date, dont il avaitépousé la fille, descendait d'Artaxias. Plutarque raconte qu'Annibal, s'étant re- tiré chez Artaxias, après la dé- faite d'Antiochus, lui donna mille bons conseils, et qu'ayant trouvé qu'un lieu, dont on ne tenait aucun compte, était très- propre à y bâtir une ville, il y en traça le plan, y mena Ar- taxias, et l'exhorta à la bâtir. Artaxias goûta fort la proposi- tion, et pria Annibal de se char- ger de la conduite de l'ouvrage: il obtint ce qu'il souhaitait, et de là sortit une grande et belle ville, qui, à cause de lui, fut nommée Artaxata (c). Voilà tout ce que je trouve dans les deux auteurs que le Supplément de Moréri a cités (d); car pour la révolte contre son prince légi- time, causée par la confiance que l'on avait en l'amitié des Romains (e), je n'y en vois ni ombre, ni trace, non plus que (a) Strabo, lib. XI, pag. 366. Vojez aussi (p) Plutarque et Strabon, pag. 364, «' Stepbanus in 'Afna.^ATX, donnent ce titre à Jrlaxias.

(c) Plularcli., in LucuUo, pag. 5l3: il l'appelle 'Aprci^xç. Voyez aussi Strabon, {d) Plutarc, in Lucullo. Strabo, lib. XJ.

en un autre (2). Il était facile à ceux qui ont présidé à ces éditions de met- tre partout le même mot ^ et je m'é- tonne que Casaubon n'ait point fait de note sur cela: il en a fait qui ne sont pas plus importantes.

ARTAXIAS II, roi d'Armé- nie, fils aîné d'Artavasde, com- me nous l'avons déjà dit (a), fut proclamé roi par les troupes de son père (A), après que celui-ci eut été fait prisonnier avec sa femme, et avec ses autres enfans (b). L'aîné tâcha de se maintenir contre Marc Antoine, et lui don- na bataille; mais il fut battu, et contraint de s'enfuir au pays des Parthes. Il rentra depuis dans l'Arménie, et y régna: ce fut sans doute après la prise d'Arta- vasde, roi de Médie; car, avant que les Parthes eussent jaris ce roi (c), ils en avaient été battus, et Artaxias avait eu part à cette disgrâce. Il déplut tellement à ses suj ets, qu'ils l'accusèrent à Ro- me, et qu'ils demandèrent pour roi, Tigrane son cadet (d). Au- guste, qui avait auprès de lui ce Tigrane, le leur envoya, et don- (fl) Dans Artavasde ii. (i) Dio, lib. XLIX.

(c) Idem., ibid., subjînem.

(d) i)io, lib. Lir. Tacit., Annal., lib. Il, cap. III. Vojez la remarque (B> dv l'article AniAVAiPE M.

ARTAXIAS III.

na ordre à Tibère de l'installer. Artaxias fut tué par ses propres parens avant l'arrivée de Ti- bère.

(A) Il fut proclamé roi par les troupes de son père. ] Les continua- teurs de Moreri font dire à Jose- phe ou à Tacite, que ce fut Marc Antoine qui mit sur le trône Ar- taxias: il n'y a rien de plus faux. Ils ajoutent qu'Artaxias ayant été défait fut envoyé en exil chez les Parthes. Autre bévue; il s'y réfugia. Si Marc Antoine avait été en état de le bannir après sa victoire, il ne l'aurait pas envoyé chez les Parthes, il l'aurait mené à Alexandrie pieds et poings liés.

ARTAXIAS III, roi d'Armé- nie, était fils de Polémon, roi du Pont, et s'appelait Zenon. Il s'é- tait tellement plu dès son en- fance à imiter les coutumes des Arméniens, qu'il s'acquit par-là les bonnes grâces de la nation: de sorte que Germanicus ne crut point qu'il fallût jeter les yeux sur un autre, pour remplir la place de Vonones, que les Ar- méniens avaient chassé. Il alla donc à Artaxata, et en présence de tout le peuple il donna le dia- dème à ce Zenon, l'an de Rome yji. Tout à l'heure l'assemblée le proclama Artaxias, du nom de la ville capitale. Tacite, qui nous apprend toutes ces choses {à), parle de sa mort sous {a) Tacit., Annal., lib. II, cap, LVI. {b) ld.,ibid., lib. ri, cap. XXXI.

ARTÉMIDORE, celui qui a écrit sur les songes, était d'E— phèse; néanmoins il s'est donné le surnom de Daldianus dans ce livre-là, afin de faire honneur à la patrie de sa mère (A). Il s'é- tait surnommé Ephésien dans TOME II.

ARTÉMIDORE. 465 d'autres livres. Il vivait sous An- tonin Pius, comme il nous l'ap- prend lui-même, quand il dit qu'il a connu un athlète qui, ayant songé qu'il avait perdu la vue, remporta le prix de la course dans les jeux que cet em- pereur fit célébrer {a). Jamais auteur n'a plus travaillé pour un sujet raisonnable, qu'Artémi- dore a travaillé pour un sujet très-indigne d'un homme de ju- gement (B). Il ne se contenta pas d'acheter tout ce qui avait été écrit sur l'explication des songes, ce qui montait à plu- sieurs volumes (C): il employa de plus beaucoup d'années à voyager, afin de faire des con- naissances avec les diseurs de bonne aventure. Il eut vm grand commerce avec eux dans les vil- les et dans les assemblées de la Grèce, dans l'Italie, et dans les îles les plus peuplées; et il ra- massa partout les vieux songes, et l'événement qu'on disait qu'ils avaient eu {b). Il méprisa les mé- disances de ces gens graves et à sourcil froncé, qui traitent d'escrocs, d'imposteurs et de joueurs de gobelet, ceux qui se mêlent de prédire (D); et, sans avoir égard à ce que les Gâtons en diraient, il pratiqua plu- sieurs années ces devins. En un mot, il consacra tout son temps, et toutes ses veilles, à courir après des songes; et il croyait que ce grand travail lui avait fourni de quoi payer de raison et d'expérience (E). Il eut grand soin d'instruire son fils aux {a) Artemid., lib. I,cap. XXVIII. Voyes aussi le chap. LXyi du même livre.

\b) Artemid., preef., pag. 3. Voyez ausfi liv. V, pag. a52.

3o ^66 ARTÉMIDORE mêmes sciences, comme il pa- raît par les deux livres qu'il lui dédia. Je m'étonne moins qu'il se soit si fortement occupé de cette matière, quand Je songe qu'il croyait y avoir été poussé » la petite ville de Daldia est demeii- )> rée jusqu'ici dans l'obscurité, faute » de tels panégyristes: puis donc M que c'est ma patrie du côté de ma » mère, je veux lui témoigner ainsi » ma reconnaissance. » Cela me se- rait plus suspect de vanité, si j'y voyais plus de façon et plus de myspar les conseils, et en quelque ^^j.^. ^,3^^ Tingénuité avec laquell manière par les ordres d'Apollon cet auteur s'exprime, me fait luger (c) • Il prie fort sérieusement qu'il parlait selon l'usage d'alors, et KO.) Sti/TMV él' iOLUTtlV TTillIcévOf/.OV ihttt, KCLl VpOÇ /UyiTpOÇ TOLt/Tct èiTToMcufAl ttÙTïj (2).

Àt i^ero de inseriplinne ne mireris quaprnpter Anemidori Daldiani et non Ephesii inscriptum legis, quem- adniodùm multos jani alios libros tous ses lecteurs de ne rien oter de son livre, et de n'y rien ajou- ter; et il leur fait là-dessus une espèce d'adjuration au nom de cet œil perçant de la providence qui prend garde à tout (F). Il a dédié ses trois premiers livres à un Cassius Maximus (G), et les deux autres à son fils. Ils furent imprimés en grec, à Venise, l'an i5i8. M. Rigaut les publia à Paris, en grec et en latin, l'an- née i6o3, et y joignit quelques notes. La version latine qu'il employa est celle que Jean Cor— diversis argumentis à me conscriptos narius avait publiée à Bâle l'an habere uidisti. Etenim Ephesum con- ^». ^, r, •♦ r„;i- „„ tisit ipsamperseipsam celebrem esse, 1539. Artemidore avait tait un.Vz^uperr^Me »m/i05 prœdaros et fide dignos prœcones nancisci: Daldia au- tem Lydiœ oppidulum non i^aldè cla- rum, propterea qubd ejusmodi uiros non est nactum, usque ad me penitùs ignobile permansit. Quapropter ipsi quod mihi a maire patria existit, hcec in nutritiorum. uicent rependo. Il fallait s'en tenir à cette raison, et n'en pas chercher deux autres comme a fait M. Rigaut: l'une prise de ce qu'A- pollon avait inspiré à Artemidore dans la ville de Daldia le dessein d'expliquer les songes; l'autre prise de ce qu'y ayant un autre Artemi- dore d'Ephèse, il fallait que l'inter- prète des songes ne se donnât pas le surnom d'Ephésien, occupé déjà par l'autre (3). Cette dernière raison, plus mauvaise que la précédente, a été adoptée pourtant par un homme de mérite (4). Artemidore la réfute (2) Artemid., lib. Jll, sub fin. pag. igî.

(3) Kigalt., Not. in Artemidor., pag. i.

(4) M. de Tillemonl, au II'. tome de f Hisl. des Empereurs, II'. pari.,pag. 73i, édit. de Biuxelles.

traité des Augures, et un autre de la Chiromance. On ne les a point (H). TertuUien ne l'a point cité dans l'endroit oii il cote plusieurs auteurs oniro critiques (d); mais Lucien ne l'oublie pas, quoiqu'il ne nomme que deux écrivains de cette espèce (e).

(c) Idem, sub fil., lib. II, pag. i6l.

{d) C'est-à-dire, interprètes des songes. Foyez ce passage de Terlullien ci-dessous, citation (i^).

(e) Lucian., in Philopatr.

(A) // s'est donné le surnom de Dal- dianus, afin de faire honneur à la patrie de sa mère (iV ] « Ephèse, dit- » il, d'où à la tête de plusieurs livres » j'ai déclaré que j'étais, est assez il- » lustre j)ar elle-même, et par les » louanges que plusieurs personnes « dignes de foi lui ont données j mais (i) Daldia, petite ville dans la Lydie.

ARTÉMIDORE.

lui-même invinciblement, puisqu'il déclare qu'il s'est dit d'ÉpIièse dans un grand nombre de livres. Il ne songeait donc pas à empêcher que l'on ne le confondît avec Artémidore le géographe. On le connaissait sans doute beaucoup mieux en qualité d'Ephésien, qu'en qualité de Dal- dien (5).

(B) JEn traînaillant sur les songes il a choisi un sujet très - indigne d'un homme de jugement. ] Quand on ne serait point convaincu par sa propre expérience, qu'il n'y a rien de plus <;onfus, ordinairement parlant (6), que les idées qu'on appelle songes, il ne faudrait que considérer les propres maximes de cet auteur, pour être fersuadé que son art ne mérite pas attention d'un homme sage. Il n'y a point de songe qu'Arlémidore ait ex- pliqué d'une certaine manière, qui ne puisse souffrir une explication toute différente; et cela, avec la même ])robabilité, et avec des rapports aussi naturels pour le moins, que ceux qui servent de fondement à cet interprète. Je ne dis rien du tort que l'on fait aux intelligences, à la direc- tion desquelles il faut nécessairement que l'on attribue nos songes, si l'on veut y trouver un présage àe l'avenir. Quelle manière d'enseigner leur donne- t-on! Qu'elle serait indigne de leurs lumières, de leur gravité, en un mot de ce qu'elles sont! Si elles ne savent pas mieux instruire, quelle igno- rance! si elles ne veulent pas mieux instruire, quelle malignité (7)! Ne pourrait-on pas se plaindre mille fois de son bon ange, aussi-bien que de son mauvais génie, par ces paroles d'Enée: £uid nalum ioiies crudelis lu quoque falsis udis imaginibus (8)?

Ce qui me passe, c'est de voir qu'Ar- lémidore ait tant travaillé à se per- suader une doctrine qui pouvait lui causer mille chagrins: car ne devait-il pas craindre de songer ce que son art lui montrait coiume un songe de mau- (5) Lucien, dans le Philopatr., le cite 'AfiTifJi.iSaipov Tov 'Ecpêcriov.

(6) On ne prétend rien dire contre les songes extraordinaires dont il est parlé dans VEcriture.

(7) Conferea avec ceci les Réflexions d'KKTi.- BAN, yîii d'Hysltispe. Voyet, la remarque (Oj de iOn article.

vais augure? Il avait trouve' par se^ recherches que, quand un voyageur songe qu'il a perdu la clef du logis, c'est un signe qu'on lui a débauché sa fdle (9). Si Artémidore eût fait un tel songe hors de chez lui, n'eût-il pas cru qu'on laissait aller le chat au fromage dans sa maison? Aurait-il eu bien à faire de savoir cela? N'eût-il pas bien mieux valu que cette pensée ne fût pas venue? Il nous conte qu'ayant songé que sa femme lui avait fait des in- sultes (10), il en fut le lendemain tout troublé, quand il vit venir vers lui un homme qui n'était pas de ses amis. Voilà comment, par la vertu de son Onirocrisie, il convertissait un mal imaginaire en un mal réel.