SigPhi · Voltaire

Dictionnaire philosophique

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Du fier meurtrier de Clitus: Vous verrez un roi respectable, Humain, généreux, équitable, Un roi digne de vos autels; Mais, à la place de Socrate.

Le fameux vainqueur de l’Euphrate Sera le dernier des mortels.

Ce couplet est une courte dissertation sur le mérite personnel d’Alexandre et de Socrate: c’est un sentiment particulier, un paradoxe. Il n’est point vrai qu’Alexandre sera le dernier des mortels. Le héros qui vengea la Grèce, qui subjugua l’Asie, qui pleura Darius, qui punit ses meurtriers, qui respecta la famille du vaincu, qui donna un trône au vertueux Abdolonyme, qui rétablit Porus, qui bâtit tant de villes en si peu de temps, ne sera jamais le dernier des mortels.

Tel qu’on nous vante dans l’histoire Doit peut-être toute sa gloire À la honte de son rival: L’inexpérience indocile Du compagnon de Paul-Émile Fit tout le succès d’Annibal.

Voilà encore une réflexion philosophique sans aucun enthousiasme. Et de plus, il est très-faux que les fautes de Varron aient fait tout le succès d’Annibal: la ruine de Sagonte, la prise de Turin, la défaite de Scipion père de l’Africain, les avantages remportés sur Sempronius, la victoire de Trébie, la victoire de Trasimène, et tant de savantes marches, n’ont rien de commun avec la bataille de Cannes, où Varron fut vaincu, dit-on, par sa faute. Des faits si défigurés doivent-ils être plus approuvés dans une ode que dans une histoire?

De toutes les odes modernes, celle où il règne le plus grand enthousiasme qui ne s’affaiblit jamais, et qui ne tombe ni dans le faux ni dans l’ampoulé, est le Timothée, ou la fête d’Alexandre, par Dryden: elle est encore regardée en Angleterre comme un chef-d’œuvre inimitable, dont Pope n’a pu approcher quand il a voulu s’exercer dans le même genre. Cette ode fut chantée; et si on avait eu un musicien digne du poëte, ce serait le chef-d’œuvre de la poésie lyrique.

Ce qui est toujours fort à craindre dans l’enthousiasme, c’est de se livrer à l’ampoulé, au gigantesque, au galimatias. En voici un grand exemple dans l’ode sur la naissance d’un prince du sang royal: Où suis-je? quel nouveau miracle Tient encor mes sens enchantés?

Quel vaste, quel pompeux spectacle Frappe mes yeux épouvantés!

Un nouveau monde vient d’éclore: L’univers se reforme encore Dans les abîmes du chaos; Et pour réparer ses ruines, Je vois des demeures divines Descendre un peuple de héros.

(J.-B. Rousseau, Ode sur la naissance du duc de Bretagne Nous prendrons cette occasion pour dire qu’il y a peu d’enthousiasme dans l’Ode sur la prise de Namur.

Le hasard m’a fait tomber entre les mains une critique très-injuste du poëme des Saisons, de M. de Saint-Lambert, et de la traduction des Géorgiques, de Virgile, par M. Delille. L’auteur, acharné à décrier tout ce qui est louable dans les auteurs vivants, et à louer ce qui est condamnable dans les morts, veut faire admirer cette strophe: Je vois monter nos cohortes La flamme et le fer en main.

Et sur les monceaux de piques, De corps morts, de rocs, de briques, S’ouvrir un large chemin.

(Boileau, Ode sur la prise de Namur.)

Il ne s’aperçoit pas que les termes de piques et de brigues font un effet très-désagréable; que ce n’est point un grand effort de monter sur des briques, que l’image de briques est très-faible après celle des morts; qu’on ne monte point sur des monceaux de piques, et que jamais on n’a entassé de piques pour aller à l’assaut; qu’on ne s’ouvre point un large chemin sur des rocs; qu’il fallait dire: « Je vois nos cohortes s’ouvrir un large chemin à travers les débris des rochers, au milieu des armes brisées, et sur des morts entassés; » alors il y aurait eu de la gradation, de la vérité, et une image terrible.

Le critique n’a été guidé que par son mauvais goût, et par la rage de l’envie qui dévore tant de petits auteurs subalternes. Il faut, pour s’ériger en critique, être un Quintilien, un Rollin; il ne faut pas avoir l’insolence de dire cela est bon, ceci est mauvais, sans en apporter des preuves convaincantes. Ce ne serait plus ressembler à Rollin dans son Traité des études: ce serait ressembler à Fréron, et être par conséquent très-méprisable.

ENVIE.

On connaît assez tout ce que l’antiquité a dit de cette passion honteuse, et ce que les modernes ont répété. Hésiode est le premier auteur classique qui en ait parlé: « Le potier porte envie au potier, l’artisan à l’artisan, le pauvre même au pauvre, le musicien au musicien (ou, si l’on veut donner un autre sens au mot Aoidos, le poëte au poëte). » Longtemps avant Hésiode, Job avait dit: L’envie tue les petits.

Je crois que Mandeville, auteur de la Fable des Abeilles est le premier qui ait voulu prouver que l’envie est une fort bonne chose, une passion très-utile. Sa première raison est que l’envie est aussi naturelle à l’homme que la faim et la soif; qu’on la découvre dans tous les enfants, ainsi que dans les chevaux et dans les chiens. Voulez-vous que vos enfants se haïssent, caressez l’un plus que l’autre: le secret est infaillible.

Il prétend que la première chose que font deux jeunes femmes qui se rencontrent est de se chercher des ridicules, et la seconde de se dire des flatteries.

Il croit que sans l’envie les arts seraient médiocrement cultivés, et que Raphaël n’aurait pas été un grand peintre s’il n’avait pas été jaloux de Michel-Ange.

Mandeville a peut-être pris l’émulation pour l’envie; peut-être aussi l’émulation n’est-elle qu’une envie qui se tient dans les bornes de la décence.

Michel-Ange pouvait dire à Raphaël: Votre envie ne vous a porté qu’à travailler encore mieux que moi; vous ne m’avez point décrié, vous n’avez point cabale contre moi auprès du pape, vous n’avez point tâché de me faire excommunier pour avoir mis des borgnes et des boiteux en paradis, et de succulents cardinaux avec de belles femmes nues comme la main en enfer, dans mon tableau du jugement dernier. Allez, votre envie est très-louable; vous êtes un brave envieux, soyons bons amis.

Mais si l’envieux est un misérable sans talents, jaloux du mérite comme les gueux le sont des riches; si, pressé par l’indigence comme par la turpitude de son caractère, il vous fait des Nouvelles du Parnasse des Lettres de madame la comtesse, des Années littéraires, cet animal étale une envie qui n’est bonne à rien, et dont Mandeville ne pourra jamais faire l’apologie.

On demande pourquoi les anciens croyaient que l’œil de l’envieux ensorcelait les gens qui le regardaient. Ce sont plutôt les envieux qui sont ensorcelés.

Descartes dit que « l’envie pousse la bile jaune qui vient de la partie inférieure du foie, et la bile noire qui vient de la rate, laquelle se répand du cœur par les artères, etc. » Mais comme nulle espèce de bile ne se forme dans la rate, Descartes, en parlant ainsi, semblait ne pas trop mériter qu’on portât envie à sa physique.

Un certain Voët ou Voëtius, polisson en théologie, qui accusa Descartes d’athéisme, était très-malade de la bile noire; mais il savait encore moins que Descartes comment sa détestable bile se répandait dans son sang.

M Pernelle a raison: Les envieux mourront, mais non jamais l’envie.

(Tartuffe, acte V, scène iii.)

Mais c’est un bon proverbe, qu’il vaut mieux faire envie que pitié. Faisons donc envie autant que nous pourrons.

ÉPIGRAMME.

Ce mot veut dire proprement inscription; ainsi une épigramme devait être courte. Celles de l’Anthologie grecque sont pour la plupart fines et gracieuses; elles n’ont rien des images grossières que Catulle et Martial ont prodiguées, et que Marot et d’autres ont imitées. En voici quelques-unes traduites avec une brièveté dont on a souvent reproché à la langue française d’être privée. L’auteur est inconnu.

Sur les sacrifices à Hercule.

Un peu de miel, un peu de lait, Rendent Mercure favorable; Hercule est bien plus cher, il est bien moins traitable; Sans deux agneaux par jour il n’est point satisfait.

On dit qu’à mes moutons ce dieu sera propice.

Qu’il soit béni! mais entre nous, C’est un peu trop en sacrifice: Qu’importe qui les mange, ou d’Hercule ou des loups?

Sur Laïs, qui remit son miroir dans le temple de Vénus.

Je le donne à Vénus puisqu’elle est toujours belle; Il redouble trop mes ennuis: Je ne saurais me voir dans ce miroir fidèle Ni telle que j’étais, ni telle que je suis.

Sur une statue de Vénus.

Oui, je me montrai toute nue.

Au dieu Mars, au bel Adonis, À Vulcain même, et j’en rougis; Mais Praxitèle, où m’a-t-il vue?

Sur une statue de Niobé.

Le fatal courroux des dieux Changea cette femme en pierre; Le sculpteur a fait bien mieux: Il a fait tout le contraire.

Sur des fleurs, à une fille grecque qui passait pour être fière.

Je sais bien que ces fleurs nouvelles Sont loin d’égaler vos appas; Ne vous enorgueillissez pas: Le temps vous fanera comme elles.

Sur Léandre, qui nageait vers la tour d’Héro pendant une tempête (Épigramme imitée depuis par Martial.)

Léandre, conduit par l’Amour, En nageant, disait aux orages: Laissez-moi gagner les rivages, Ne me noyez qu’à mon retour.

À travers la faiblesse de la traduction, il est aisé d’entrevoir la délicatesse et les grâces piquantes de ces épigrammes. Qu’elles sont différentes des grossières images trop souvent peintes dans Catulle et dans Martial!

At nunc pro cervo mentula supposita est.

(Martial, III, 91.)

Teque puta cunnos, uxor, habere duos.

(Martial, XI, 44.)

Marot en a fait quelques-unes, où l’on retrouve toute l’aménité de la Grèce.

Plus ne suis ce que j’ai été Et ne le saurois jamais être; Mon beau printemps et mon été Ont fait le saut par la fenêtre.

Amour, tu as été mon maître, Je t’ai servi sur tous les dieux.

Ô! si je pouvois deux fois naître, Comment je te servirois mieux!

Sans le printemps et l’été qui font le saut par la fenêtre, cette épigramme serait digne de Callimaque.

Je n’oserais en dire autant de ce rondeau, que tant de gens de lettres ont si souvent répété: Au bon vieux temps un train d’amour régnoit Qui sans grand art et dons se démenoit, Si qu’un bouquet donné d’amour profonde C’était donner toute la terre ronde, Car seulement au cœur on se prenoit; Et si par cas à jouir on venoit, Savez-vous bien comme on s’entretenoit?

Vingt ans, trente ans; cela duroit un monde Au bon vieux temps.

Or est perdu ce qu’amour ordonnoit, Rien que pleurs feints, rien que changes on n’oit.

Qui voudra donc qu’à aimer je me fonde, Il faut premier que l’amour on refonde, Et qu’on la mène ainsi qu’on la menoit Au bon vieux temps.

Je dirais d’abord que peut-être ces rondeaux, dont le mérite est de répéter à la fin de deux couplets les mots qui commencent ce petit poëme, sont une invention gothique et puérile, et que les Grecs et les Romains n’ont jamais avili la dignité de leurs langues harmonieuses par ces niaiseries difficiles.

Ensuite je demanderais ce que c’est qu’un train d’amour qui règne, un train qui se démène sans dons. Je pourrais demander si venir à jouir par cas sont des expressions délicates et agréables; si s’entretenir et se fonder à aimer ne tiennent pas un peu de la barbarie du temps, que Marot adoucit dans quelques-unes de ses petites poésies.

Je penserais que refondre l’amour est une image bien peu convenable; que si on le refond on ne le mène pas; et je dirais enfin que les femmes pouvaient répliquer à Marot: Que ne le refonds-tu toi-même? quel gré te saura-t-on d’un amour tendre et constant, quand il n’y aura point d’autre amour?

Le mérite de ce petit ouvrage semble consister dans une facilité naïve; mais que de naïvetés dégoûtantes dans presque tous les ouvrages de la cour de François I!

Ton vieux couteau, Pierre Martel, rouillé, Semble ton v.. jà retrait et mouillé; Et le fourreau tant laid où tu l’engaînes, C’est que toujours as aimé vieilles gaines.

Quant à la corde à quoi il est lié, C’est qu’attaché seras et marié.

Au manche aussi de corne connoît-on Que tu seras cornu comme un mouton.

Voilà le sens, voilà la prophétie De ton couteau, dont je te remercie.

Est-ce un courtisan qui est l’auteur d’une telle épigramme? est-ce un matelot ivre dans un cabaret? Marot, malheureusement, n’en a que trop fait dans ce genre.

Les épigrammes qui ne roulent que sur des débauches de moines et sur des obscénités sont méprisées des honnêtes gens; elles ne sont goûtées que par une jeunesse effrénée, à qui le sujet plaît beaucoup plus que le style. Changez l’objet, mettez d’autres acteurs à la place, alors ce qui vous amusait paraîtra dans toute sa laideur.

ÉPIPHANIE.

La visibilité, l’apparition, l’illustration, le reluisant.

On ne voit pas trop quel rapport ce mot peut avoir avec trois rois, ou trois mages, qui vinrent d’Orient conduits par une étoile. C’est apparemment cette étoile brillante qui valut à ce jour le titre d’Épiphanie.

On demande d’où venaient ces trois rois? en quel endroit ils s’étaient donné rendez-vous? Il y en avait un, dit-on, qui arrivait d’Afrique: celui-là n’était donc pas venu de l’Orient. On dit que c’étaient trois mages; mais le peuple a toujours préféré trois rois. On célèbre partout la fête des rois, et nulle part celle des mages. On mange le gâteau des rois, et non pas le gâteau des mages. On crie le roi boit! et non pas le mage boit.

D’ailleurs, comme ils apportaient avec eux beaucoup d’or, d’encens et de myrrhe, il fallait bien qu’ils fussent de très-grands seigneurs. Les mages de ce temps-là n’étaient pas fort riches. Ce n’était pas comme du temps du faux Smerdis.

Tertullien est le premier qui ait assuré que ces trois voyageurs étaient des rois. Saint Ambroise et saint Césaire d’Arles tiennent pour les rois; et on cite en preuve ces passages du psaume lxxi: « Les rois de Tarsis et des îles lui offriront des présents. Les rois d’Arabie et de Saba lui apporteront des dons. » Les uns ont appelé ces trois rois Magalat, Galgalat, Saraïm; les autres, Athos, Satos, Paratoras. Les catholiques les connaissaient sous le nom de Gaspard, Melchior, et Balthasar. L’évêque Osorius rapporte que ce fut un roi de Cranganor dans le royaume de Calicut qui entreprit ce voyage avec deux mages, et que ce roi, de retour dans son pays, bâtit une chapelle à la sainte Vierge.

On demande combien ils donnèrent d’or à Joseph et à Marie? Plusieurs commentateurs assurent qu’ils firent les plus riches présents. Ils se fondent sur l’Évangile de l’enfance dans lequel il est dit que Joseph et Marie furent volés en Égypte par Titus et Dumachus. Or, disent-ils, on ne les aurait pas volés s’ils n’avaient pas eu beaucoup d’argent. Ces deux voleurs furent pendus depuis; l’un fut le bon larron, et l’autre le mauvais larron. Mais l’Évangile de Nicodème leur donne d’autres noms: il les appelle Dimas et Gestas.

Le même Évangile de l’enfance dit que ce furent des mages et non pas des rois qui vinrent à Bethléem; qu’ils avaient été à la vérité conduits par une étoile; mais que l’étoile ayant cessé de paraître quand ils furent dans l’étable, un ange leur apparut en forme d’étoile pour leur en tenir lieu. Cet Évangile assure que cette visite des trois mages avait été prédite par Zoradasht, qui est le même que nous appelons Zoroastre.

Suarez a recherché ce qu’était devenu l’or que présentèrent les trois rois, ou les trois mages. Il prétend que la somme devait être très-forte, et que trois rois ne pouvaient faire un présent médiocre. Il dit que tout cet argent fut donné depuis à Judas, qui, servant de maître-d’hôtel, devint un fripon et vola tout le trésor.

Toutes ces puérilités n’ont fait aucun tort à la fête de l’Épiphanie, qui fut d’abord instituée par l’Église grecque, comme le nom le porte, et ensuite célébrée par l’Église latine.

ÉPOPÉE.

POËME ÉPIQUE.

Puisque épos signifiait discours chez les Grecs, un poëme épique était donc un discours; et il était en vers, parce que ce n’était pas encore la coutume de raconter en prose. Cela paraît bizarre, et n’en est pas moins vrai. Un Phérécide passe pour le premier Grec qui se soit servi tout uniment de la prose pour faire une histoire moitié vraie, moitié fausse, comme elles l’ont été presque toutes dans l’antiquité.

Orphée, Linus, Tamyris, Musée, prédécesseurs d’Homère, n’écrivirent qu’en vers. Hésiode, qui était certainement contemporain d’Homère, ne donne qu’en vers sa Théogonie et son poëme des Travaux et des Jours. L’harmonie de la langue grecque invitait tellement les hommes à la poésie, une maxime resserrée dans un vers se gravait si aisément dans la mémoire, que les lois, les oracles, la morale, la théologie, tout était en vers.

D’HÉSIODE.

Il fit usage des fables qui depuis longtemps étaient reçues dans la Grèce. On voit clairement, à la manière succincte dont il parle de Prométhée et d’Épiméthée, qu’il suppose ces notions déjà familières à tous les Grecs. Il n’en parle que pour montrer qu’il faut travailler, et qu’un lâche repos dans lequel d’autres mythologistes ont fait consister la félicité de l’homme est un attentat contre les ordres de l’Être suprême.

Tâchons de présenter ici au lecteur une imitation de sa fable de Pandore, en changeant cependant quelque chose aux premiers vers, et en nous conformant aux idées reçues depuis Hésiode: car aucune mythologie ne fut jamais uniforme: Prométhée autrefois pénétra dans les cieux.

Il prit le feu sacré, qui n’appartient qu’aux dieux.

Il en fit part à l’homme; et la race mortelle De l’esprit qui meut tout obtint quelque étincelle.

« Perfide! s’écria Jupiter irrité, Ils seront tous punis de ta témérité. » Il appela Vulcain; Vulcain créa Pandore.

De toutes les beautés qu’en Vénus on adore Il orna mollement ses membres délicats; Les Amours, les Désirs, forment ses premiers pas.

Les trois Grâces et Flore arrangent sa coiffure, Et mieux qu’elles encore elle entend la parure.

Minerve lui donna l’art de persuader; La superbe Junon celui de commander.

Du dangereux Mercure elle apprit à séduire, À trahir ses amants, à cabaler, à nuire; Et par son écolière il se vit surpassé.

Ce chef-d’œuvre fatal aux mortels fut laissé; De Dieu sur les humains tel fut l’arrêt suprême: Voilà votre supplice, et j’ordonne qu’on l’aime.

Il envoie à Pandore un écrin précieux; Sa forme et son éclat éblouissent les yeux.

Quels biens doit renfermer cette boîte si belle!

De la bonté des Dieux c’est un gage fidèle; C’est là qu’est renfermé le sort du genre humain.

Nous serons tous des dieux...Elle l’ouvre; et soudain Tous les fléaux ensemble inondent la nature.

Hélas! avant ce temps, dans une vie obscure, Les mortels moins instruits étaient moins malheureux; Le vice et la douleur n’osaient approcher d’eux; La pauvreté, les soins, la peur, la maladie, Ne précipitaient point le terme de leur vie.

Tous les cœurs étaient purs, et tous les jours sereins, etc.

Si Hésiode avait toujours écrit ainsi, qu’il serait supérieur à Homère!

Ensuite Hésiode décrit les quatre âges fameux, dont il est le premier qui ait parlé (du moins parmi les anciens auteurs qui nous restent). Le premier âge est celui qui précéda Pandore, temps auquel les hommes vivaient avec les dieux. L’Âge de fer est celui du siége de Thèbes et de Troie. « Je suis, dit-il, dans le cinquième, et je voudrais n’être pas né. » Que d’hommes accablés par l’envie, par le fanatisme et par la tyrannie, en ont dit autant depuis Hésiode!

C’est dans ce poëme des Travaux et des Jours qu’on trouve des proverbes qui se sont perpétués, comme: « le potier est jaloux du potier; » et il ajoute: « le musicien du musicien, et le pauvre même du pauvre. » C’est là qu’est l’original de cette fable du rossignol tombé dans les serres du vautour. Le rossignol chante en vain pour le fléchir, le vautour le dévore. Hésiode ne conclut pas que « ventre affamé n’a point d’oreilles », mais que les tyrans ne sont point fléchis par les talents.

On trouve dans ce poëme cent maximes dignes des Xénophon et des Caton: Les hommes ignorent le prix de la sobriété; ils ne savent pas que la moitié vaut mieux que le tout. — L’iniquité n’est pernicieuse qu’aux petits. — L’équité seule fait fleurir les cités. — Souvent un homme injuste suffit pour ruiner sa patrie. — Le méchant qui ourdit la perte d’un homme prépare souvent la sienne. — Le chemin du crime est court et aisé. Celui de la vertu est long et difficile; mais près du but il est délicieux. — Dieu a posé le travail pour sentinelle de la vertu.

Enfin ses préceptes sur l’agriculture ont mérité d’être imités par Virgile. Il y a aussi de très-beaux morceaux dans sa Théogonie. L’Amour qui débrouille le chaos; Vénus qui, née sur la mer des parties génitales d’un dieu, nourrie sur la terre, toujours suivie de l’Amour, unit le ciel, la mer et la terre ensemble, sont des emblèmes admirables.

Pourquoi donc Hésiode eut-il moins de réputation qu’Homère? Il me semble qu’à mérite égal Homère dût être préféré par les Grecs: il chantait leurs exploits et leurs victoires sur les Asiatiques, leurs éternels ennemis; il célébrait toutes les maisons qui régnaient de son temps dans l’Achaïe et dans le Péloponèse; il écrivait la guerre la plus mémorable du premier peuple de l’Europe contre la plus florissante nation qui fût encore connue dans l’Asie. Son poëme fut presque le seul monument de cette grande époque. Point de ville, point de famille qui ne se crût honorée de trouver son nom dans ces archives de la valeur. On assure même que, longtemps après lui, quelques différends entre des villes grecques, au sujet des terrains limitrophes, furent décidés par des vers d’Homère. Il devint après sa mort le juge des villes dans lesquelles on prétend qu’il demandait l’aumône pendant sa vie. Et cela prouve encore que les Grecs avaient des poëtes longtemps avant d’avoir des géographes.

Il est étonnant que les Grecs, se faisant tant d’honneur des poëmes épiques qui avaient immortalisé les combats de leurs ancêtres, ne trouvassent personne qui chantât les journées de Marathon, des Thermopyles, de Platée, de Salamine. Les héros de ce temps-là valaient bien Agamemnon, Achille, et les Ajax.

Tyrtée, capitaine, poëte et musicien, tel que nous avons vu de nos jours le roi de Prusse, fit la guerre, et la chanta. Il anima les Spartiates contre les Messéniens par ses vers, et remporta la victoire. Mais ses ouvrages sont perdus. On ne dit point qu’il ait paru de poëme épique dans le siècle de Périclès; les grands talents se tournèrent vers la tragédie: ainsi Homère resta seul, et sa gloire augmenta de jour en jour. Venons à son Iliade.

DE L’ILIADE.

Ce qui me confirme dans l’opinion qu’Homère était de la colonie grecque établie à Smyrne, c’est cette foule de métaphores et de peintures dans le style oriental: la terre qui retentit sous les pieds dans la marche de l’armée, comme les foudres de Jupiter sur les monts qui couvrent le géant Typhée; un vent plus noir que la nuit qui vole avec les tempêtes; Mars et Minerve, suivis de la Terreur, de la Fuite et de l’insatiable Discorde, sœur et compagne de l’homicide dieu des combats, qui s’élève dès qu’elle paraît, et qui, en foulant la terre, porte dans le ciel sa tête orgueilleuse: toute l’Iliade est pleine de ces images; et c’est ce qui faisait dire au sculpteur Bouchardon: « Lorsque j’ai lu Homère, j’ai cru avoir vingt pieds de haut. » Son poëme, qui n’est point du tout intéressant pour nous, était donc très-précieux pour tous les Grecs.

Ses dieux sont ridicules aux yeux de la raison, mais ils ne l’étaient pas à ceux du préjugé; et c’était pour le préjugé qu’il écrivait.

Nous rions, nous levons les épaules en voyant des dieux qui se disent des injures, qui se battent entre eux, qui se battent contre des hommes, qui sont blessés, et dont le sang coule; mais c’était là l’ancienne théologie de la Grèce et de presque tous les peuples asiatiques. Chaque nation, chaque petite peuplade avait sa divinité particulière qui la conduisait aux combats.

Les habitants des nuées et des étoiles, qu’on supposait dans les nuées, s’étaient fait une guerre cruelle. La guerre des anges contre les anges était le fondement de la religion des brachmanes, de temps immémorial. La guerre des Titans, enfants du Ciel et de la Terre, contre les dieux maîtres de l’Olympe, était le premier mystère de la religion grecque. Typhon, chez les Égyptiens, avait combattu contre Oshireth, que nous nommons Osiris, et l’avait taillé en pièces.

M Dacier, dans sa préface de l’Iliade, remarque très-sensément, après Eustathe, évêque de Thessalonique, et Huet, évêque d’Avranches, que chaque nation voisine des Hébreux avait son dieu des armées. En effet, Jephté ne dit-il pas aux Ammonites: « Vous possédez justement ce que votre dieu Chamos vous a donné; souffrez donc que nous ayons ce que notre Dieu nous donne? » Ne voit-on pas le Dieu de Juda vainqueur dans les montagnes, mais repoussé dans les vallées?

Quant aux hommes qui luttent contre les immortels, c’est encore une idée reçue; Jacob lutte une nuit entière contre un ange de Dieu. Si Jupiter envoie un songe trompeur au chef des Grecs, le Seigneur envoie un esprit trompeur au roi Achab. Ces emblèmes étaient fréquents, et n’étonnaient personne. Homère a donc peint son siècle; il ne pouvait pas peindre les siècles suivants.

On doit répéter ici que ce fut une étrange entreprise, dans Lamotte, de dégrader Homère, et de le traduire; mais il fut encore plus étrange de l’abréger pour le corriger. Au lieu d’échauffer son génie en tâchant de copier les sublimes peintures d’Homère, il voulut lui donner de l’esprit: c’est la manie de la plupart des Français; une espèce de pointe qu’ils appellent un trait, une petite antithèse, un léger contraste de mots leur suffit. C’est un défaut dans lequel Racine et Boileau ne sont presque jamais tombés. Mais combien d’auteurs, combien d’hommes de génie même, se sont laissé séduire par ces puérilités, qui dessèchent et qui énervent tout genre d’éloquence!

En voici, autant que j’en puis juger, un exemple bien frappant. Phénix, au livre neuvième, pour apaiser la colère d’Achille, lui parle à peu près ainsi: Les Prières, mon fils, devant vous éplorées, Du souverain des dieux sont les filles sacrées; Humbles, le front baissé, les yeux baignés de pleurs, Leur voix triste et craintive exhale leurs douleurs.

On les voit, d’une marche incertaine et tremblante, Suivre de loin l’Injure impie et menaçante, L’Injure au front superbe, au regard sans pitié, Qui parcourt à grands pas l’univers effrayé.

Elles demandent grâce...et lorsqu’on les refuse, C’est au trône de Dieu que leur voix vous accuse; On les entend crier en lui tendant les bras: Punissez le cruel qui ne pardonne pas; Livrez ce cœur farouche aux affronts de l’Injure; Rendez-lui tous les maux qu’il aime qu’on endure; Que le barbare apprenne à gémir comme nous.

Jupiter les exauce; et son juste courroux S’appesantit bientôt sur l’homme impitoyable.

Voilà une traduction faible, mais assez exacte; et, malgré la gêne de la rime et la sécheresse de la langue, on aperçoit quelques traits de cette grande et touchante image, si fortement peinte dans l’original.

Que fait le correcteur d’Homère? Il mutile en deux vers d’antithèses toute cette peinture: On irrite les dieux; mais par des sacrifices, De ces dieux irrités on fait des dieux propices.

(Lamotte-Houdard, Iliade, ch. VI.)

Ce n’est plus qu’une sentence triviale et froide. Il y a sans doute des longueurs dans le discours de Phénix; mais ce n’était pas la peinture des Prières qu’il fallait retrancher.

Homère a de grands défauts; Horace l’avoue, tous les hommes de goût en conviennent: il n’y a qu’un commentateur qui puisse être assez aveugle pour ne les pas voir. Pope lui-même, traducteur du poëte grec, dit que « c’est une vaste campagne, mais brute, où l’on rencontre des beautés naturelles de toute espèce, qui ne se présentent pas aussi régulièrement que dans un jardin régulier; que c’est une abondante pépinière qui contient les semences de tous les fruits, un grand arbre qui pousse des branches superflues qu’il faut couper ».

M Dacier prend le parti de la vaste campagne, de la pépinière et de l’arbre, et veut qu’on ne coupe rien. C’était sans doute une femme au-dessus de son sexe, et qui a rendu de grands services aux lettres, ainsi que son mari; mais quand elle se fit homme, elle se fit commentateur; elle outra tant ce rôle qu’elle donna envie de trouver Homère mauvais. Elle s’opiniâtra au point d’avoir tort avec M. de Lamotte même. Elle écrivit contre lui en régent de collége, et Lamotte répondit comme aurait fait une femme polie et de beaucoup d’esprit. Il traduisit très-mal l’Iliade, mais il l’attaqua fort bien.

Nous ne parlerons pas ici de l’Odyssée; nous en dirons quelque chose quand nous serons à l’Arioste.

DE VIRGILE.

Il me semble que le second livre de l’Énéide, le quatrième et le sixième, sont autant au-dessus de tous les poëtes grecs et de tous les latins, sans exception, que les statues de Girardon sont supérieures à toutes celles qu’on fit en France avant lui.

On a souvent dit que Virgile a emprunté beaucoup de traits d’Homère, et que même il lui est inférieur dans ses imitations; mais il ne l’a point imité dans ces trois chants dont je parle. C’est là qu’il est lui-même; c’est là qu’il est touchant et qu’il parle au cœur. Peut-être n’était-il point fait pour le détail terrible mais fatigant des combats. Horace avait dit de lui, avant qu’il eût entrepris l’Énéide:...Molle atque facetum Virgilio annuerunt gaudentes rure camœnœ.

(Hor., lib. I, sat. x, vers 44.)

Facetum ne signifie pas ici facétieux, mais agréable. Je ne sais si on ne retrouve pas un peu de cette mollesse heureuse et attendrissante dans la passion fatale de Didon. Je crois du moins y retrouver l’auteur de ces vers admirables qu’on rencontre dans ses églogues: Ut vidi, ut perii, ut me malus abstulit error!

(Virg., eglog. VIII, 41.)

Certainement le chant de la descente aux enfers ne serait pas déparé par ces vers de la quatrième églogue: Ille deum vitam accipiet, divisque videbit Permixtos heroas, et ipse videbitur illis; Pacatumque reget patriis virtutibus orbem.

Je crois revoir beaucoup de ces traits simples, élégants, attendrissants, dans les trois beaux chants de l’Énéide.

Tout le quatrième chant est rempli de vers touchants, qui font verser des larmes à ceux qui ont de l’oreille et du sentiment.

Dissimulare etiam sperasti, perfide, tantum Posse nefas, tacitusque mea decedere terra?

Nec te noster amor, nec te data dextera quondam, Nec moritura tenet crudeli funere Dido?

(V, 305-308.)

Conscendit furibunda rogos, ensemque recludit Dardanium, non hos quæsitum munus in usus.

(V, 646-647.)

Il faudrait transcrire presque tout ce chant, si on voulait en faire remarquer les beautés.

Et dans le sombre tableau des enfers, que de vers encore respirent cette mollesse touchante et noble à la fois!

Ne, pueri, ne tanta animis assuescite bella.

(VI, 832.)

Tuque prior, tu, parce, genus qui ducis Olympo; Projice tela manu, sanguis meus.

(VI, 834-835.)

Enfin on sait combien de larmes fit verser à l’empereur Auguste, à Livie, à tout le palais, ce seul demi-vers: Tu Marcellus eris (VI, 883.)

Homère n’a jamais fait répandre de pleurs. Le vrai poëte est, à ce qui me semble, celui qui remue l’âme et qui l’attendrit; les autres sont de beaux parleurs. Je suis loin de proposer cette opinion pour règle. Je donne mon avis, dit Montaigne, non comme bon, mais comme mien.

DE LUCAIN.

Si vous cherchez dans Lucain l’unité de lieu et d’action, vous ne la trouverez pas; mais où la trouveriez-vous? Si vous espérez sentir quelque émotion, quelque intérêt, vous n’en éprouverez pas dans les longs détails d’une guerre dont le fond est rendu très-sec, et dont les expressions sont ampoulées; mais si vous voulez des idées fortes, des discours d’un courage philosophique et sublime, vous ne les verrez que dans Lucain parmi les anciens. Il n’y a rien de plus grand que le discours de Labiénus à Caton, aux portes du temple de Jupiter Ammon, si ce n’est la réponse de Caton même: Hæremus cuncti superis; temploque tacente Nil facimus non sponte Dei...Steriles num legit arenas Ut caneret paucis? mersitne hoc pulvere verum?

Estne Dei sedes nisi terra, et pontus, et aer, Et cœlum, et virtus? Superos quid quærimus ultra?

Jupiter est quodcumque vides, quocumque moveris.

Mettez ensemble tout ce que les anciens poëtes ont dit des dieux, ce sont des discours d’enfants en comparaison de ce morceau de Lucain. Mais dans un vaste tableau où l’on voit cent personnages, il ne suffit pas qu’il y en ait un ou deux supérieurement dessinés.

DU TASSE.

Boileau a dénigré le clinquant du Tasse; mais qu’il y ait une centaine de paillettes d’or faux dans une étoffe d’or, on doit le pardonner. Il y a beaucoup de pierres brutes dans le grand bâtiment de marbre élevé par Homère, Boileau le savait, le sentait, et il n’en parle pas. Il faut être juste.

On renvoie le lecteur à ce qu’on a dit du Tasse dans l’Essai sur la Poésie épique. Mais il faut dire ici qu’on sait par cœur ses vers en Italie. Si à Venise, dans une barque, quelqu’un récite une stance de la Jérusalem délivrée, la barque voisine lui répond par la stance suivante.

Si Boileau eût entendu ces concerts, il n’aurait eu rien à répliquer.

On connaît assez le Tasse: je ne répéterai ici ni les éloges ni les critiques. Je parlerai un peu plus au long de l’Arioste.

DE L’ARIOSTE.

L’Odyssée d’Homère semble avoir été le premier modèle du Morgante, de l’Orlando innamorato, et de l’Orlando furioso; et, ce qui n’arrive pas toujours, le dernier de ces poëmes a été sans contredit le meilleur.

Les compagnons d’Ulysse changés en pourceaux; les vents enfermés dans une peau de chèvre; des musiciennes qui ont des queues de poisson et qui mangent ceux qui approchent d’elles; Ulysse qui suit tout nu le chariot d’une belle princesse, qui venait de faire la grande lessive; Ulysse déguisé en gueux qui demande l’aumône, et qui ensuite tue tous les amants de sa vieille femme, aidé seulement de son fils et de deux valets, sont des imaginations qui ont donné naissance à tous les romans en vers qu’on a faits depuis dans ce goût.

Mais le roman de l’Arioste est si plein et si varié, si fécond en beautés de tous les genres, qu’il m’est arrivé plus d’une fois, après l’avoir lu tout entier, de n’avoir d’autre désir que d’en recommencer la lecture. Quel est donc le charme de la poésie naturelle! Je n’ai jamais pu lire un seul chant de ce poème dans nos traductions en prose.

Ce qui m’a surtout charmé dans ce prodigieux ouvrage c’est que l’auteur, toujours au-dessus de sa matière, la traite en badinant. Il dit les choses les plus sublimes sans effort, et il les finit souvent par un trait de plaisanterie qui n’est ni déplacé ni recherché. C’est à la fois l’Iliade, l’Odyssée et Don Quichotte; car son principal chevalier errant devient fou comme le héros espagnol, et est infiniment plus plaisant. Il y a bien plus, on s’intéresse à Roland, et personne ne s’intéresse à don Quichotte, qui n’est représenté dans Cervantes que comme un insensé à qui on fait continuellement des malices.

Le fond du poëme, qui rassemble tant de choses, est précisément celui de notre roman de Cassandre, qui eut tant de vogue autrefois parmi nous, et qui a perdu cette vogue absolument parce qu’ayant la longueur de l’Orlando furioso, il n’a aucune de ses beautés; et quand il les aurait en prose française, cinq ou six stances de l’Arioste les éclipseraient toutes. Ce fond du poëme est que la plupart des héros, et les princesses qui n’ont pas péri pendant la guerre, se retrouvent dans Paris après mille aventures, comme les personnages du roman de Cassandre se retrouvent dans la maison de Polémon.