SigPhi · Voltaire

Zaïre : tragédie

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Je ne peux mieux faire, je crois, pour l'honneur des let- tres, que d'apprendre ici à mes compatriotes les singularités de la traduction et de la représentation de Zaïre sur le théâ- tre de Londres.

M. Hill, homme de lettres, qui parait connaître le théâtre mieux qu'aucun auteur Anglais, me fit l'honneur de traduire ma pièce, dans le dessein d'introduire sur votre scène quel- ques nouveautés, et pour la manière d'écrire les tragédies, et pour celle de les réciter. Je parlerai d'abord de la repré- sentation.

L'art de déclamer était chez vous un peu hors de la na- t ture: la plupart de vos acteurs tragiques s'exprimaient sou- vent plus en poètes saisis d'enthousiasme qu'en hommes que la passion inspire. Beaucoup de comédiens avaient en- core outré ce défaut; ils déclamaient des vers ampoulés, avec une fureur et une impétuosité qui est au beau naturel ce que les convulsions sont à l'égard d'une démarche noble et aisée.

2 18 Z4ÏRE Cet air d'emportement semblait étrangère votre nation; car elle est naturellement sage, et cette sagesse est quelque- fois prise pour de la froideur par les étrangers. Vos prédica- teurs ne se permettent jamais un ton de déclamateur. On rirait chez vous d'un avocat qui s'échaufferait dans son plai- doyer. Les seuls comédiens étaient outrés. Nos acteurs, et surtout nos actrices de Paris, avaient ce défaut il y a quel- ques années: ce fut M"® Lecouvreur qui les en corrigea. Voyez ce qu'en dit un auteur italien de beaucoup d'esprit et de sens: La leggiadra Couvreur sola non trotta Par quella strada dove i suoi compagni Van di galoppo tutti quanti in frotta; Se avvien ch*ella pianga, o che si lagni Senza quegli urli spaventosi loro, Ti muove si che in pianger Taccompagni.

Ce même changement que M"® Lecouvreur avait fait sur notre scène, M"® Cibber vient de l'introduire sur le théâtre anglais, dans le rôle de Zaïre. Chose étrange, que dans tous les arts ce ne soit qu'après bien du temps qu'on vienne en- fin au naturel et au simple!

Une nouveauté qui va paraître plus singulière aux Fran- çais, c'est qu'un gentilhomme de votre pays, qui a de la fortune et de la considération, n'a pas dédaigné de jouer sur votre théâtre le rôle d'Orosmane. C'était un spectacle assez intéressant de voir les deux principaux personnages remplis, l'un par un homme de condition, et l'autre par une jeune actrice de dix-huit ans, qui n'avait pas encore récité un vers en sa vie.

Cet exemple d'un citoyen qui a fait usage de son talent pour la déclamation n'est pas le premier parmi vous. Tout ce qu'il y a de surprenant en cela, c'est que nous nous en étonnions.

Nous devrions faire réflexion que toutes les choses de ce ZAÏRE 19 monde dépendent de l'usage et de Topinion. La cour de France a dansé sar le théâtre avec les acteurs de TOpéra, et on n'a rien trouvé en cela d'étrange, sinon que la mode de ces divertissements ait fini. Pourquoi sera-t-il plus surpre- nant de réciter que de danser en public? Y a-t-il d'autre dif- férence entre ces deux arts, sinon que l'un est autant au-des- sus de l'autre que les talents où Tesprit a quelque part sont au-dessus de ceux du corps? Je le répète encore, et je le dirai toujours: aucun des beaux-arts n'est méprisable, et il n'est véritablement honteux que d'attacher de la honte aux talents.

Venons à présent à la traduction de Zdirey et au change- ment qui vient de se faire chez vous dans l'art dramatique.

Vous aviez une coutume à laquelle M. Addison, le plus sage de vos écrivains, s'est asservi lui-même, tant l'usage tient lieu de raison et de loi. Cette coutume peu raisonnable était de finir chaque acte par des vers d'un goût différent du reste de la pièce; et ces vers devaient nécessairement ren- fermer une comparaison. Phèdre, en sortant du théâtre, se comparait poétiquement à une biche; Caton,.à un rocher; Cléopâtrè, à des enfants qui pleurent jusqu'à ce qu'ils soient endormis.

Le traducteur de Zaïre est le premier qui ait osé mainte- nir les droits de la nature contre un goût si éloigné d'elle. Il a proscrit cet usage; il a senti que la passion doit parler un langage vrai, et que le poète doit se cacher toujours pour ne laisser paraître que le héros.

C'est sur ce principe qu'il a traduit, avec naïveté et sans aucune enflure, tous les vers simples (le la pièce, que l'on gâterait si on voulait Jes rendre beaux.

On ne peut désirer ce qu'on ne connaît pas.

J'eusse été près du Gange esclave des faux dieux, . Chrétienne dans Paris, musulnoane en ces lieux.

Mais Orosmane m'aime, et j'ai tout oublié.

20 ZAÏRE Non, la reconnaissance est un faible retour, Un tribu offensant, trop peu fait pour Tamoup.

Je me croirais haï, d'être aimé faiblement.

Je veux avec excès vous aimer et vous plaire.

L^art n^est pas fait pour toi, tu n'en as pas besoin.

L'art le plus innocent tient de la perfidie.

Tous les vers qui sont dans ce goût simple et vrai sont rendus mot à mot dans l'anglais. Il eut été aisé de les orner, mais le traducteur a jugé autrement que quelques-uns de mes compatriotes: il a aimé et il a rendu toute la naïveté de ces vers. En effet, le style doit être conforme au sujet. Al- zircy Brutus et Zaïre demandaient, par exemple, trois sortes de versifications différentes.

Si Bérénice se plaignait de Titus, et Ariane de Thésée, dans le style de Cinnay Bérénice et Ariane ne toucheraient point.

Jamais on ne parlera bien d'amour, si on cherche d'au- tres ornements que la simplicité et la vérité.

Il n'est pas question ici d'examiner s'il est bien de mettre tant d'amour dans les pièces de théâtre. Je veux que ce soit une faute; elle est et sera universelle, et je ne sais quel nonr donner aux fautes qui font le charme du genre humain.

Ce qui est certain, c'est que dans ce défaut les Français ont réussi plus que toutes les autres nations anciennes et mo- dernes mises ensemble. L'amour parait sur nos théâtres avec des bienséances, une délicatesse, une vérité qu'on ne trouve point ailleurs. C'est que de toutes les nations, la française est celle qui a le plus connu la société.

Le commerce continuel si vif et si poli des deux sexes a introduit en France une politesse assez ignorée ailleurs.

La société dépend des femmes. Tous les peuples qui ont le malheur de les enfermer sont insociables. Et des mœurs encore austères parmi vous, des querelles politiques, des guerres de religion, qui vous avaient rendus farouches, ZAÏRE 21 VOUS ôtèrent jusqu'au temps dé Charles II la douceur de la société, au milieu même de la liberté. Les poètes ne de- vaient donc savoir, ni dans aucun pays, ni même chez les Anglais, la manière dont les honnêtes gens traitent Tamour.

La bonne comédie fut ignorée jusqu'à Molière, comme Tart d'exprimer sur le théâtre des sentiments vrais et déli- cats fut ignoré jusqu'à Racine, parce que la société ne fut pour ainsi dire, dans sa perfection que de leur temps. Un poète, du fond de son cabinet, ne peut peindre des mœurs qu*il n'a point vues; il aura plus tôt fait cent odes et cent épUres qu'une scène où il faut faire parler la nature.

Votre Dryden, qui d'ailUeurs était un très grand génie, mettait dans la bouche de [ses héros amoureux, ou des hy- perboles de rhétorique, ou des indécences, deux choses éga- ment opposées à la tendresse.

Si M. Racine fait dire à Titus: « Depuis cinq ans entiers chaque jour je la vois, Et crois toujours la Voir pour la première fois; » votre Dryden fait dire à Antoine: w Ciel! comme j'aimai! Témoins les jours et les nuits qui suivaient en dansant sous vos pieds. Ma seule affaire était de vous^arler de ma passion; un jour venait, et ne voyait rien qu'amour; un autre venait, et c'était de l'amour en- core. Les soleils étaient las de nous regarder, et moi, je n'étais point las d'aimer. » Il est bien difficile d'imaginer qu'Antoine ait en eflfet tenu de pareils discours à Cléopàtre.

Dans la même pièce, Cléopàtre parle ainsi à Antoine: « Venez à moi, venez dans mes bras, mon cher soldat; j'ai été trop longtemps privée de vos caresses. Mais quand je vous embrasserai, quand vous serez tout à moi, je vous pu- nirai de vos cruautés en laissant sur vos lèvres l'impression de mes ardents baisers. » Il est très vraisemblable que Cléopàtre parlait souvent 22 ZAÏRE dans ce goût, mais ce n'est point cette indécence qu'il faut représenter devant une audience respectable.

Quelques-uns de vos compatriotes ont beau dire: « c'est là la pure nature »; on doit leur répondre que c'est préci- sément cette nature qu'il faut voiler avec soin.

Ce n'est pas même connaître le cœur humain, de penser qu'on doit plaire davantage en présentant ces images licen- cieuses; au contraire, c'est fermer l'entrée de l'àme aux vrais plaisirs. Si tout est d'abord à découvert, on est rassa- sié; il ne reste plus rien à désirer, et on arrive tout d'un coup à la langueur en croyant courir à la volupté. Voilà pourquoi la bonne compagnie a des plaisirs que les gens grossiers ne connaissent pas.

Les spectateurs en ce cas sont comme les amants qu'une jouissance trop prompte dégoûte: ce n'est qu'à travers cent nuages qu'on doit entrevoir ces idées, qui feraient rougir, présentées de trop près. C'est ce voile qui fait le charme des honnêtes gens; il n'y a point pour eux de plaisir sans bien- séance.

Les Français ont connu cette règle plus tôt que les autres peuples, non pas parce qu'ils sont sans génie et sans har- diesse, comme le dit ridiculement l'inégal et impétueux Dry- den, mais parce que, depuis la régence d'Anne d'Autriche, ils ont été le peuple le plus sociable et le plus poli de la terre; et cette politesse n'est point une chose arbitraire, comme ce qu'on appelle civilité; c'est une loi de la nature qu'ils ont heureusement cultivée plus que les autres peuples.

Le traducteur de Zaïre a respecté presque partout ces bienséances théâtrales, qui vous doivent être communes comme à nous; mais il y a quelques endroits où il s'est livré encore à d'anciens usages.

Par exemple, lorsque, dans la pièce anglaise, Orosmane vient annoncer à Zaïre qu'il croit ne la plus aimer, Zaïre lui répond en se roulant par terre. Le sultan n'est point ému de la voir dans cette posture de ridicule et de désespoir, et le moment d'après il est tout étonné que Zaïre pleure.

,za'ire 23 Il lui dit cet hémistiche: Zaïre, vous pleurez!

Il aurait dû lui dire auparavant: Zaïre, vous vous roulez par terre!

Aussi ces trois mots, Zaïre, vous pleurez, qui font un grand effet sur notre théâtre, n'en ont fait aucun sur le vô- tre, parce qu'ils étaient déplacés. Ces expressions familières et naïves tirent toute leur force de la seule manière dont elles sont amenées. Seigneur, vous changez de visage, n'est rien par soi-même; mais le moment où ces paroles si sim- ples sont prononcées dans Mithridate fait frémir.

Ne dire que ce qu'il faut, et de la manière dont il le faut, est, ce me semble, un mérite dont les Français, si vous m'en exceptez, ont plus approché que les écrivains des autres pays. C'est, je crois, sur cet art que notre nation doit en être crue. Vous nous apprenez des choses plus grandes et plus utiles: il serait honteux à nous de ne le pas avouer. Les Français qui ont écrit contre les découvertes du chevalier Newton sur la lumière en rougissent; ceux qui combattent la gravitation en rougiront bientôt.

Vous devez vous soumettre aux règles de notre théâtre, comme nous devons embrasser votre philosophie. Nous avons fait d'aussi bonnes expériences sur le cœur humain que vous sur la physique. L'art de plaire semble l'art des Français, et l'art de penser parait le vôtre. Heureux, Mon- sieur, qui comme vous les réunit!

LETTRE A M. DE LA ROQUE^ Sur la tragédie de Zaïre, 1732 Quoique pour Fordinaire vous vouliez bien prendre la peine, Monsieur, de faire les extraits des pièces nouvelles, cependant vous me privez de cet avantage, et vous voulez que ce soit moi qui parle de Zaïre. Il me semble que je vois M. Le Normand ou M. Cochin réduire un de leurs clients à plaider sa cause. L'entreprise est dangereuse, mais je vais mériter au moins la confiance que vous avez en moi par la sincérité avec laquelle je m'expliquerai.

Zaïre est la première pièce de théâtre dans laquelle j'aie osé m'abandonner à toute la sensibilité de mon cœur; c'est la seule tragédie tendre que j'aie faite. Je croyais dans l'âge même des passions les plus vives, que l'amour n'était point fait pour le théâtre tragique. Je ne regardais cette fai- blesse que comme un défaut charmant qui avilissait l'art des Sophocle. Les connaisseurs qui se plaisent plus à la douceur élégante de Racine qu'à la force de Corneille me paraissent ressembler aux curieux qui préfèrent les nudités du Corrège au chaste et noble pinceau de Raphaël.

Le public qui fréquente les spectacles est aujourd'hui plus que jamais dans le goût du Corrège. Il faut de la ten- dresse et du sentiment; c'est même ce que les acteurs jouent le mieux. Vous trouverez vingt comédiens qui plairont dans Andrçnic et Hippolyte^ et à peine un seul qui réussisse dans 1. Nous reproduisons cette lettre telle qu'elle a été publiée dans le Mercure 26 ZAÏRE étaient remplis. Parmi ces esclaves il s*était trouvé on en- fant, pris autrefois an sac de Césarée, sons le règne de Ro- ndin. Cet enfant ayant été racheté par des chrétiens à Vàge de nenf ans, avait été amené en France an roi Saint-Lonis, qni avait daigné prendre soin de son éducation et de sa for* tune. Il avait pris en France le nom de Nérestan; et étant retourné en Syrie, il avait été fait prisonnier encore une fois, et avait été enfermé parmi les esclaves d'Orosmane. Il re- trouva dans la captivité une jeune personne avec qui il avait été prisonnier dans son enfance, lorsque les chrétiens avaient perdu Césarée. Cette jeune personne, à qni on avait donné le nom de Zaïre, ignorait sa naissance aussi bien que Nérestan et que tous ces enfants de tribut qui sont enlevés de bonne heure des mains de leurs parents, et qui ne con- naissent de famille et de patrie que le sérail. Zaïre savait seulement qu'elle était née chrétienne;?(érestan et quel- ques antres esclaves un peu plus âgées qu*elle Fen assu- raient. Elle avait toujours conservé un ornement qui ren- fermait une croix, seule preuve qu'elle eût de sa religion. Une autre esclave nommée Fatime, née chrétienne, et mise au sérail à Tàge de dix ans, tâchait d'instruire Zaïre du peu qu'elle savait de la religion de ses pères. Le jeune Néres- tan, qui avait la liberté de voir Zaïre et Fatime, animé du zèle qu'avaient alors les chevaliers français, touché d'ailleurs pour Zaïre de la plus tendre amitié, la disposait au chris- tianisme. Il se proposa de racheter Zaïre, Fatime, et dix chevaliers chrétiens, du bien qu'il avait acquis en France, et de les amener â la cour de Saint-Louis. Il eut la hardiesse de demander an Soudan Orosmane la permission de retour- ner en France sur sa seule parole, et le Soudan eut la géné- rosité de le permettre. Nérestan partit, et fut deux ans hors de Jérusalem.

Cependant la beauté de Zaïre croissait avec son âge, et la naïveté touchante de son caractère la rendait encore plus aimable que sa beauté. Orosmane la vit et lui parla. Un cœur comme le sien ne pouvait l'aimer qu'éperdument. Il ZAÏRE 27 résolut de bannir la mollesse qui avait efféminé tant de rois de l'Asie, et d'avoir dans Zaïre une amie, une maltresse, une femme qui lui tiendrait lieu de tous les plaisirs, et qui par- tagerait son cœur avec les devoirs d'un prince et d'un guer- rier. Les faibles idées du christianisme, tracées à peine dans le cœur de Zaïre, s'évanouirent bientôt à la vue du Soudan; elle l'aima autant qu'elle en était aimée, sans que l'ambition se mêlât en rien à la pureté de sa tendresse.

Nérestan ne revenait point de France. Zaïre ne voyait qu'Orosmane et son amour; elle était prête d'épouser le Sultan, lorsque le jeune Français arriva. Orosmane le fait entrer en présence même de Zaïre. Nérestan apportait avec la rançon de Zaïre et de Fatime*, celle de dix chevaliers qu'il devait choisir. « J'ai satisfait à mes serments, dit-il au Sou- « dan: c'est à toi de tenir ta promesse, de me remettre «Zaïre, Fatime, et les dix chevaliers; mais apprends que « j'ai épuisé ma fortune à payer leur rançon: une pauvreté « noble est tout ce qui me reste; je viens me remettre dans « tes fers. » Le Soudan, satisfait du grand courage de ce chrétien, et né pour être plus généreux encore, lui rendit toutes les rançons qu'il apportait, lui donna cent chevaliers au lieu de dix, et le combla de présents; mais il lui fit enten- dre que Zaïre n'était pas faite pour être rachetée, et qu'elle était d*un prix au-dessus de toutes les rançons. Il refusa aussi de lui rendre, parmi les chevaliers qu'il délivrait, un prince de Lusignan, fait esclave depuis longtemps dans Césarée.

Ce Lusignan, le dernier de la branche des rois de Jéru- salem, était un vieillard respecté dans l'Orient, l'amour de tous les chrétiens, et dont le nom seul pouvait être dange- reux aux Sarrasins. C'était lui principalement que Néres- tan avait voulu racheter. Il parut devant Orosmane, accablé du refus qu'on lui faisait de Lusignan et de Zaïre. Le Soudan remarqua ce trouble; il sentit dès ce moment un commence- ment de jalousie que la générosité de son caractère lui fit étouffer. Cependant il ordonna que les cent chevaliers fus- sent prêts à partir le lendemain avec Nérestan.

28 ZAÏRE f \l Zaïre, sur le point d'être saltane, voulut donner au moins à Nérestan une preuve de sa reconnaissance. Elle se jette aux pieds d'Orosmane pour obtenir la liberté du vieux Lusi- gnan. Orosmane ne pouvait rien refuser à Zaïre; on alla ti- rer Lusignan des fers. Les chrétiens délivrés étaient avec Nérestan dans les appartements extérieurs du sérail; ils pleuraient la destinée de Lusignan: surtout le chevalier de Chatillon, ami tendre de ce malheureux prince, ne pouvait se résoudre à accepter une liberté qu'on refusait à son ami et à son maître, lorsque Zaïre arrive, et leur amène celui qu'ils n'espéraient plus.

Lusignan, ébloui de la lumière qu'il revoyait après vingt années de prison, pouvant se soutenir à peine, ne sachant où il est et où on le conduit, voyant enfin qu'il était avec des Français, et reconnaissant Chatillon, s'abandonna à cette joie mêlée d'amertume que les malheureux éprouvent dans leur consolation. Il demande à qui il doit sa délivrance. Zaïre prend la parole en lui présentant Nérestan: « C'est à ce jeune Français, dit-elle, que vous, et tous les chrétiens, de- vez votre liberté. » Alors le vieillard apprend que Nérestan a été élevé dans le sérail avec Zaïre; et se tournant vers eux: « Hélas! dit-il, puisque vous avez pitié de mes mal- « heurs, achevez votre ouvrage; instruisez-moi du sort de « mes enfants. Deux me furent enlevés au berceau lorsque « je fus pris dans Césarée; deux autres furent massacrés de- « vaut moi avec leur mère. mes fils! ô martvrs! veillez « du haut du ciel sur mes autres enfants, s'ils sont vivants « encore. Hélas! j'ai su que mon dernier fils et ma fille « furent conduits dans ce sérail. Vous qui m'écoutez, Né- « restau, Zaïre, Chatillon, n'avez-vous nulle connaissance de « ces tristes restes du sang de Godefroi et de Lusignan? » Au milieu de ces questions, qui déjà remuaient le cœur de Nérestan et de Zaïre, Lusigpan aperçut au bras de Zaïre un orîî^mentNqurrenfermairiine croix: ifse '^souvint -qu'on avait mis cette parure à sa fille lorsqu'on la portait au bap- tême; Chatillon l'en avait ornée lui-même, et Zaïre avait été ZAÏRE 29 arrachée de ses bras avant d'être baptisée. La ressem- blance des traits, ^'^S^i toutes les circonstances, une cica- trice de la blessure que son jeune fils avait reçue, tout con- firme à Lusignan qu'il est père encore; et la nature parlant à la fois au cœur de tous les trois, et s'expliquant par des lar- mes: « Embrassez-moi, mes chers enfants, s'écria Lusignan, « et revoyez votre père! » Zaïre et Nérestan ne pouvaient s'arracher de ses bras. « Mais, hélas! dit ce vieillard infor- tuné, goûterai-je une joie pure? Grand Dieu, qui me rends ma fille, me la rends-tu chrétienne? » Zaïre rougit et frémit à ces paroles. Lusignan vit sa honte et son malheur, et Zaïre avoua qu'elle était musulmane. La douleur, la religion et la nature donnèrent en ce moment des forces à Lusignan; il embrassa sa fille, et lui montrant d'une main le tombeau de Jésus-Christ, et le ciel de l'autre, animé de son désespoir, de son zèle, aidé de tant de chrétiens, de son fils, et du Dieu qui l'inspire, il touche sa fille, il Tébranle; elle se jette à ses pieds, et lui promet d'être chrétienne.

Au moment arrive un officier du sérail, qui sépare Zaïre de son père et de son frère, et qui arrête tous les chevaliers français. Cette rigueur inopinée était le fruit d'un conseil qu'on venait de tenir en présence d'Orosmane. La flotte de saint Louis était partie de Chypre, et on craignait pour les côtes de Syrie; mais un second courrier ayant apporté la nouvelle du départ de saint Louis pour l'Egypte, Orosmane fut rassuré; il était lui-même ennemi du Soudan d'Egypte. Aussi n'ayant rien à craindre ni du roi ni des Français qui étaient à Jérusalem, il commanda qu'on les renvoyât à leur roi, et ne songea plus qu'à réparer, par la pompe et la ma- gnificence de son mariage, la rigueur dont il avait usé en- vers Zaïre.

Pendant que le mariage se préparait, Zaïre désolée de- manda au Soudan la permission de revoir Nérestan encore une fois. Orosmane, trop heureux de trouver une occasion de plaire à Zaïre, eut l'indulgence de permettre cette entre- vue. Xérestan revit donc Zaïre; mais ce fut pour lui apprent 30 zAÏttË t 30 zAÏttË dre que son pèrè était près d'expirer, qu'il mourait entre la joie d'avoir retrouvé ses enfants, et Tamertume d'ignorer si Zaïre serait chrétienne, et qu'il lui ordonnait en mourant d'être baptisée ce jour là même de la main du pontife de Jérusalem. Zaïre attendrie et vaincue promit tout,etjuraàson frère qu'elle ne trahirait point le sang dont elle était née, qu'elle serait chrétienne, qu'elle n'épouserait point Orosmane, qu'elle ne prendrait aucun parti avantque d'avoir été baptisée.

A peine avait-elle prononcé ce serment, qu'Orosmane, plus amoureux et plus aimé que jamais, vient la prendre pour la conduire à la mosquée. Jamais on n'eut le cœur plus déchiré que Zaïre; elle était partagée entre son Dieu, sa famille et son nom qui la retenaient, et le plus aimable de tous les hommes qui l'adorait. Elle ne se connut plus, elle céda à la douleur, et s'échappa des mains de son amant, le quittant avec désespoir, et le laissant dans l'accablement de la surprise, de la douleur et de la colère.

Les impressions de jalousie se réveillèrent dans le cœur d'Orosmane. L'orgueil les empêcha de paraître, et l'amour les adoucit. Il prit la fuite de Zaïre pour un caprice, pour un artifice innocent, pour la crainte naturelle à une jeune fille, pour toute autre chose enfin qu'une trahison. Il vit encore Zaïre, lui pardonna, et l'aima plus que jamais. L'amour de Zaïre augmentait par la tendresse indulgente de son amant. Elle se jette en larmes à ses genoux, le supplie de différer le mariage jusqu'au lendemain. Elle comptait que son frère serait alors parti, qu'elle aurait reçu le baptême, que Dieu lui donnerait la force de résister: elle se flattait même quel- quefois que la religion chrétienne lui permettait d'aimer un homme si tendre, si généreux, si vertueux, à qui il ne manquait que d'être chrétien. Frappée de toutes ces idées, elle parlait à Orosmane avec \ine tendresse si naïve, et une douleur si vraie, qu'Orosmane céda encore, et lui accorda le sacrifice de vivre sans elle ce jour-là. Il était sûr d'être aimé; il était heureux dans cette idée, et fermait les yeux sur le reste.

Zaïre Si Cependant, dans les premiers mouvements de jalousie, il avait ordonné que le sérail fût fermé à tous les chrétiens. Nérestan trouvant le sérail fermé, et n'en soupçonnant pas la cause, écrivit une lettre pressante à Zaïre: il lui man- dait d'ouvrir une porte secrète qui conduisait vers la mos- quée, et lui recommandait d'être fidèle.

La lettre tomba entre les mains d'un gdrde qui la porta à Orosmane. Le Soudan en crut à peine ses yeux. Il se vit trahi; il ne douta pas de son malheur et du crime de Zaïre. Avoir comblé un étranger, un captif de bienfaits; avoir donné son cœur, sa couronne à une fille esclave, lui avoir tout sacrifié, ne vivre que pour elle, et en être trahi pour ce captif même; être trompé par les apparences du plus tendre amour; éprouver en un moment ce que l'amour a de plus violent, ce que l'ingratitude a de plus noir, ce que la perfidie a de plus traître; c'était sans doute un état horrible. Mais Orosmane aimait, et il souhaitait de trouver Zaïre innocente. Il lui fait rendre ce billet par un esclave inconnu. Il se flatte que Zaïre pouvait ne point écouter Nérestan; Nérestan seul lui parais- sait coupable. Il ordonne qu'on l'arrête et qu'on l'enchaîne, et il va à l'heure et à la place du rendez-vous, attendre l'effet de la lettre.

La lettre est rendue à Zaïre, elle la lit en tremblant; et après avoir longtemps hésité, elle dit enfin à l'esclave qu'elle attendra Nérestan, et donne ordre qu'on l'introduise. L'es- clave rend compte de tout à Orosmane.

Le malheureux soudan tombe dans l'excès d'une douleur mêlée de fureur et de larmes. Il tire son poignard, et il pleure. Zaïre vient au rendez-vous dans l'obscurité de la nuit. Orosmane entend sa voix, et son poignard lui échappe. Elle approche, elle appelle Nérestan, et à ce nom Orosmane la poignarde.

Dans l'instant on lui amène Nérestan enchaîné, avec Fa- time complice de Zaïre. Orosmane, hors de lui, s'adresse à Nérestan en le nommant son rival. « C'est toi qui m'arra- « ches Zaïre, dit-il; regarde-la avant que de mourir; que ton 32 ZAÏRE <i supplice commence avec le sien; regarde-la, te dis-je. » Nérestan approche de ce corps expirant: « Ah! que vois-je, ah! ma sœur! Barbare, qu'as-tu fait?...» A ce mot de sœur, Orosmane est comme un homme qui revient d'un songe îf- neste; il connaît son erreur; il voît*ce qu'il a perdu; il s'çst trop abimé dans l'horreur de son état pour se plaindre. Né- restan et Fatime lui parlent; mais de tout ce qu'ils disent il n'entend autre chose sinon qu'il était aimé. Il prononce le nom de Zaïre, il court à elle; on l'arrête, il retombe dans l'en- gourdissement de son désespoir. « Qu'ordonnes-tu de moi? » lui dit Nérestan. Le Soudan., après un long silence, fait ôter les fers à Nérestan, le comble de largesses, lui et tous les chrétiens, et se tue auprès de Zaïre.

Voilà, Monsieur, le plan exact de la conduite de cette tra- gédie que j'expose avec toutes ses fautes. Je suis bien loin de m'enorgueillir du succès passager de quelques représenta- tions. Qui ne connaît l'illusion du théâtre? qm ne sait qu'une situation intéressante, mais triviale, une nouveauté brillante et hasardée, la seule voix d'une actrice suffisent pour trom- per quelque temps le public? Quelle distance immense entre un ouvrage souffert au théâtre et un bon ouvrage! J'en sens malheureusement toute la différence. Je vois combien il est difficile de réussir au gré des connaisseurs. Je ne suis pas plus indulgent qu'eux pour moi-même; et si j*ose travailler, c'est que mon goût extrême pour cet art Vemporte encore sur la connaissance que j'ai de mon peu de talent. Je suis, etc.

AVERTISSEMENT (DE L'AUTEUR 1) On a imprimé Français par un a, et on en usera ainsi dans la nouvelle édition de la Henriade, Il faut en tout se confor- mer à Tusage, et écrire autant qu'on peut comme on pro- nonce; il serait ridicule de dire en vers les François et les Anglais, puisqu'en prose tout le monde prononce Français, 11 n'est pas même à croire que jamais cette dure prononcia- tion, François y revienne à la mode. Tous les peuples adou- cissent insensiblement la prononciation de leur langue. Nous ne disons plus la Raine, mais la Reine, Août se prononce Oût, etc. On dira toujours Gaulois et Français, parce que l'idée d'une nation grossière inspire naturellement un son plus dur, et quf l'idée d'une nation plus polie communique à la voix un son plus doux. Les Italiens en sont venus jusqu'à retran- cher l'A absolument. Chez les Anglais, la moitié des con- sonnes qui remplissaient leurs mots, et qui les rendaient trop durs, ne se prononcent plus. En un mot, tout ce qui contri- bue à rendre une langue plus douce sans affectation doit être admis.

1. Cet Avertissement ne se trouve que dans Tédition de 1736 [Beuchot).

ACTEURS OROSMANE, Soudan de Jérusalem.

LUSIGJiAIii Prince du sang des rois de Jérusalem.

^^^^^' I esclaves du Soudan. FATIME, ) CHATILLON, | ^,., NÉRESTAN, j chevaliers français.

CORASMIN,' ).„., c j Un esclave. Suite.

La scène est au sérail de Jérusalem, Var. CORASMIN, chef du sérail. MÉLÉDOR. esclave. Suite.

Les éditions suivantes sont revenues à la liste donnée par celle de 1733.

ZAÏRE ACTE PREMIER SCÈNE PREMIÈRE ZAÏRE, FATIME.

FATIME 1 Je ne m attendais pas, jeune et belle Zaïre, Aux nouveaux sentiments que ce lieu vous inspire. Quel espoir si flatteur, ou quels heureux destins De vos jours ténébreux ont fait des jours sereins?

5 La paix de votre cœur augmente avec vos charmes. Cet éclat de vos yeux n'est plus terni de larmes; Vous ne les tournez plus vers ces heureux climats Où ce brave Français devait guider nos pas; V. 4. De vos jours ténébreux, — Cf. Racine (Athalic, I, 1.) L'audace d'une femme, arrêtant ce concours. En des jours ténébreux a changé ces beaux jours.

V. 7. Ces heureux climats, — Une habitude constante de la langue poétique d'alors est de remplacer le mot propre, que Ton considère comme trop vulgaire, par un équivalent éloigné, presque toujours abstrait; climat estjiïis ici pour contrée. Nous en verrons bien d'autres exemples, v. 91, non loin de ce séjour, V. 8. Guider nos pas — Sur cette expression, voir la note au v. 20 et {' V 36 ZAÏRE v/ Vous ne me parlez plusrde ces belles contrées 10 Où d'un peuple poli les femmes adorées ^^' " Reçoivent cet encens que Ton doit à vos yeux, ^ Compagnes d'un époux et reines en tous lieux, Libres sans déshonneur, et sages sans contrainte, Et ne devant jamais leurs vertus à la crainte. 15 Ne soupirez-vous plus pour cette liberté? Le sérail d'un Soudan, sa triste austérité, Ce nom d'esclave enfin, n'ont-ils rien qui vous gène? Préférez-vous Solvme aux rives de la Seine?

V. 1 2. Compagnes d'un époux, — Le mot de compagnes entraine avec lui ridée d'égalité. L* auteur fait un tableau flatté des mœurs de TOccident. Ce contraste des deux civilisations, des deux croyances, n'avait pas encore été présenté au théâtre.

V. 15 Ne soupirez -vous plus, — Soupirer pour doit être plutôt suivi d'un nom de personne que d'un nom de chose. Tel est du moins l'usage ac- tuel. Mais nos poètes classiques construisaient ce verbe avec la proposition pour ou la préposition après indifféremment, et quelle que fût la nature de son complément.

Mon cœur ne soupirait que pour la renommée.

(Racine, Alexandre, III, 6.)

V. 16. U austérité du sérail! Voilà un éloge inattendu. Mais Voltaire n^y a. pas mis de malice: c'est tout simplement un synonyme malheureux de sévérité; comme au vers 753, J'ai méprisé ces lois, dont l'âpre austérité Fait d'une vertu triste une nécessité.

V. 17. Rien qui vous gêne? — Le sens primitif du verbe gêner (gehen- ner), est mettre à la torture, au propre comme au figuré: Emilie et Cinna, l'un et l'autre me gène.

(Corneille, Cinna, III, 2.) Et le puis-je. Madame? Ah! que vous me gênez!

(Racine, Andromaque, I, 4.)

Le sens propre du mot a disparu, et le sens figuré s'est affaibli.

V. 18. Solyme. — C'est le nom poétique de Jérusalem (latin Solyma, abréviation de Hierosolyma, qui est la transcription du mot hébreu). La poésie classique préfère toujours ces anciennes dénominations à celles de* la géographie moderne; de même au vers 756 la Taurique pour la Crimée.

ACTE 1, SCÈNE I 37 ZAÏRE ' On ne peut désirer ce qu'on ne connaît pas. ^ V^^ ^ 20 Sur les bords du Jourdain le ciel fixa nos. pas. Au sérail des soudans dès Tenfance enfermée, Chaque jour ma raison s'y voit accoutumée. Le reste de la terre, anéanti pour moi, M'abandonne au Soudan qui nous tient sous sa loi; 25 Je ne connais que lui, sa gloire, sa puissance: Vivre sous Orosmane est ma seule espérance. Le reste est un vain songe.

PATIME PATIME Avez-vous oublié Ce généreux Français dont la tendre amitié Nous promit si souvent de rompre notre chaîne? 30 Combien nous admirions son audace hautaine! Quelle gloire il acquit dans ces tristes combats Perdus par les chrétiens sous les murs de Damas! Orosmane vainqueur, admirant son courage. Le laissa sur sa foi partir de ce rivage.

V. 20, Fixa nos pas n'est pas Texpression juste; ces mots feraient supposer une longue course antérieure, une existence errante, tandis que Zaïre n*est jamais sortie de ce pays où elle est née. Voir au v. 486.

V. 21, Au sérail des soudans, — Ces deux vers offrent un exemple remarquable de ces anacoluthes si fréquentes chez Voltaire, comme chez Racine. Voyez également au v. 80. — Soudan, « Nom qu'on donnait jadis à certains princes Mahométans, et particulièrement au souverain d'Egypte » (Littré). C'est un doublet du mot sultan {it&lien soldano\ espa- gnol soldan). L'un et l'autre dérivent du bas-latin sultanus, que les glos- sateurs latins donnent comme un mot d'origine chaldéenne. Cette forme Soudan parait être plus ancienne que l'autre. Elle est constamment em- ployée par Joinville. Racine, dans Bajazet, dit toujours sultan. En même temps, comme le mot Soudan n'a pas de féminin, Voltaire dit toujours sultane, v. 295, etc. — Enfermée au sérail. Dans la langue poétique du XVII* siècle, que Voltaire imite ici, la préposition à avait un usage très étendu, et remplaçait souvent d'autres prépositions, surtout dans. Voir encore au v. 708.

V. 34. Sur sa foi, — C'est-à-dire sur sa promesse ou son serment; c'est 38 ZAÏRE 3o Nous lattendons encor; sa générosité Devait payer le prix de notre liberté: ' N'en aurions-nous conçu qu'une vaine, espérance ZAÏKE Peut-être sa promesse a passé sa puissance.

Depuis plus de deux ans il n'est point revenu. 40 Un étranger, Fatime, un captif inconnu, Promet beaucoup, tient peu, permet à son courage Des serments indiscrets pour sortir d'esclavage.

Il devait délivrer dix chevaliers chrétiens.

Venir rompre leurs fers, ou reprendre les siens: 45 J'admirai trop en lui cet inutile zèle; 11 n'y faut plus penser.

FATIME Mais sHl était fidèle. S'il revenait enfin dégager ses serments, Ne voudriez-vous pas...?

le vrai sens latin du mot fides. On dit encore ainsi Ui foi jurée. Cet emploi est fréquent chez nos tragiques.

Mais c*est trop que d*en croire un romain sur sa foi.

(Corneille, Nicomède, II, 3.) Ne Tosez-vous laisser un moment sur sa foi?

V. 35. Sa générosité. — Voir la note au v. 193, et un autre exemple au V. 38. A passé sa puissance. — Passer, souvent employé alors avec le sens de ses composés dépasser, surpasser, remporter sur.

Grâce aux Dieux, mon malheur passe mon espérance (Racine, Andromuque, V, 5.) Passez-les en prudence, aussi bien qu'en courage (Voltaire, Adélaïde du Guesclin, II, 7.)

V. 41. Permet à son courage. — C'est-à dire tout simplement se per- met. Quant au mot courage, il est pris dans son sens primitif de cœur, dme, sens disparu de nos jours, mais dont les exemples abondent dans la langue classique. Voir v. 69, 859, etc.

ACTE I, SCÈNE I 39 Tout est changé...ZAÏRE Fatime, il n'est plus temps, FATIME Comment? que prétendez-vous dire?

ZAÏRE Va, c'est trop te celer le destin de Zaïre.

Le secret du soudan doit encor se cacher; Mais mon cœur dans le tien se plait à s'épancher.

Depuis près de trois mois qu'avec d'autres captives On te fit du Jourdain abandonner les rives, V. 50. Va, c'est trop te celer. — Le mot a vieilli: mais il est d'un usage courant dans cette langue. Voir encore au vers 251. Récit menteur! soupçons que je n'ai pu celer!

(Racine, Bajazet, IV, 1.)

L'hémistiche -cheville, à ne vous rien celer, revient souvent dans notre ancien répertoire. — Le destin de Zaire, On voit ainsi chez nos tragiques un personnage parler de lui-même à la troisième personne, et se désigner par son nom. Voltaire emploie plus que tout autre cette tour- nure un peu emphatique, et que rien ici ne justifie, v. 151, 260, 494,