SigPhi · Théodule-Armand Ribot

Les maladies de la mémoire

French

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aussi à se rappeler qu’il a été la veille à Versailles, n is d’une manière si incertaine qu’il avoue que si on lui f- lîrmait bien positivement le contraire, il serait disf sé à le croire. Cependant, le retour de la mémoire s’oi- rant toujours de plus en plus, il acquiert dans la so 5e la conviction intime d’avoir été à Versailles. Mais est là que s’arrête pour ce jour le progrès du souve r. 11 se couche sans pouvoir se rappeler ce qu’il a fa à Versailles, comment il est revenu à Paris, ni comirat il a reçu la lettre de son père.

« Le 2 décembre, après une nuit d’un sommeil ta- quille, il se rappelle dès son réveil successivemenoe qu’il a fait à Versailles, comment il en est reveniet qu’il a trouvé la lettre de son père sur la chemiie, Mais tout ce qu’il a fait vu ou entendu le 1®' déceirre avant sa chute, il l’ignore encore aujourd’hui, c’k- à-dire qu’il n’en a pas la connaissance par lui-mêe, mais seulement par des témoins.

« Cette perte de la mémoire a été, comme disentes mathématiciens, en raison inverse du temps qui ist écoulé entre les actions et la chute, et le retour d^la mémoire a été dans un ordre déterminé du plus in au plus proche. » Cette observation, faite sans esprit de système pain, homme qui paraît très surpris de ce qu’il const,e, n’est-elle pas probante à souhait? A la vérité, rae s’agit ici que d’une amnésie temporaire et limie; mais on voit que, même dans ces étroites limites la, loi se vérifie. Je regrette, malgré un grand norijre de recherches et d’interrogations, de ne pouvoir nu.re plus de faits de ce genre sous les yeux du lecteui Si l’attention se porte de ce côté, j’espère qu’on eplé- couvrira d’autres.

LA LOI DE DÉGRESSION 99 En définitive, notre loi, tirée des faits, vérifiée par a contre-épreuve, peut être tenue pour vraie jusqu’à )reuve du contraire. On peut même la corroborer par ['autres considérations.

Cette loi si générale quelle soit par rapport à ta mé- noire, n’est qu’un cas particulier. d'une loi encore plus ;énérale, — d’une, loi biologique. C’est un fait bien ;onnu, dans le domaine de la vie, que les structures ormées les dernières sont les premières à dégénérer, l’est, dit un physiologiste, l’analogue de ce qui se passe lans les grandes crises commerciales. Les vieilles mai- ons résistent à l’orage; les nouvelles maisons, moins olides, croulent de tous côtés. Enfin, dans l’ordre iologique, la dissolution se fait dans l’ordre inverse de évolution: elle va du complexe au simple. Hughlings ackson le premier a montré en détail que les fonç¬ ons supérieures, complexes, spéciales, volontaires du fstème nerveux disparaissent les premières; que les mctions inférieures, simples, générales, automatiques isparaisent les dernières. Nous avons constaté ces deux lits dans la dissolution de la mémoire: le nouveau érit avant l’ancien, le complexe avant le simple. La li que nous avons formulée n’est donc autre chose ne l’expression psychologique d’une loi de la vie, et pathologie nous montre à son tour dans la mémoire 1 fait biologique.

L’élude des amnésies périodiques a fait entrer le jour ins notre sujet. En nous montrant comment la mé- oire se défait et se refait, elle nous fait comprendre qu’elle est. Elle nous a révélé une loi qui nous per- et pour le présent de nous orienter au milieu des imbreuses variétés morbides et qui nous permettra ug tard de les embrasser dans une vue d’ensemble.

LES MALADIES DE LA MÉMOIRE Sans essayer un résumé prématuré, rappelons ce qu a été vu plus haut: d’abord et dans tous les cas, aboi lion dessouvenirs récents; danslesamnésiespériodiques suspension de tou tes les formes delà mémoire, sauf celle qui sont semi-organisées et organiques; dans lesamn^ sies totales et temporaires, abolition complète, sauf de; formes organiques; dans un cas (Macnish), abolitio complète, y compris les formes organiques. Nous ver rons, dans le prochain chapitre, que les désordres/jnr tiels de la mémoire sont régis par cette même loi d régression et surtout le groupe le plus imiDortant: lej amnésies du langage.

La loi de régression étant admise, il resterait à dé, terminer comment elle agit. Je serai bref sur ce point n’ayant à proposer que des hypothèses.

Il serait puéril de supposer que les souvenirs se dé f posent dans le cerveau, sous forme de couches, pa ordre d’ancienneté, à la manière des stratification géologiques, et que la maladie, descendant de la surfac i aux couches profondes, agit comme un expérimenta « teur qui enlève tranche par tranche le cerveau d’u ( animal. Pour expliquer la marche du processus mor | bide, il nous faut recourir à l’hypothèse qui a été fait ■ plus haut sur les bases physiques de la mémoire. Je 1 rappellerai en quelques mots.

II est extrêmement vraisemblable que les souvenu: occupent le même siège anatomique que les impres t sions primitives et qu’ils exigent l’activité des même i éléments nerveux (cellules et fibres). Ceux-ci peuver - occuper des positions très diverses, depuis l’écorce d cerveau jusqu’à la moelle. La conservation et la re production dépendent: 1® d’une certaine modifica tion des cellules, 2" de la formation dégroupés plus o' LA LOI DE DÉGRESSION moins complexes que nous avons appelés des associa¬ tions dynamiques. Telles sont pour nous les bases ohysiques de la mémoire.

Les acquisitions primitives, celles qui datent de l’en- ’ance, sont les plus simples: formation des mouve- nenls secondaires automatiques, éducation de nos sens. Slles dépendent principalement du bulbe et des cen- ,res inférieurs du cerveau; et on sait qu’à cette époque le la vie, l’écorce cérébrale est imparfaitement déve- oppée. Indépendamment de leur simplicité, elles ont .outes les raisons possibles d’être les plus stables. J’abord, les impressions sont reçues par des éléments âerges. La nutrition est très active; mais ce renouvel- ement moléculaire incessant ne sert qu’à fixer les im- iressions; les molécules nouvelles remplaçant exacte- nent les anciennes, la disposition acquise des éléments lerveux finit par équivaloir à une disposition innée. )e plus, les associations dynamiques, formées entre es éléments, parviennent à l’état de fusion complète, ,;râce à des répétitions sans nombre. Il est donc inévi- able que ces premières acquisitions soient mieux con- ervées et plus facilement reproduites qu’aucune autre, .:u’elles constituent la forme la plus solide de la lémoire.

Tant que l’individu adulte reste à l’état sain, les npressions et les associations nouvelles, quoique d’un rdre beaucoup plus complexe que celles de l’enfance, nt encore de grandes chances de stabilité. Les causes ui viennent d’être énumérées agissent toujours, quoi- ue avec moins de force.

Mais si, par l’eflet de l’âge ou de la maladie, les con- itions changent; si les actions vitales, notamment la utrition, diminuent; si les pertes sont en excès; alors G.

LES MALADIES DE LA MÉMOIRE les impressions deviennent instables et les associations fragiles. Prenons un exemple. Un homme en est à cette période d’amnésie progressive où l’oubli des faits récents est très rapide. Il entend un récit; il voit un paysage ou un spectacle. L’événement psychique se réduit en dernière analyse à une somme d’impressions auditives ou optiques formant certains groupes très complexes. Dans ce nouveau récit ou ce nouveau spec tacle, il n’y a d’ordinaire qu’une seule chose nouvelle: le groupement, l’association. Les sons, les formes, les couleurs qui en sont la matière ont été déjà éprouvés et remémorés bien des fois dans le cours de la vie. Mais par suite de l’état morbide de l’encéphale, ce coiU' plexus nouveau ne parvient pas à se fixer: les élé' ments qui le composent font partie d’autres associa¬ tions ou groupes beaucoup plus stables, formés pendan la période de santé, souvent répétés. t!.ntre le corn plexus nouveau qui tend faiblement à s’établir et lei complexus anciens qui sont fortement établis, la lutti est très inégale. Il y a donc toutes les chances possiblen pour que les anciennes combinaisons soient suscitée plus tard, même au lieu et place de la nouvelle.

Ces indications suffisent. Remarquons d’ailleurs qui cette hypothèse sur la cause de l’amnésie progressif est d’importance secondaire. Qu'on l’accepte ou non cela ne change rien à la valeur de notre loi.

Il y a peu à dire des amnésies congénitales^' pai lerai pour ne rien omettre. Elles se rencontrent che les idiots, les imbéciles et un à de^ré plus faible che LA LOI DE RÉGRESSION ;:rétins. La plupart d’entre eux sont affligés d’une dé- é générale de la mémoire. Variable selon les indi- is, elle peut tomber si bas chez quelques-uns qu’elle ;1 impossibles l’acquisition et la conservation de ces dtudestrès simples qui constituent la routine jour- ;ère de la vie.

ais, si l’afTaiblissement général de la mémoire est ,;ègle, on l’encontre dans la pratique de fréquentes iîptions. Parmi ces infirmes, il y en a qui, dans un :iaine limité, ont une mémoire très remarquable, n a observé que, chez beaucoup d’idiots et d’imbé- 1;, les sens sont atteints inégalement: ainsi l’ouïe ît avoir une finesse et une précision supérieures, lis que les autres sens sont obtus. L’arrêt de déve- pement n’est pas uniforme sur tous les points. Il (t donc pas étonnant que l’affaiblissement général a mémoire coïncide chez le même homme avec olution et même rhjypertraphic d’une mémoire liçulière. Ainsi certains idiots, réfractaires à toute le impression, ont un goût très vif pour la musique euvent retenir un air qu’ils n’ont entendu qu’une tî fois. D’autres (le cas est plus rare) ont la mé- (•'•e des formes, des couleurs et montrent une cer- b aptitude pour le dessin. On rencontre plus Éuemment la mémoire des chiffres, des dates, des ) s propres, des mots en général. « Un imbécile se .]ielait le jour de chaque enterrement fait dans une ijiisse, depuis trente-cinq ans. Il pouvait répéter ' une invariable exactitude le nom et l’âge des dés, ainsi que les gens qui conduisaient le deuil. En irs de ce registre mortuaire, il n’avait pas une idée, pouvait répondre à la moindre question et n’était i même capable de se nourrir. » — Certains idiots, 104 LES MALADIES DE LA MÉMOIRE qui ne peuvent faire les calculs les plus éléinentais, répètent sans broncher toute la table de multiplicat i. D’autres récitent par cœur des pages qu’on leur a v prises et ne réussissent pas à connaître les lettreslc l’alphabet. Drobisch rapporte le fait suivant, dont a été témoin: Un garçon de quatorze ans presque iat avait eu beaucoup de peine à apprendre à lire II avait, néanmoins, une facilité merveilleuse pourret'ir l’ordre dans lequel les mots et les lettres se sui;- daient. Si on lui donnait deux ou trois minutes pir parcourir une page imprimée dans une langue qu’iie connaissait pas ou traitant de questions qu’il igi- rait, il était en état d’épeler de mémoire, les mots ai s’y trouvaient, absolument comme si le livre c,il resté ouvert devant lui t. L’existence de ces é- moires partielles est un fait si commun qu’on i a tiré parti pour l’éducation des idiots et des imbécile Il faut noter encore que certains idiots atteintsle manie ou de quelque autre maladie aiguë recouvint une mémoire temporaire. Ainsi « un idiot atteint clla rage raconta un fait assez compliqué dont il avaitté témoin longtemps auparavant et qui semblait n’a ir fait aucune impression sur lui ® ».

1. Drobisch, Empirische Psychologie, p. 93. Winslow, cité, p. 3iil. Falret, art. Amnésie, dans le Dictionn. encyclop les sciences méd. Le Df Herzen me communique le fait d’un R se d’Arkangel) actuellement âgé de 27 ans atteint d’imbécillité la suite d’excès. Il n’a conservé des brillantes facultés de son o- lescence qu’une mémoire extraordinaire, pouvant faire insu* tanément les opérations les plus difficiles d’aritlimétiquel d’algèbre et répéter mot pour mot de longues poésies, aprè es avoir lues ou entendues une seule fois.

2. Voir sur ce sujet l’ouvrage de Ircland, On Idiocy and /re* - ciliLy. London, 1877.

3. Griesinger, ouvrage cité, p. 431.

LA LOI DE RÉGRESSION 105 )ans les amnésies congénitales, ce sont les excep- is qui instruisent. La loi ne fait que confirmer cette iité banale; la mémoire dépend de la constitution I cerveau, qui, chez les idiots et les imbéciles, est )rmale. Mais la formation de ces mémoires limitées, j'tielles, aide à comprendre certains désordres dont us n’avons pas encore parlé. J’incline à croire que ,jde méthodique de ce qui se produit chez les idiots imettrait de déterminer les conditions anatomiques . hysiologiques de la mémoire. Nous reviendrons sm’ :)oint dans le chapitre suivant.

CHAPITRE III LES AMNÉSIES PARTIELLES 1 L’étude des amnésies partielles suppose avant tit quelques remarques sur les variétés de la mémoi. Sans ces remarques préliminaires, les faits que n.s allons rapporter paraissent inexplicables et mêmen peu merveilleux. Qu’un homme perde la seule li moire des mots, qu’il oublie une seule langue etc: serve les autres, ou bien qu’une langue oubliée depis longtemps lui revienne brusquement, qu’il soit pré de sa mémoire musicale et d’elle seule: ce son à des événements si bizarres au premier abord que, ss n’avaient été constatés par les observateurs les pis scrupuleux, on serait tenté de les reléguer parmi is fables. Si, au contraire, on s’est fait une idée exa'e de ce qu’il faut entendre par ce mot mémoire, tou'e merveilieux s’évanouit et ces faits, loin de surprend;, apparaissent comme la conséquence naturelle. Ici- que, d’une influence morbide.

L’emploi du mot mémoire comme terme général t LES AMNÉSIES PARTIELLES l’une justesse irréprochable. 11 désigne une propriété onimune à tous les êtres sentants et pensants: la pos- ibilité de conserver les impressions et de les repro- uire. Mais l’histoire de la psychologie montre qu’on st trop porté à oublier que ce terme général, comme out autre, n’a de réalité que dans les cas particuliers; [ue la mémoire se résout en des mémoires, tout omme la vie d’un organisme se résout dans la vie des rganes, des tissus, des éléments anatomiques qui le omposent. « L’ancienne erreur, encore admise, qui onsiste à traiter la mémoire comme une faculté ou ne fonction indépendante qui aurait un organe ou un iège distinct, vient, dit un psychologue contemporain, e l’incurable tendance à personnifier une abstraction. U lieu de reconnaître que c’est une expression abré- iative pour désigner ce qui est commun à tous les lits concrets de souvenir ou à la somme de ces faits, lusieurs auteurs lui supposent une existence indépen- Tandis que l’expérience vulgaire a noté depuis long- raps l’inégalité naturelle des diverses formes de la lémoire chez le même homme, les psychologues ne en sont pas préoccupés ou l’ont niée de parti pris, ugald Stewart affirme sérieusement « que ces diffé- mces qui nous frappent doivent être imputées en •ande partie à des différences d’habitude dans l’em- oi de l’attention ou au choix que fait l’esprit entre .3 événements ou les objets offerts à la curiosité *. » ntl le premier réagissant contre cette tendance assigna ■ chaque faculté sa mémoire propre et nia l’exis- .. Lewes, Problems of Life and Mind, S* volume, p. 119.

LES MALADIES DE LA MÉMOIRE tence de la mémoire comme faculté indépendant(.

La psychologie contemporaine, plus soucieuse ce l’ancienne de ne rien omettre, plus préoccupée des exc tions qui instruisent, a relevé un nombre considéra e de faits qui ne laissent aucun doute sur l’inégaUté na - relie des mémoires chez le même individu. Taine ea donné de nombreux et excellents exemples. Rappel s les peintres comme Horace Vernet et Gustave D é qui peuvent faire un portrait de mémoire; les joues d’échecs qui jouent mentalement une ou plusieurs fr- ties; les petits calculateurs prodiges comme Zé li Collburn qui « voient leurs calculs devant le's yeux ^ »; l’homme cité par Lewes qui, « après a\> parcouru une rue longue d’un demi-mille, pouvait é i- mérer toutes les boutiques dans leur position ru- tive »; Mozart notant le Miserere de la chapelle S - tine, après l’avoir entendu deux fois. Je renvoie pir plus de détails aux traités spéciaux ® n’ayant pa à traiter ici cette question. Il me suffit que le lect r tienne ces inégalités de la mémoire pour bien établi. i Voyons comment elles s’expliquent; nous verrons i-« suite ce qu’elles expliquent.

Que supposent ces mémoires partielles? — Le dé;- loppement particulier d’un certain sens avec les str;- tures anatomiques qui en dépendent.

Pour être plus clair, prenons un cas particuli!, 1. Gall, Fonctions du cerveau, t. I.

2. J’ai eu occasion de noter que plusieurs calculateursia, voient pas leurs chiffres ni leurs calculs, mais qu’ils les « ena dent ». Il importe peu pour notre thèse que les images soit visuelles ou auditives.

3. Taine, De l’Intelligence, t. I, l” partie, liv. ii, ch. i, § Ln^B, Le cerveau et ses fonctions, p. 120. Lewes, ^oc. cit.

LES AMNÉSIES PARTIELLES une bonne mémoire visuelle. Elle a pour condition une bonne structure de l’œil, du nerf optique et des par¬ ties de l’encéphale qui concourent à l’acte delà vision c’est-à-dire (d’après les notions anatomiques généra lement admises) de certaines portions de la protubé¬ rance, des pédoncules, de la couche optique, des hémisphères cérébraux. Ces structures, supérieures par hypothèse à la moyenne, sont parfaitement adap¬ tées à recevoir et à transmettre les impressions. Par suite, les modifications que subissent les éléments ner¬ veux ainsi que les associations dynamiques qui se for¬ ment entre eux (ce sont là, nous l’avons répété plu¬ sieurs fois, les bases de la mémoire) doivent être plus stables, plus nettes, plus faciles à raviver que dans un xutre cerveau. En somme, dire qu’un organe visuel i une bonne constitution anatomique et physiologi¬ que, c’est dire qu’il présente les conditions d’une bonne némoire visuelle..-i i -j.

On peut aller plus loin et faire remarquer que ce erme « une bonne mémoire visuelle » est encore trop .arge. L’observation journalière ne nous montre-t-elle las que l’un se rappelle mieux les formes, un autre les ouleurs? Il est vraisemblable que la première mé¬ moire dépend surtout de la sensibilièé musculaire de œil, la seconde de la^étine et des appareils ner- eux qui s’y rattachent.

Ces remarques sont applicables à l’ouïe, l’odorat, au oùt, et à ces formes diverses de la sensibilité que on comprend sous le nom général de toucher, en un iiot à toutes les perceptions des sens.

Si l’on réfléchit aux relations intimes qui existent lire les sentiments, les émotions, la sensibilité en liiiéral et la constitution physique de chaque homme UiiioT. — Mémoire. 7 no LES MALADIES DE LA MÉMOIRE si l’on considère combien ces états physiques dépen dent des organes de la vie animale, on comprendr •- que ces organes jouent à quelques égards le mêm i rôle pour les sentiments que les organes des sens pou,; les perceptions. Par suite des différences de conslitu tion, les impressions transmises peuvent être faibles] jji intenses, stables, fugitives: autant de conditions qp 4 modifient la mémoire des sentiments. La préponde ^ rence d’un système d’organes (ceux de la génératio par exemple) crée une supériorité pour un groupe d _ souvenirs. i )| Restent les états psychiques d’un ordre supérieur les idées abstraites, les sentiments complexes. Ils n il peuvent être rattachés immédiatement à aucun oi « gane; le siège de leur production et de leur reproduc ij tion n’a pu être localisé jusqu’ici d’une manière pré ( cise. Mais, comme ils résultent sans aucun doute d’un i association ou d’une dissociation des états primitifs I nous n’aA'ons aucune raison de supposer que, en c a qui les concerne, les choses se passent différera a ment. I I Tout ce qui précède peut donc se résumer en ce termes: Chez le même homme, un développemen 4 inégal des divers sens et des divers organes pro': duit des modifications inégales dans les parties appro < priées du système nerveux, par suite des condition J inégales de souvenir, par suite des variétés de mé ) moire. Il est même vraisemblable que l’inégalité de > mémoires, dans le même homme, est la règle, no)l \ l’exception. Gomme nous n’avons pas de procédé! 4 exacts pour les doser séparément et les comparer entr;i elles, nous ne donnons ce qui précède que comme un j conjecture, sans pouvoir toutefois renoncer à croir j LES AMNÉSIES PARTIELLES IH [ue l’on ne constate pas tous les cas d’inégalité, mais implement ceux qui dénotent une grande dispropor- ion, — L’antagonisme qui existe entre diverses tor¬ ies de mémoire nous fournirait encore une preuve idirecte: c’est un point sur lequel il y aurait de cu- ieuses recherches à faire; mais il sort de notre ujet L — Enfin, qu’on n’objecte pas l’influence de jé^caü^— Il est clair qu’il faut en poider hèaucoup à )n compte; mais l’éducation ne s’applique guère u’aux dons que la nature met déjà en relief, et d’ail- urs, dans certains cas, il est certain qu’elle n’a pu )uer aucun rôle.

En psychologie, comme dans toute science de faits, est l’expérience qui décide en dernier ressort. Re¬ marquons cependant que l’indépendance relative des verses formes de la mémoire aurait pu s’établir par seul raisonnement. C’est, en effet, un corollaire des îux propositions générales qui suivent: 1® Tout sou- inir a son siège dans certaines parties déterminées ; l’encéphale. 2® L’encéphale et les hémisphères du rveau eux-mêmes « consistent en un certain nombre organes totalement différenciés, dont chacun pos- de une fonction propre, tout en restant dans la ■nnexion la plus intime avec les autres. » Cette der- ère proposition est maintenant admise par la plu- irt des auteurs qui étudient le système nerveux.

Je crains d’insister trop longuement. Dans la physio- .gie, en effet, la distinction des mémoires partielles d une vérité courante *; mais, dans la psychologie, la 1. Sur l’antagonisme des mémoires, voir Herbert Spencer, iincipes de Psychologie, t.!'■■, 232-242.

. Voir en particulier Ferrier, Fo7ictio7is du cerveau. Gratiolet [nat. comparée), etc., t. II, p. 460, faisait déjà remarquer « qu’à H2 LES MALADIES DE LA MÉMOIIIE méthode des « facultés » a si bien réussi à faire cons^ dérer la mémoire comme une unité que l’existence di'; mémoires partielles a été complètement oubliée o[ prise pour une anomalie. Il fallait ramener le lectei; à la réalité, lui rappeler qu’il n’y a, en dernière an; lyse, que des mémoires spéciales, ou, comme diseï i certains auteurs, locales. Nous acceptons volontie' cette dernière dénomination, à condition qu'on n’on blie pas qu’il s’agit ici d’une localisation disséminé suivant cette hypothèse des associations dynamiqu' dont nous avons si souvent parlé. On a souvent cor paré la mémoire à un magasin où toutes nos connai' sances seraient conservées dans des casiers. Si l’c veut conserver cette métaphore, il faudrait la pr, senter sous une forme plus active: comparer, p,' exemple, chaque mémoire particulière à une escouaô d’employés chargés d’un service spécial, exclus* L’une de ces escouades peut être supprimée sans q:' le reste du service en souffre d’une manière en ■quante. C’est ce qui arrive dans les désordres parti(| de la mémoire.

Après ces remarques préliminaires, entrons dans pathologie. Si, à l’état normal, les diverses formes t la mémoire ont une indépendance relative, il est na^ rel qu’à l’état morbide une forme disparaisse, les auti; restant intactes. C’est un fait qui doit maintenant noi i ■paraître simple, n’exiger aucune explication, puisqul ^ ■chaque sens correspond une mémoire qui lu: est corrélative t 'i, que l’intelligence a comme le corps ses tempéraments qui réS’ il •tent de la prédominance de tel ou tel ordre de sensations dai- j. l|es habitudes naturelles de l’esprit. » LKS AMNKSIKS PARTIELLES •suite de la nature même de la mémoire. Il est vrai je beaucoup de désordres partiels ne sont pas res- eints à un seul groupe de souvenirs. On ne s’en éton- îra guère, si l’on réfléchit à la solidarité intime de liutes les parties du cerveau, de leurs fonctions et des ats psychiques qui y sont liés. Nous trouverons ^pendant un certain nombre de cas où l’amnésie est en limitée.

Une étude complète des amnésies partielles consiste- :it à prendre l’une après l’autre les diverses manifes¬ tions de l’activité psychique et à montrer par des ;emple3 que chaque groupe de souvenirs peut dis- iraître, temporairement ou pour toujours. Nous mmes loin de pouvoir remplir ce plan. Nous ne pou- ms pas même dire si certaines formes ne sont jamais iteintes partiellement et ne disparaissent que dans cas de dissolution complète de la mémoire. Il faut ims résigner à attendre de l’avenir des documents nlhologiques plus amples ou plus probants.

A proprement parler, il n’existe qu’une forme amnésie partielle qu’on puisse étudier à fond: celle issignes (signes parlés et écrits, interjections, gestes). Ile est riche en faits de tout genre, explicable par la li formulée plus haut. La réservant pour une étude à ].rt, nous allons résumer se qu’on sait des autres imésies partielles.

« Quelques personnes, dit Calmeil *, ont perdu la Imité de reproduire certains tons ou certaines cou- l irs et ont été obligées de renoncer à la musique ou à 1 peinture. » D’autres perdent la seule mémoire des imbres, des figures, d’un langue étrangère, des noms . Dictionnaire en trente volurms, art, Aunésie, LES MALADIES DE LA MÉMOIRE propres, de l’existence de leurs plus proches parents Nous allons en donner quelques exemples.

On a souvent cité le cas de Holland qu’il a rapport lui-même dans sa Mental Pathology (p. 160): « J’éta: descendu le même jour dans deux mines profondes d • , Harz^ Etant dans la seconde mine, je me trouvai si ' épuisé par la fatigue et l’inanition qu’il me fut compL tement impossible de causer avec l’inspecteur alleman qui m’accompagnait. Tous les mots, toutes les phrasi r de lajangue allemande étaient sortis de ma mémoin i et je ne pus les recouvrer qu’après avoir pris un pe i de nourriture et de vin et m’être reposé quelqu temps. » Ce cas, quoique le plus connu, est loin d’être uniquf • Le Beattie rapporte qu’un de ses amis, ayant reç j un coup sur la tête, avait perdu tout ce qu’il savait d n grec, mais que par ailleurs sa mémoire ne paraissa avoir souffert en aucune façon. Cette perte de langui i acquises par l’étude a été souvent notée comme le ri, sultat de diverses fièvres. ' « De même pour la musique. Un enfant, après s’êti '■ violemment heurté le tête, reste trois jours inconscien En revenant à lui, il avait oublié tout ce qu’il savait d \ musique. Rien autre n’avait été perdu h » — Il y i des cas plus compliqués. Un malade qui avait compli t tement oublié la valeur des notes musicales pouva 3 jouer un air après l’avoir entendu. Un autre pouva i écrire des notes, même composer, reconnaître un mélodie à l’audition; mais il était incapable déjoué | en regardant les notes — Ces faits, qui nous mon 2. Kussmaiil, Die Stôrungen der Sprache, p. 181; Proust, Ai i chives générales de médecine, 1872.

i LES AMNÉSIES PARTIELLES H5 rent la complexité de nos opérations mentales, en ipparence les plus simples, seront étudiés plus loin *.

Dans certains cas, on voit disparaître momentané- nent les souvenirs les mieux organisés, les plus sta- )les, tandis que d’autres, qui présentent le même :aractère, restent intacts. Ainsi Abercrombie raconte [u’un chirurgien jeté à bas de son cheval et blessé à a tête, donna, dès qu’il fut revenu à lui, les instructions es plus minutieuses sur la manière de le traiter. Pai :ontre, il ne se souvenait plus d’avoir une femme et les enfants, et cet oubli persista pendant trois jours *. '■’aut-il expliquer ce fait par l'automatisme mental? Le hirurgien, même à demi insensible, retrouve ses con- laissances professionnelles.

Certains malades perdent complètement la mémoire les noms propres, même du leur. Nous verrons plus oin, en étudiant l’amnésie des signes dans son évolu- ion complète, — ce qu’on peut remarquer d’ailleurs :hez les vieillards, — que les noms propres sont tou- ours ceux qui s’oublient le plus vite. Dans les cas sui¬ vants, cet oubli était le symptôme d’un ramollisse-* nent cérébral.

Un homme ne pouvant retrouver le nom d’un ami ;n est réduit à conduire son interlocuteur devant la )orte où ce nom est inscrit sur une plaque de uivre. Un autre, après une attaque d’apoplexie, ne )eut se rappeler le nom d’aucun de ses amis, mais les tésigne correctement par leur âge. — M. von B..., imbassadeur à Madrid, puis à Saint-Pétersbourg, se rouve, au début d’une visite, obligé de décliner son 2. Abercrouibie, Essay on intelleclual Powers, 156.

H6 LES MALADIES DE LA MÉMOIRE nom aux domestiques, le cherche vainement, s'adressi à son compagnon: « Pour l’amour de Dieu, dites-mo qui je suis. ® Cette question excite le rire. Il insiste e la visite finit là h Chez d’autres, l’atlaque d’apoplexie n’est suivie qui d’une amnésie des nombres. — Un voyageur longtemp; exposé au froid éprouva un grand affaiblissement de h mémoire. Il ne pouvait plus calculer de lui-même n retenir pendant une minute le moindre calcul.