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Discours sur les sciences et les arts

Jean-Jacques Rousseau

Langue:
français
État:
Œuvre complète
Paternité:
Écrite par l'auteur
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Étendue:
~63 200 mots · 300 passages
Citer cette œuvre
  • APAJean-Jacques Rousseau. (n.d.). Discours sur les sciences et les arts. Digital reproduction: SigPhi. https://sigphiai.com/fr/works/jean-jacques-rousseau/discours-sur-les-sciences-et-les-arts
  • MLAJean-Jacques Rousseau. Discours sur les sciences et les arts. Digital reproduction, SigPhi, https://sigphiai.com/fr/works/jean-jacques-rousseau/discours-sur-les-sciences-et-les-arts.
  • ChicagoJean-Jacques Rousseau. Discours sur les sciences et les arts. Digital reproduction, SigPhi. https://sigphiai.com/fr/works/jean-jacques-rousseau/discours-sur-les-sciences-et-les-arts.

Référence de l’édition reproduite. SigPhi est la reproduction numérique. Année, éditeur et traducteur sont indiqués lorsqu’ils sont connus ; « n.d. » signale une année inconnue.

De quoi il s'agit

Premier Discours (1750) : le progrès des sciences et des arts a-t-il amélioré les mœurs ?

Contexte et histoire

Rousseau répond non, et remporte le prix de l'Académie de Dijon pour l'avoir dit. C'est le texte qui l'a rendu célèbre du jour au lendemain et qui a ouvert la plaie qui traverse toute son œuvre : la civilisation comme ce qui corrompt ce qu'elle prétend perfectionner. Texte en FRANÇAIS : l'original de Rousseau.

Contexte éditorial, non une source citable : contrairement aux passages de l'œuvre, ces données ne peuvent pas être vérifiées dans le corpus.

Extrait de l’édition disponible
Aujourd’hui que des recherches plus subtiles et un goût plus fin ont réduit l’art de plaire en principes, il règne dans nos mœurs une vile et trompeuse uniformité, et tous les esprits semblent avoir été jetés dans un même moule : sans cesse la politesse exige, la bienséance ordonne ; sans cesse on suit des usages, jamais son propre génie. On n’ose plus paraître ce qu’on est ; et, dans cette contrainte perpétuelle, les hommes qui forment ce troupeau qu’on appelle société, placés dans les mêmes circonstances, feront tous les mêmes choses si des motifs plus puissants ne les en détournent. On ne saura donc jamais bien à qui l’on a affaire : il faudra donc, pour connaître son ami, attendre les grandes occasions, c’est-à-dire attendre qu’il n’en soit plus temps, puisque c’est pour ces occasions mêmes qu’il eût été essentiel de le connaître. Quel cortège de vices n’accompagnera point cette incertitude ! Plus d’amitiés sincères : plus d’estime réelle ; plus de confiance fondée. Les soupçons, les ombrages, les craintes, la froideur, la réserve, la haine, la trahison, se cacheront sans cesse sous ce voile uniforme et perfide de politesse, sous cette urbanité si vantée que nous devons aux lumières de notre siècle. On ne profanera plus par des jurements le nom du maître de l’univers ; mais on l’insultera par des blasphèmes, sans que nos oreilles scrupuleuses en soient offensées. On ne vantera pas son propre mérite, mais on rabaissera celui d’autrui. On n’outragera point grossièrement son ennemi, mais on le calomniera avec adresse. Les haines nationales s’éteindront, mais ce sera avec l’amour de la patrie. À l’ignorance méprisée on substituera un dangereux pyrrhonisme. Il y aura des excès proscrits, des vices déshonorés mais d’autres seront décorés du nom de vertus ; il faudra ou les avoir ou les affecter. Vantera qui voudra la sobriété des sages du temps ; je n’y vois, pour moi, qu’un raffinement d’intempérance autant indigne de mon éloge que leur artificieuse simplicité.

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